C A Z IN I
Regardez-vous ici comme chez vous. Oh ! vous nous resterez , je l’espère.
ROSALXNE.
Monsieur n’a peut-être pas obtenu de son colonel la permission de s’absenter long-tems ?
germencey.
Pardonnez-moi. Le colonel et moi, nous sommes très-bien ensemble , et je puis vous répondre qu’il est , dans ce moment , très-disposé en ma faveur.
Ah ! diable ! vous êtes très-lié avec le colonel? Je l’ignorais. Je me suis un peu égayé sur son compte. D’ailleurs, moi, je n’en sais pas davantage. J’ai écrit ce qu’on m’a dit. Je suis sûr que si notre galant colonel savait cela , il me jouerait quelque tour.
GERMENCEY, riant.
Cela se pourrait bien.
ROSAEINE.
Je suis certaine , moi , qu’on vous a trompé. Le colonel Germencey peut être galant ; mais je le crois très-éloigné des défauts qu’on lui donne dans le monde. Qu’en dites - vous , monsieur ?
Je ne dois pas le juger; il peut être volage, inconstant; mais , comme vous le dites fort bien , madame , il n’est pas indigne de votre estime.
Il np me plaît pas à moi ; mais grâce au ciel, je n’ai point l’honneur de le connaître. Allons , je cours donner des ordres..
Quoi î vous me laissez
En bonne compagnie. ( Bas à Germencey. ) Jeune homme, soyez aimable , songez qu’il faut lui plaire.
bas à CazinU
bas à Rosaïine •
Et toi , Rosaïine, songe que c’est le fils d’un ancien ami,
SALINE
nces 3 il vous a permis encore, L M E N G E Y.
ans votre aveu
LINE, souriant .
COMÉDIE. iS
et qu’il mérite des égards. ( A part . ) Tout va bien. Us s’entendront 3 je le vois dans leurs yeux ( Il sort . )
Combien je dois de reconnaissance à monsieur votre oncle! II me permet de m’entretenir avec vous.
Si j’en crois les appa
Je n’oserais prétendre sans R O S A
Je l’ai deviné; j’aime, j’estime mon oncle, il le mérite; mais je ne puis souffrir le ridicule qu'il se donne en voulant toujours lue marier au premier venu.
Au premier venu.
ROSALIE E
Sans doute. Tenez , je suis certaine que déjà tout est. conclu. Soyez de bonne-foi , ne vous a-t-il pas fait espérer que vous obtiendrez mon cœur? ne vous a-t-il pas même annoncé qu’aussitôt mon aveu, la noce se ferait? 11 vous a encore d’y danser lui-même. ( Elle rit . )
Mais......
Et vous avez cru bonnement tout ce qu’il tout. ( D’un ton sérieux . ) Il aurait du. vous prév teins, que la fatalité qui sfattache toujours aux grandes entreprises , l’empêche de réussir dans tous les mariages qu’il projette. Il aurait du vous dire que s’il promet toujours mon cœur , il ny a que moi qui le donne ; que ce cœur si recherché , si âouvent promis par mon oncle , si vainement demandé par ses protégés , est encore à moi tout entier; et je doute , entre nous,, que ce soit à ses soins officieux que je doive la perte de ma liberté.
GERMENCEY.
Cette rigueur m’étonne. A votre âge , avec tant de grâces en partage, tant de beautés
ROSALINE
Nous y voilà. Je vois que vous allez vous récrier aussi sur ma cruauté; vous allez me vanter les plaisirs de l'hymen, me
parler de désirs , d'union des a nies , de nœuds tissus de fleurs
Ëh ! monsieur , depuis mon veuvage, je n’ai entendu que semblables propos. Je sais par expérience ce qu'est l’hymen , quand on cède à l'obéissance , quand on estime , comme on dit , son mari. L'estime , l’amitié , les prévenances , rien de tout cela ne tient lieu d'amour. Une femme cède presque toujours aux vœux de ses parens , sans connaître tous les dangers du mariage : un changement d’état la séduit d’abord ; elle cherche le plaisir dans les distractions; mais le terris fuit, la nouveauté passe, l'ennui vient, le dégoût suit; îa chaîne s'appesantit de jour en jour ; et trop heureuse- est la femme qui peut espérer une tranquillité monotone , la paix de l’habitude , une existence supportable enfin , au milieu des chagrins toujours renaissans d'un lien mal assorti.
GERMENCEY.
Je vous admire, madame, et je partage même un peu vos idées. Mais vous ne me désespérez pas au point.
Oh ! quittez donc ce langage ! je devine quel sera votre désespoir; mais je ne puis qu’y faire. Le plus grand de vos torts est celui d'être présenté par mon oncle. L'ennui que me cause ses persécutions, jette une défaveur, complette sur tous les prétendans de sa façon. Et tenez ! voyez qu'elle est la bizarrerie de son étoile , ou plutôt quel est l'esprit de contradiction inné dans le cœur des femmes ; ce colonel , dont mon oncle parlait tantôt avec tant de légèreté , ce colonel què l’on écarte de la maison sans quM ait manifesté le désir de s'y présenter , est peut-être l’homme pour lequel, sans le connaître, je me sentirais quelque prévention.
geÀmencey.
Comment ? serajt-il vrai que ce colonel?
ROSALINE
Oui , monsieur, il me plaît; car du moins celui-là, je ne l'ai jamais vu.
GERMENCEY.
Oh ! s’il connoissait son bonheur 9 ou si j’étais à sa place ,
quç