I. Un tableau du change éclairera ce que nous avançons
Années. Moyenne .
îQoï r 1,65
^ ïQii 0,99
a. Cf. Tétude très détaillée de M. Cofinas sur la production du tabac en Grèce jusqu*en 1907, dans le Bulletin du ministère des Finances^ année 1908, p. 202 sqq. Les chiffres concernant 1917 sont pareillement officiels, ils m'ont été obligeamment fournis par le ministère de l'Agriculture.
LES PROGbI» iOOMOMIQUBS DE I.A GEàCB
Nombre
Valeur
Nombre
des ouvriers
des produits
Nalare Viadustrie.
des usines.
employés.
en drachmes*
Département de Larissa
sa
65ooD
Fabriques de machines ....
ai6
la
Fabriques de macaronis. . .
2 422 3oo
Total.. • •
Ti
27 027 «>oo
Département de Trikkala
109 4oo
xao
g 726 ooa
i35ooo
Total. . . .
10 aoa 4oo
U. — EXPUCATIOH DBS FBOœàs BB hA. TbBWAUB
Les progrès résumés dans le paragraphe précédent sont dus à de» raisons générales et à des raisons spéciales.
Les premières- sont : l'essor automatique que prend toute terre chrétienne délivrée du joug ottoman; une administration centrale inaniment meilleure; les libertés conimunales; les mesures aussi nombreuses ^ue diverses prises par le gouvernement hellénique en faveur de l'agriculture *, etc.
Les principales des raisons spéciales sont : i* Le rétablissement de la sécurité publique ; aMa construction de voies de communication; 3- les améliorations apportées à l'agriculture; 4» les facUités de crédit; 5» la libération de la propriété foncière; 6- la suppression de la dtme et l'augmentation des droits sur les blés.
i. Cf. plus haut chap. n, § 5. Nous ne reviendrons ici que sur la suppres^ sien de la dime et l'augmentation de. droits sur les b fs^ parce q^e ces mesures furent dictées spécialement par le souci des mtetéU thessaliens.
IS» mOGRKS ÉCONOMIQUES DB LA GRÈCE
I* La séwriU pudiigae
L'étal d'insécurii^ régnant en Thessalie à la veille de son affranchissement a beaucoup occupé Vogué; il est décrit comme suit par Charles €Iieston dans son livre : Greece in 1887
« Quand, en 1880. on fit les premières études pour la construction des chemins de fer thessaliens, l'ingénieur chargé de ce travail parcourut le pays entouré de trente-six gendarmes turcs. Il ne s'agissait pas d'une escorte d'honneur; à l'époque, le maire de Salonique était «ntre ks mains de brigands thessaliens, et il ne rentra finalement chez lui que privé de ses oreilles, car la rançon envoyée de Macédoine jne correspondit pas à la valeur atti;ibuée par les haildits ft leur pri- «Minier.
« Le pays était plein de dangers pour les touristes, et il faut louer hautement l'administration grecque, qui a réussi que tout voyageur puisse, comme je l'ai lait moi-même, parcourir cette province en ▼oiture, sans suite et sans armes et avec autant dp sécurité que s'il parcourait un comté anglais ». '
Depuis 1887, depuis surtout que les victoires de 19 12 ont chassé le turc de Macédoine, la sécurité est encore plus parfaite, car l'extinction du brigandage local a été complétée par la disparition des bandes formées en territoire ottoman.
2^ Les voies de communication
Sous la dcoaiiiatwa tufqpie, il n'existait ea Thessalie aucune voie carrossable. Les moyens de transport étaient des caravanes de mulets, «uivant des pistes que la première pluie transformait en bourbiers.' L'importation en 187 1 de chars à deux roues fut saluée comme un progrès d'une portée considérable. Comme nous l'avons déjà indiqué, c'est surtout la Thessalie occidentale qui pâtissait de cet état dé choses, le transport du blé à Volo absorbait le tiers du prix de cette denrée; pour les céréales de moindre râleur : maïs, avoine, etc., les -conditions devenaient encore plus onéreuses. Si bien que, alors que les plaines de Trikkala et de Kardilsa sont les plus riches de la Thessalie, beaucoup d'habitants préféraient s'adonner au pâturage. Aujourd'hui la Tliessafie a 385 kilomètres de voies ferrées. Les routes carrossables étaient il y a dix ans de près de 55o kilomètres'. Elles dépassent aujourd'hui sensiblement ce chiffre.
