CHAPITRE DEUXIÈ.VI E
de Piaule fut publié en même temps que l'heure du spectacle : quant aux autres indications, ou bien elles furent omises comme inutiles, ou bien, plus ou moins complètes, elles prirent place dans le prologue ^ Voilà pourquoi nous trouvons ces renseignements dans plusieurs prologues des comédies de Piaule, ceux de VAsinaria, du Mercator, du Miles, du Pœtiulus, du Trinummus, sans compter celui de Casina. Le plus souvent l'interpolation a été faite d'une manière très maladroite -.
Prologus ne fut pas dans la période de ïérence l'unique personnage du prologue. Ses devanciers, les dieux de théâtre, reprirent plus d'une fois leurs fondions, et l'exclusion absolue dont notre poète les avait frappés ne fut pas maintenue. « Deos argumentis narrandis machinatos casteri latini instar Grxcorum habent, Terentius non habet, » dit Evanthius ^. S'il était bien prouvé qu'il faut prendre au pied de la lettre l'affirmation du grammairien, tous les comiques du septième siècle auraient fait usage des figures allégoriques, ce qui n'est pas du tout invraisemblable : chacun d'eux a bien pu, au cours de sa vie, trouver, ou emprunter au riche répertoire des Grecs, quelque personnage de ce genre. Quoi qu'il en soit, dans les reprises
' Parfois le titre qu'on attribue à la pièce dans ces prologues n'est pas calui que lui donnent les manuscrits : Casina est appelée Sortientcs ; Pœnnlus, Pater j^ultiphagonides. Le nom ne faisait rien à l'affaire. On ne se faisait pas non plus scrupule de donner comme étant de Plaute des comédies d'autres poètes moins populaires : le pavillon couvrait la marchandise. Ainsi se forma cette longue liste d'où Varron s'efforça de dégager les pièces authentiques.
2 Cf. Dziatzko, De prol. Ter. et PI. Il pense que ce sont des grammairiens qui ont fait ces interpolations pour établir une ressemblance entre les prologues de Plaute et ceux de Térence. Rien de plus différent que ces passages et ceux où la pièce est nommée dans Térence . D'ailleui-s, si les vei-s interpolés peuvent le plus souvent être séparés du contexte sans inconvénient, ils y tiennent parfois (Asinaria, Pœmdvs). Ils font alors évidemment partie d'un remaniement qu'il est i)lus naturel d'attriliuer aux auteurs des reprises. Pouniuoi ne pas admettre qu'ils ont aussi fait les autres interpolations, seulement avec moins d'art l
3 De trag. et coin.
de Plaute on revit sur la scèae ceux qu'il avait créés : car ses prologues grecs servirent pour les représentations posthumes avec autant de convenance que pour la première. Un poète de la togata, Afranius, paraît avoir eu un goût très marqué pour ces divinités complaisantes, d'accord en cela avec Ménandre dont ses ennemis lui reprochaient de piller les comédies. Nous savons qu'il avait confié le prologue de sa Sella à Sophia; celte déesse se faisait en ces termes connaître aux spectateurs :
« Usus me genuit, mater peperit Memoria ; Sophiam vocant me Graeci, vos Sapientiam. ' »
Au début d'une autre pièce, apparaissait dans le même rôle Priape, et un fragment nous le montre s'eiïorçant de discréditer une version qui avait cours sur sa naissance :
8 nam quod vulgo prœdicant,
Anrito me parente natum, non itaest, 2 »
A la même catégorie appartenait peut-être une indivis dualité fantastique, Ptemeligo, qui s'exprimait ainsi dans le
Proditus 3 :
a Kemeligo a Laribus missa sum hune quae cursum cohibeam. »
Enfin les deux vers suivants d'une atellane de Pomponius, Agamemno swppositus, auraient très bien pu servir d'exorde à une divinité chargée du prologue :
Ne quis miretur, cum tam clare tonuerit, Ut si quis dormitaret, expergisceret....
On conçoit que souvent, dans l'intérêt de la variété et de l'agrément, Prologus, banal et terne, se soit vu dédaigner pour des figures plus brillantes et plus neuves.
Mais quand on n'avait pas mieux, c'est-à dire dans le cas le plus fréquent sans doute, on revenait à lui : car, aussi
1 Cf. Ribbeck, Sdla, 1. A. Gellius, qui cite ce fragment, J\\ A. 13, 8, dit seulement : « Versus Afranil sunt in togata cul Sellœ nonieii est. » Il parait évident qu'ils sont du prologue.
2 Ib/d. Iiiccrt. 2. Macrobe, 8at. 6, 5, 6 : c( Afranium qui in 2}rologo ex persona Prlaj)l ait. » — ^ Ibld. Proditîi§,Z.