‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 52 sur 110 · Jérémie, XXXII, 36 sq · texte numérisé non relu

Jérémie, XXXII, 36 sq

YI

Parmi les déportés de la première heure se trouvait un homme formé à l'école de Jérémie^ Ezéchiel. Il était prêtre comme Jérémie et plus que lui pénétré de l'idée sacerdotale ; non par préjugé de caste, mais parce que, dans l'effondrement momentané de la nation, tout centre de ralliement matériel étant perdu, il fallait bien un signe visible de l'unité, un symbole de la nationalité future. Puisqu'on n'avait pu faire la nation sainte par l'Etat, il fallait bien 1» faire par le rite. Le développement sacerdotal sortit, comme une nécessité de vie, de l'annihilation politique.

Ezéchiel passe pour le plus obscur des prophètes. Souvent, en effet, il pousse aux der-

nières limites les procédés de symbolisme qu'affectionnaient les anciens prophètes. Dans le spectacle du monde bizarre et fantastique que l'art et la civilisation de la Chaldée présentaient autour de lui, il a absorbé nonïbre d'images compliquées et étranges : il est l'ancêtre de la Cabale * et c'est lui qui le premier a rempli, pour la passer à Daniel, Enoch, Jean de Patmos et tant d'autres, la coupe fumeuse de V Apocalypse. Mais sous les symboles obscurs et pénibles, sa pensée se développe avec une clarté et une logique que ne présente aucun autre prophète.

Tant que Jérusalem est debout, tant que la lutte dure encore entre Israël et Babel, et par suite dans Israël même entre les deux mondes qui le déchirent — entre le vieux monde banal et charnel qui ne veut pas mourir, et le monde nouveau, animé de l'esprit divin, qui veut se dégager du cadavre auquel il est lié vivant, — Ézéchiel fait écho au cri de malédiction de

Page 1