i. Voyez page laS de la tvaducUon gràcque. Il existe ainsi de l'ouvraee une traduction française par Hector Franee. s. I>'a^4s les atatistiqves de la Chambre de eoimiieree de ^lo.
hea nio«a£s éGonoanQtxa os la aséeM. 47 3» Vamélioration des moyens de culture
Celle-ci s'est manifestée principalement par le remplacement de la charrue hésiodique par la charrue de fer, qu'on fabrique d'ailleim à Vola. En 1881. lors delà libération, les chwmes en fer étaient inexistmtes; en 1901, on en comptait 10 i36, mais il y avait aussi i3 491 charrues en bois. Aujourd'hui, c'est à peine si on trouve quelque» centaines de charmes primitiye» du» les rillages pauvres des liions montagneuses.
Outre les charrues en fer, les agriculteurs thessaliens ont introduit des faucheuses mécaniques S des batteases mécaniques et en général tant d'instrammifs perfeetionnéa qn'un des représentants les plus distingués de la région ^ pouvait me dire : « La Thessalie agricole est, au point de vue des instruments qu'elle emploie, aussi avascée aujourd'hui que les pays de l'Europe œntmte ». Ces progrès sont cooTOonés en ce ^ornent par l'introduction des charrues à moteur à benzine.
Il est juste de reconnaître que l'initiative de nombre d'améliorations apportées à l'agriculture protient de certains grands proprié tafies.
à* L'mnéUorâtion du erédii
Sous la domination turque, le taux légal était en théorie de la p. 100; en pratique, il variait dans les villes de i6-x8 p. 100 et dans les campagnes de 34-^ p. 100.
Dès la libération, l'État hellénique par la création de la banque d'Epiro-Thessalie fit pénétrer dans le pays des capitaux importants. D^ttis, de grandes banques athéniennes ont créé en Thessalie des succursales et des banques locales privées ont commencé i ftmctionner aTee succès. Le taux d'escompte de ces établissements de crédit varie entre 6-8 p. 100.
ô" L'affranchissement de la pro]^riété
Ou n'a qu'à lire Vogué (p. a4-5) pour approadre comment le conquérant ture a accaparé toutes les propriétés thessaliennes, transformant le paysan en une espèce de serf.
I. Ils ont mime obtenu de Tindustrie américaine un mo4^ spécial se prêtaiii mieux à la nature du sol .
s. M. Spyridès, député de Larissa, ministre de TEcononie nationale.
LIS PROl^lis icOHÔMIQUES DB LA GB^GB
Le dernier en date des écrivains grecs * qui ont traité la question thessalienne, M» D. Voyazlis, décrit comme suit l'opposition entre la condition du grand propriétaire turc et celle du paysan grec ' :
D'une part on voyait d'immenses domaines a'étendant sur vingt, trente, cinquante mille stremmes, avec de luxueux konaks, tandis que de l'autre les familles des paysans entassées dans d'ignobles cabanes attendaient que le bey daignât leur concéder lo-ao stremmes sur les produits desquels, elles ne prélevaient guère plus de 5o p. loo».
M. Voyazlis ne parle que du bey. Melchior de Vogué rappelle qu'à côté de lui, et plus terrible encore, parce que plus rapace et nullement intéresse aux progrès de la culture, il y avait le fermier de la dîme. Et le futur académicien conclut : « Si Ton ajoute à cette misère chronique, les misères accidentelles, les corvées qui enlèvent au cultivateur une partie de son temps, on comprendra quHl y a du années où Une gagne même pas sa semence. » (P. 25).
Avec l'union, les corvées et la dîme disparurent. Restait la libéra* tien des terres; problème autrement difficile, car les indemnités à accorder aux propriétaires se chiffraient par dizaines de milli<ïns. pourtant ce problème aussi est en pleine voie de solution :
En i8S), sur les 658 villages thessaliens» on comptait seulement fgS képhalochoria (villages libres) contre 466 tchiflicks. Au début de i^tS, près du tiers de ces derniers étaient délivrés et le reste le sera incessamment par l'effet de la l^islation récente.
Comment raffranchissement s est-il Ti?a1î«é?
Par Teffet des lois naturelles d'abord. De i88i à 1916, les paysans ont racheté i45 tcfaiâtcks. C'éUit beaucoup, ce n'était pas asses. L'État a dù intervenir. De 1907 à ce jour, il a partagé entre les paysans et les réfugiés de Roumélie orientale, victimes des progroms bulgares, 57 autres draniloes d'une étendue de 635 78a stremmes, achetés par lui de gré à gré.
