Zunz, Neubauer, Loeb, etc
à mesure que l'on en pénètre l'histoire intime, on reconnaît de plus en plus Timpossibilité de les séparer et de les comprendre l'un sans l'autre : ici encore l'historien du peuple juif est forcé de se faire l'historien des Arabes ou de l'Europe, et l'historien des Arabes ou de l'Europe rencontre à presque tous les grands changements de la pensée une action juive, soit éclatante et visible, soit sourde et latente.
Ainsi l'histoire juive longe l'histoire universelle sur toute son étendue, et la pénètre par mille trames. Elle ouvre par là à la recherche un champ d'une variété infinie et d'une unité parfaite, et elle offre à la psychologie historique un intérêt que nulle autre histoire n'offre au même degré:car elle présente la série la plus longue d'expériences qui ait encore été enregistrée, exercées dans les milieux les plus différents, sur une seule et même force humaine, connue et constante. Disons rapidement quelques-uns des problèmes les plus importants que cette histoire soulève.
A l'origine, une tribu nomade, de race sémitique ; — après de longues migrations à travers les plaines de la Mésopotamie, de la Syrie et de l'Egypte, cette tribu établit sa demeure au milieu des peuples de Canaan, dans le voisinage des Phéniciens. L'histoire matérielle des Hébreux durant cette période est obscure ; leur histoire religieuse plus encore; car le mouvement de leurs migrations peut se suivre dans les légendes qu'ils en ont gardées, tandis qu'il n'est point resté de trace distincte de l'itinéraire de leur pensée. La seule chose certaine et reconnue, c'est qu'ils sont primitivement idolâtres et polythéistes ; ils le sont comme tous les peuples de la race dont ils sortent, sans qu'il
soit possible cependant de déterminer les traits propres de leur mythologie, et en quoi elle se rapproche et diffère, aux diverses époques de cette première période, de la mythologie de leurs frères sémites. Quels étaient leurs croyances et leur culte avant de passer en Egypte ? Qu'en ont-ils laissé en Egypte et qu'y ont-ils pris? Qu'ont-ils enfin emprunté en Canaan aux dieux des peuples voisins avec lesquels ils se sont trouvés en rapports d'amitié ou de haine? Toutes questions auxquelles la Bible ne répondra clairement, si jamais, que quand l'Egypte aura dit son dernier mot, quand l'histoire comparée des religions sémitiques sera définitivement constituée sur des données chronologiques, et que des générations d'épigraphistes auront fait parler tout ce peuple de témoins enfouis encore à l'heure présente à Carthage, à Ninive, à Hamath, à Saba, et sur toute l'étendue de la vieille terre sémitique.
Une fois établis en Palestine et constitués en nation, une révolution se fait lentement à l'intérieur de l'idolâtrie primitive, transformation
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religieuse parallèle à la transformation politique. Les Hébreux, à mesure qu'ils s'organisent en nation, s'assurent un dieu national, font contrat avec lui, l'opposent aux dieux nationaux des peuples voisins. Ce dieu national, cet Eloliim, ne diffère pas encore essentiellement de ses voisins, ni par les attributs qu'on lui prête, ni par le culte qu'on lui rend : il n'est pas encore la négation des autres dieux, ce n'est pas encore le dieu du monde, ce n'est que le dieu d'Israël. Quand a commencé cette révolution? Est-ce dès l'instant où Israël a pris conscience de son existence personnelle, c'est-à-dire dès la sortie d'Egypte, ou au moment où il a constitué son existence nationale, c'est-à-dire avec la royauté? Le nom de Moïse, que les souvenirs historiques d'Israël attachent à la sortie d'Egypte et à la première organisation de la nation, doit-il se lier aussi au premier mouvement de la transformation religieuse? Ou n'est-ce que plus tard que l'instinct profond de la légende, l'évolution religieuse une fois achevée, la rattacha en arrière à la première heure de cette évolution politique,
qui avait donné le premier branle à la pensée d'Israël? Quoi qu'il en soit, cette évolution religieuse fut lente et dura des siècles : toute l'histoire de la royauté n'est qu'une lutte continue, souvent sanglante, entre le dieu national et les dieux étrangers, qui ne sont longtemps* que les prête-noms du parti national et du parti étranger. Cette lutte, à laquelle se rattachent les grands noms de l'ancien prophétisme se termine par la victoire du dieu hébreu, vers la chute de la royauté : le dieu national triomphe au moment où la nation qu'il devait faire périt. Mais au même instant et aux approches mêmes de la catastrophe, ce dieu lui-même subit une altération profonde. Ce n'est plus un dieu national à la façon des autres, conçu et adoré comme pourrait l'être Camoch ou Milcom : si ce n'est qu'un dieu national, un Camoch d'Israël, un Milcom de Juda, Israël a été trahi et le roi de Babel, en poussant ses chars de guerre contre
1. Jusqu'au moment où Babylone entre en scène. 2 Les prophètes dont il ne reste que le nom et dont les plus grands sont Samuel et Élie. — Voir page 33.
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Jérusalem, pourra s'écrier lui aussi, mais sans craindre de retour comme autrefois l'Assyrien : <( Ne te laisse pas abuser aux promesses de ton Dieu ! Où sont les rois d'Arpad, de Hamath, de Separvaïm? Quel est le peuple que son Dieu a jamais sauvé de mes mains? » Le dieu d'Israël, grandi dans la défaite de son peuple, devient le dieu universel, le dieu unique, le dieu du décalogue, le dieu d'Isaïe et des prophètes. C'est toujours bien le dieu d'Israël, puisqu'il s'est révélé à Israël seul, qu'Israël seul a su le deviner ; mais c'est le Dieu sans second ; ce n'est plus le dieu jaloux du premier mosaïsme, qui a faim de victimes et d'offrandes et punit les fautes des pères jusqu'à la quatrième génération : c'est le dieu de justice et d'amour, qui veut des cœurs purs et non des mains pleines, qui a horreur des sacrifices et de la grimace du culte ^ et qui ne veut plus qu'on dise : « Les pères ont mangé les raisins aigres et les fils en ont eu les dents agacées ^ » Et puisque le peuple qui l'a cherché