‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 90 sur 92 · ïbi '.. e · texte numérisé non relu

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les mêmes sentiments, Catherine s'empressa d'écrire à la reine pour éviter toute nouvelle complication.

Durant le séjour de Catherine à La Fère, Biron amena cinq mille hommes de troupes aguerries dont deux mille Suisses. Cette petite armée, qui pouvait facilement se grossir, devint une source d'inquiétudes pour Philippe II. Voulant empêcher toute tentative de réconciliation de d'Anjou avec les Flamands, il prescrivit à Tassis, son ambassadeur en France, d'insinuer de nouveau à Catherine qu'il serait disposé à donner l'une de ses tilles au duc.

Depuis son dernier entretien avec Kohham. Catherine avait définitivement renoncé au mariage avec Elisabeth : elle n'était pas à ignorer que des messages fréquents s'échangeaient entre le roi de .Navarre, Damville et son iils, et que Ségur et Pardaillan avaient été envoyés par le roi de ^Navarre en Angleterre. Ces menées ne tendaient qu'à une nouvelle prise d'armes, et le duc pouvant s'y laisser entraîner, loin donc de repousser la nouvelle ouverture de Tassis, elle écrivit à Longlée, qui venait de remplacer Saint-Couard en Espagne: « .le suis bien ais* de voir ce chemin ouvert : il faut absolument retenir mon dis par quelque bon

commencement. » Au même moment, Biron, sans riiMi préciser, l'ayant prévenue qu'il redoutait une nouvelle escapade <lu duc, elle repartil pour Château-Thierry, en compagnie de madame de Sauves ri de mademoiselle d'Atri. Elle comptait sur ces deux entreprenantes auxiliaires pour avoir raison de son lils. Madame de Sauves se chargea de d'Avrilly el mademoiselle d'Atri du duc cl l'affaire fut bientôt réglée1. Celle galante diversion ne put arracher le duc à ses graves préoccupations; on lui avait mis en tète qui' le roi son frère, le voyant mal avec Elisabeth et les Flamands, avait la pensée de lui reprendre tous ses apanages. Catherine écrivit à Villerov, afin d'obtenir du roi une lettre désavouant de pareilles intentions. Cette lettre une fois dans ses mains, se sentant plus à Taise, elle lit part à son lils du projet de mariai;e avec l'infante, et le trouvant d'autant mieux disposé qu'il avait eu la même pensée, (die s'offrit pour solliciter une trêve de Farnèse. Le duc objecta qu'il en avait déjà fait la demande, mais sans le moindre succès, Farnèse ayant exigé que d'abord on lui rendît Cambrai.

I. Sauve dormiva ogni notte con d' \vnilv: viii con il Duca. A '/"■■/. itinns fliplomntiqu ■ avec lu Tnscitne, I. IV. p. M)6.

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Catherine, qui tenait autant que son fils à Cambrai, s'engagea à ravitailler cette place. A partir de ce moment, elle ne perd plus son fils des yeux. Au mois de janvier, elle revient à Château- Thierry avec l'espoir de le ramener à la cour. Se rendant enfin aux supplications de sa mère, le duc descendit incognito à l'hôtel Saint-Denis, et se présenta au Louvre dans la soirée du dimanche gras. Catherine, les larmes aux yeux, le conduisit auprès de Henri III. Les deux frères s'cmhrassèrent et la réconciliation parut complète. Catherine préparait alors une nouvelle expédidition pour les Açores. Une démonstration sur la frontière des Flandres entrait dans ses projets. Cràce h. son intervention, Henri III promit à son frère des hommes et de l'argent, et le duc se hâta de rentrer à Château-Thierry pour activer les préparatifs de sa nouvelle campagne, mais ses forces le trahirent, une fièvre violente mit ses jours en danger. Catherine accourut. Ayant enfin compris qu'il n'y avait rien i'i espérer du côté des infantes, elle y avait à jamais renoncé, mais pour prêter l'oreille aune nouvelle intrigue ilf l'assis. Il s'agissait, de concert avec les Guise, de délivrer Marie Stuarl et delà marier au due d'Anjou, projet chimérique donl la vie de l'infortunée captive était l'enjeu. JDès que

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le dur l'ut un peu mieux, Catherine lui en parla. Toul en faisanl semblanl d'y consentir, il ae ralentil en rien ses préparatifs. Durant ce dernier séjour, Catherine tombée malade ae put qu'à grand'peine repartir le 1 1 avril pour Monceaux1. Le lendemain de son départ, arriva L'ambassadeur d'Angleterre, mais rien ne transpira de l'objet de sa visite. Vers le milieu de mai, la fièvre reprit le dur. accompagnée des plus graves accidents. Catherine, à peine remise, trouva encore la force de retourner à Château-Thierry, où elle resta jusqu'au 30 mai2. De violentes saignées remirent le duc une dernière fois sur pied. « Il n'est pas guéri, écrivait Villeroy, il a un très mauvais mal. » Le duc eul alors comme un retour de fortune, loulcs les conditions soumises aux Etats par des Pruneaux, son chargé d'affaires, ayant été acceptées; Elisabeth lit proposer à Senri III d'aider son frère de toutes ses foi-ces dans cette nouvelle expédition. ■ Dites à la reine, répondit-il à Castelnau, que mon frère est si mal qu'il ne peut penser qu'a se guérir

l. Négociations avec la Toscane, i. l\. p. Vy».

ii. Ibid., |>. 508.

;i. Bibl. il a., fonds français. n° :i:î"x.

icSO LES PROJETS DE MARIAGE H ELISABETH

Le "2 juin le duc annonça néanmoins qu'il allait prendre le commandement de l'armée. « Le cœur y est, mais le corps ne pourra suivre », écrivait Noël de Caron, l'envoyé des Etats. Il disait vrai ; les jours du duc étaient comptés, le 11 juin il expirait à une heure de l'après-midi '. Sentant sa fin approcher, il avait dicté son testament. Le nom d'Elisabeth n'y est pas une fois prononcé ; nous n'y avons relevé que ces mots amers à l'adresse des Flamands : « Us m'ont fait payer bien cher leur titre de comte et de duc -. »

En apprenant la mort de ce fiancé qu'elle avait si tardivement dédaigné, Elisabeth écrivit à Catherine cette étrange lettre : « Madame, votre regret ne peut surmonter le mien, combien que lui estiez mère ; il vous reste un autre enfant, mais moi je ne trouve de consolation sinon la mort que j'espère me le fera bientôt rencontrer. Madame, si vous pouviez voir la ligure de mon cœur, vous la verriez le

1. Voy., pour le récil île sis derniers moments, Archives curieuses, t. X, p. 201 et suiv.; BiW. nat., fonds français, n° 3902, f° 283 ; regret funèbre contenant les actions et derniers propos de Monseigneur, frère unique du roi. (Archives curieuses de Cimberel Danjou, I. X, j». 202 el >uiv.)

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