On compte donc maintenant 4oo képhalochoria contre 264 tchiflicks et le village libre, exception en 1881, tend à devenir la règle.
La tendance à activer le mouvement devient de plus en plus nette. La constitution grecque, revisée en 1911, donna plus d'élasticité aux droits de TÉUt et lui permit d'exproprier de grands propriétaires pour morceller leurs terres; une loi de 19 13 reconnut aux métayers
1 . Cf. aussi ce que dit M. Sp. Paganelis qui a visité la Thessalie au mo* raent même de l'annexion (cf. *H xa'zilr^^ic, t% 'HTis^pou xoel xrfiBwsaaidaÇf Athènes, 1882).
2. Cf EtdaYtoyvi eiç ttjv Nsov 'AypoTtxTjv NopuoOeai'av (Athènes, 1918), p. 6.
3. En théorie, elles ne devaient que 33 p. 100; mais, en pratique, le bey s'arrangeait pour toucher davantage.
xss PRocnèe foomMiiQtiBS ns onàcE if
héréditaires des droits réels. Enfin une grande loi de décembre 1917 prévoit le morcellement de tout domaine dépassant 1000 tremmes; celui^i pourra être racheté soit par 1m paysaiit à qui la Banqtte nationale fera des emprunts garantis par TÉtat pour les fwitre cinquièmes du prix, soit par l'État lui-même.
Les détails de la loi de 1917 peuvent faire l'objet de eontrowcies. Haï» le principe de la trassionnation du serf du bey tiirc en petit propriétaire' doit réunir les suffrages de tous.
Certes, la Thessalie doit beaucoup — et nous l'aYons indiqué à
certains de jes grands propriétaires et wnxtt «ont A M. Ctwistaki Aigrapiios. Mais H y eut aussi chez d'autres — sans parler de l'absenléisme — beaucoup d'inertie.
De plus et sans nier les avantages économiques de la grande propriété — qu'à notre sens 00 aurait tort de faire disparaître complètement; en Thessalie il y a de la place pour tous — il est incontestable que au point de vue moral, social et même militaire, la petite propriété l'emporte tellement que même à inégalité de rendement (ce qui n'est pas), c'est elle qu'il faudrait préférer.
Remarquons au surplus que l'Etat grec ne fait que fepi«iidre la paUiiqiie des grande eMpereurs byeante 4e la dynastie macédoliiennequiont lutté ei énergiquement en faveur de la petite propriété , laquelle avait presque disparu sous les derniera empereurs romains
6" Dîmes et droits protecteurs
Nons avions déjà touché à ces deux points. Il coirfient d'y «eraur ,
car c'«8t surtout les intérêts de la Thessalie qui «ont dicté les deux
réformes dont il a été question dans le paragraphe 5 de notre teoi sième chapitre.
Vogué rangeait la diaae au premier rang des fléanx ûe l'administration turque. De fait son mode de perception engendrait des abus et des excès sans nom. Par contre, cet impôt avait l'avanie de
tll
cole de la Thessalie était évaluée à 6i 5ooooo drachmes. Si k trésor grec avait loaiiUeiw la dîme tttrq[«e «roc «on qBantièflie de xa p. xoo, il Aurait donc tiré de l'agricuiture tfaessalienne plus de 7 millions de drachmes. Avec l'impôt foncier actuel, il touche queifues ceotames de mille drachmes à peine.
I. Cf. sur ce point les études de M. Henri Monnier, Téminent doyen de la faculté de droit de Boideaux, et de ses élèves, MM. Platon, TesUud et f erradoa.
UBS PROGRÈS ÉOOÎ^OMIQUES DE LA GR&CB
Voici doQC un sacrifice positif de 6 millions au bas mol. Pour mieux en apprécier la valeur, rappelons que la Grande Bretagne et 1 Autriche conservèrent la dîme en Chypre et en Bosnie; ici même elle
lut jiorlée à i5 p. loo. ~
Mais on a consenti en faveur de la Thessalie agricole un second sacrifice, encore pins considérable, car, quoique indirectement, il pèse sur toute la société et principalement sur les agglomérations urbaines. Je veux parler des nouveaux droits sur les blés. Le tanf ancien éuit déjà assez élevé, puisqu'il se montait à 3o p. loo du prix tourant. Cependant depuis que la tendance du change était à la baisse, les agriculteurs thessaliens jugeaient cette protection insuffisanté. Nous avons vu comment malgré toute la répugnance <:u'inspire à tout cabinet l'idée « du pain cher » le gouvernement grec n'hésita pas à ajouter 2 centimes par ocque à la taxe d'entrée et de la porter ainsi de 3o à 4o p. 100 de la valeur courante.
