Restitué récemment par MM. Perrol et Chipiez
Soulevée par ces espérances grandioses qui se crurent réalisées six siècles plus tard, sous des formes et des symboles inattendus, jaillis des métaphores du prophète, une partie des exilés reprit le bâton de pèlerinage, détacha la lyre suspendue aux saules des fleuves de Babylone, traversa le désert, et remonta en chantant vers la montagne de Si on :
Quand TÉternel ramena les captifs de Sion, nous étions comme dans un rêve.
... Puis notre lèvre s'emplit d'allégresse, notre bouche de cris de triomphe ^.
Et alors Israël essaya de réaliser le rêve prophétique, et à la place de la patrie banale
i . Psaume GXXVI, 1-2.
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sition de ses vues, poursuivie avec cette netteté, cette décision, cette intrépidité de logique et de conviction qui faisaient la force de son talent, ont produit une impression profonde sur le public non spécialiste et ont troublé plus d'un esprit de bonne foi. Les contradictions de la science dans Thistoire religieuse portent trop aisément le public à se reposer dans le scepticisme du conflit des systèmes, et il est utile et nécessaire de dissiper les nuages qui pourraient s'amasser sur les rares certitudes que nous possédions dans un domaine qui touche de si près aux sources les plus intimes de notre vie morale. Et heureusement, si le Prophétisme est un des foyers les plus intenses de cette vie, il se trouve aussi qu'il a projeté une lumière suffisante pour que Thistoire ne s'en perde pas dans la brume, comme il est arrivé souvent à de grands mouvements plus rapprochés de nous.
134 LES PROPHÈTES d'iSRABL.
procédé de style bien étrange pour un homme d'action qui ne vit et ne vibre que des passions de Finstant. Et vraiment, pour que ses lecteurs aient compris et goûté tant d'allusions latentes, il leur fallait une sagacité et une puissance de divination que, de nos jours, les écrivains du genre, non seulement les brutaux comme l'auteur des Propos de Labiénics, mais les délicats comme Beulé et Paradol, n'auraient jamais osé demander à leur public.
La Bible contient un apocrypne, que la science a reconnu depuis longtemps, le Livre de Daniel. Pour saisir le son de lapocryphe comparé au son de l'authentique, il n'y a qu'à lire Daniel au sortir des Prophètes. Le héros, comme on sait, est un des Juifs déportés par Nabuchodnozor à la prise de Jérusalem et qui, ayant résisté aux menaces et aux tentations du roi qui veut lui faire abjurer sa religion, est inspiré de Dieu et reçoit la révélation de l'avenir jusqu'à la fin des temps, l'arrivée du Messie et la résurrection des justes. Daniel appartient précisément à la période et au mouvement auxquels M. Havet attribue l'ensemble des Prophètes.
et le prophète entonne le chant de deuil. Le cri de Jérémie sort des profondeurs de Juda à Fagonie. Transportez cette scène et ce cri dans la Judée séleucide, tout devient faux. La législation mosaïque était déjà depuis plus de deux siècles le code national, il n'y a pas trace d'une guerre des classes depuis le retour de Texil, et la révolte des Asmonéens est d'un bout à l'autre une révolte religieuse et nationale, non une révolte sociale et servile.
Il faut pourtant qu'il y ait dans les prophètes des traits qui puissent s'appliquer au u® siècle de notre ère, car autrement on ne concevrait pas Terreur d'un esprit tel que M. Havet. Il y en a en effet au moins un qui s'applique réellement au II® siècle : c'est une interpolation reconnue il y a longtemps et qui se détache de l'ensemble par son accent qui détonne : c'est l'accent de la prophétie précise et détaillée, le signe même auquel se reconnaît l'apocryphe.
C'est une prophétie d'Isaïe contre TÉgypte, annonçant qu'un jour il y aura dans le pays d'Egypte cinq villes qui parleront la langue de Canaan et qui jureront par le nom de Jéhovah, et l'une d'elles s'appellera ville du soleil (xix, 19)*
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Ta fait jusqu'à présent les interpolations qui se sont glissées dans les Prophètes et à en établir l'origine, la date et l'objet : il en sortira des lumières, noù sans doute sur les Prophètes mêmes et leur œuvre, maïs sur l'histoire de leur action au cours des temps.
A Torigine, une tribu nomade, de race sémitique ; — après de longues migrations à travers les plaines de la Mésopotamie, de la Syrie et de rÉgypte, cette tribu établit sa demeure au milieu des peuples de Canaan, dans le voisinage des Phéniciens. L'histoire matérielle des Hébreux durant cette période est obscure; leur histoire religieuse plus encore ; car le mouvement de leurs migrations peut se suivre dans les légendes qu'ils en ont gardées, tandis qu'il n'est point resté de trace distincte de l'itinéraire de leur pensée. La seule chose certaine et reconnue, c'est qû*ils sont primitivement idolâtres et polythéistes ; ils le sont comme tous les peuples de la race dont ils sortent, sans qu'il
l'histoire du peuple juif. 191
Fâme de la patrie, est refoulé dans le commerce et Tusure par les canons de l'Eglise et par la politique financière des rois qui veulent savoir où mettre la main quand le Trésor est vide. Le peuple ne voit plus dans le Juif que Fhomme d'affaires de son seigneur et de son roi, le symbole vivant et exécré de sa misère, et c'est ainsi que les deux grands opprimés du moyen âge, le peuple et le Juif, sont mis face à face, Tun jeté en proie à l'autre. Et pourtant, aux heures les plus désespérées, dans ces Ghettos où le parquent la loi, le mépris et la haine, l'opprimé vit par la pensée de la vie de ses oppresseurs : il aspire à franchir le mur de sa prison, à venir respirer l'air de France : la langue maternelle de ce paria, ce n'est pas un patois hébreu, c'est le français de France, et la plus ancienne élégie française, la plus belle peut-être qui ait été composée en notre langue, a été écrite dans un Ghetto, à la lueur d'un bûcher*. La Renaissance et la Réforme, en détournant