ET M. RENAN
Il y a vingt-cinq ans à peine que paraissait la Vie de Jésus^ on se rappelle au milieu de quel déchaînement c'était comme l'écroulement d'un monde, salué d'une double acclamation de triomphe et de fureur. La Bible enfin expliquée^ publiée dans un siècle d'irréligion gamine, avait soulevé moins d'enthousiasmes et de colères. Nul peut-être ne fut plus surpris que l'auteur même de ce double succès qu'il n'avait ni cherché ni attendu. Nourri dans un milieu religieux, dont il n'était sorti que pour entrer dans un autre sanctuaire,
1. Ernesl Renan, Histoire du "peuple d'Israël, tome I®', Paris, Galmann Lévy, 1887. 1 vol. in-8°.
l'histoire d'iSRAEL et m. RENAN. 219
prendre forme, du moins dans quelques cerveaux, le monothéisme obscurément enveloppé dans ridolâtrie de la tribu. Ces prophètes n'étaient pas sans doute les premiers hommes en Israël qui virent la figure de Jahvé remplir le ciel et chasser tous les autres fantômes; mais ils avaient la force qui rend Thallucination intérieure, la puissance d'expression qui fait passer au dehors la tyrannie de la certitude : une idée n'existe et n'agit que du jour où elle a trouvé l'expression de feu, la parole qui lance ses traits en plein cœur de vérité, comme une flèche infaillible d'Apollon.
s'accroche Tâme qui sombre, si elle y trouve un appui, fût-ce une branche de mancenilier?
Qu'importent les démentis curieux de l'histoire aux nécessités et aux affirmations du cœur humain ? Que les morts aient été de leur vivant ce qu'ils voudront ; dans leur vie d'outretombe, et dans leur poussée sur l'avenir, ils sont ce qu'on les croit; et nous aurons beau dire que l'histoire est la résurrection du .passé : pour l'humanité, elle est plus que cela : c'est la prophétie de l'avenir.
L^.BISTOIRE D'ISRAËL
ET M. 6RAETZ. '^
L'histoire sainte et Thistoire juive sont deux choses très différentes : tout le monde a quelque idée de la première, ne serait-ce que par des souvenirs de catéchisme ; bien peu connaissent la seconde ou en soupçonnent même Texistenc* et retendue. Les limites de Fhistoire sainte sont quelque peu indécises: on Tarrète en général à l'époque où Ion. place le terme, soit de l'existence politique d'Israël, soit de sa mission religieuse, c'est-à-dire soit à la chute du second temple, soit à:la naissance du Christ. Mais l'histoire sainte n'est que le premier chapitre de
1. Graetz, Histoire des Juifs, traduit de Talletnand, par M. Wo'g«e, t. P». Paris, 1882.