GOMCLVSION
Dans les pages qui ont précédé, j'ai voulu montrer les progrès de laThessalie en examinant les manifestations les plus importantes de la vie économique. Il m'aurait été facile d'insister sur d'autres pointe : villes à l'européenne, remplaçant les vieilles villes turques, villages où des habitaUons paysannes convenables succèdent aux huttes de jadis, hôtels prenant la place des khans, lumière électrique se substituant au pétrole, etc.
n aurait peut-être été aussi convenable de parler des progrès moraux ; de montrer les éâolcs fonctionnant, dans le moindre village, alors qu'il y a trente ans les illettrés pullulaient jusque dans les plus grands centres, des hôpitaux et autres établissements de bienfaisance ci<és dans toutes les principales villes, le paludisme en diminution, l'antiquité et même les temps préhistoriques ressnacités par les
archéologues, etc.
Tous ces pointe ne peuvent être indiqués ici qu en passant; on me permettra cependant de sortir du domaine économique pour relever un changement social qui fait le plus grand honneur à la Grèce : i'éooiité entre les différentes confessions. Avant 1880, le Turc était le maître, le Grec était lié à la glèbe ou voué au trafic, le juif condamne au seul commerce de l'argent. Le Grec devenu le maître à son tour B'apas cherché à prendre sa revanche. 11 n'est pas de pays — y compris Chypre et la Bosnie - où les droite et même les préjugés des musulmans aient été plus scrupuleusement respectés ; encore que VOttomanne représente qu'une très faible minorité, la Chambre hellénique et les conseils municipaux thessaliens lui ont été largement ouverts. Quant à l'Israélite, on le distingue aojontd'hui si peu de
LES PBOGRÈS éCONOMIQtJBS DE LA GRÈCE 51
l'orthodoxe que, quand le roi Georges a visité, en 1907, Trîkkala, ville où ne manquent pas les riches maisons grecques, il est descendu elles un notable juif. Il y a dix ans, le président de la Cour de cassation présidant le concours d'entrée dans la magistrature, exprimait publiquement la satisfaction du corps judiciaire grec de voir un Israélite tbessalien arriver en tête des candidats.
Les conseils municipaux ne suivent pas une politique moins lîbéraie que 1 Etat ; largement ouverts aux inilmes minorités turques et Israélites» ils votent souvent des subventions aux écoles de celles^i» alors que Tinstruction est donnée gratuitement dans les écoles publiques grecques.
Est-ce à dire que la tâche de l'ÉUt est parachevée? Non, certes.
11 reste encore deux réforme» importantes à réaliser. Tune concerne le régime des eaux : règlement du cours des fleuves, travaux dlrrigation, etc. ; l'autre, la confection du cadastre.
Mais ces. réformes ne demanderont pas un temps très long, car toutes les études préparatoires ont été faites par des missions ad hoc auxquelles ont pris part le service cartographique de l'armée et des spécialistes étrangers.
Il importe pour finir de marquer que tous les progrès relevés a« cours de cette étude ont été réalisés sous des conditions très défavorables. De 1880 à 1915, la Grèce et la Turquie se sont trouvées deux lois en état de guerre, à trois autres reprises elles ont été à la veille d'hostilités. La Thessalie a eu terriblement à souffrir de l'occupation turque de 1897-1898 ; elle a souffert aussi de la peur permanente d'un
conflit armé, qui éloignait d'elie les capitaux aussi bien que les immigrants.
De plus, la Porte en refusant le raccordement des chemins de fer grecs avec les siens, faisait à la Thessalie un tort considérable, car elle la privait de tout débouché vers le Nord.
Sans ces circonstances défavorables, même les réformes que nous réclamons encore auraient été sans doute réalisées. Mais telle quelle l'œuvre accomplie en Thessalie est une œuvre dont la Grèce peut être fière et qu'elle peut justement invoquer, comme argument complémentaire, à l'appui des droits que lui confère la théorie des nationalités sur tout le sud de la péninsule bailkanique et sur les provinces occidentales de l'Asie Mineure.