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Schemonël, III

Alfred Binet. La suggestibilité, Schleicher; 190Û.| „ V l

qu’une cellule est d’autant plus contractile qu’elle est plus jeune. D’autre part la suggestibilité, très prononcée dans l’hypnose et dans le sommeil naturel, en raison de la dissociation neuronienne qui existe alors et qui rend impossible le contrôlé d’une idée par l’autre, est encore, et pour les mêmes raisons, très grande dans l’état hypnagogique.

C’était donc Iahvé qui appelait Schemouël!

Comment n’aurait-il pas désiré entrer en communication avec le dieu? et de quoi celui-ci pouvait-il l’entretenir, sinon des scandales d’Hophni et de Pinehas, et de ce qu’il leur avait prédit par la bouche du roë ?

Il alla se recoucher, et entendit prononcer son nom :

« Schemouël! Schemouël! »

— « Parle, dit Schemouël, car il écoute, ton serviteur! »

— « Voici, cria Iahvé, que je vais accomplir en Israël une chose telle qu’à tous ceux qui l’apprendront les deux oreilles leur tinteront. En ce jour, je ferai se dresser contre Éli de point en

point tout ce que j’ai prédit à sa maison, ce que je lui ai annoncé, c’est-à-dire que je jugerai sa famille à jamais, à cause des crimes dont il savait ses fils coupables et qu’il n’a pas réprimés. Ainsi ai-je juré à la maison d’Éli. Son iniquité ne sera point expiée ni par un sacrifice, ni par une offrande à jamais 1 ! »

Sans doute ces deux prédictions, dont la première ne faisait que traduire les désirs de vengeance d’une foule indignée, et dont la seconde n’était que l’écho de la première, n’auraient pas été rapportées, si flophni et Pinehas n’avaient été tues dans une bataille, ce qui, 'en cette période agitée de l’histoire d’Israël, n’avait rien de surprenant.

De quel phénomène le cerveau de Schemouël avait-il été le théâtre?

Le système nerveux est une colonie de cellules munies de prolongements fins qui, en s’unissant bout à bout, constituent les conducteurs nerveux.

Il y a, selon moi, autant d’espèces de neurones

i- Schemouël, HT,

corticaux qu'il y a d’espèces psychologiques définies. .Je distingue donc les neurones sensoriels , que viennent ébranler tout d’abord les ondulations nerveuses centripètes émanant des organes des sens, les neurones mnésiques situés en aval des premiers, et qui sont de véritables clichés où ces ondulations viennent se photographier, grâce à une réaction chimique encore inconnue, et enfin les neurones moteurs où se schématisent les actes. A l’état normal, la pression nerveuse est à peu près également répartie dans tous ces neurones.

Mais ce sont des cellules mobiles. Elles peuvent contracter leurs prolongements, comme les pieuvres contractent leurs tentacules, et créer dans leur propre substance, par suite des changements de densité résultant de la contraction, des zones mauvaises conductrices, des barrages, que j’ai appelés les neurodiélectriques. Dès lors, le conducteur qu’ils forment est interrompu, et le courant d’énergie qui vient du monde extérieur par les voies nerveuses centripètes, pour retourner au monde extérieur parles voies centrifuges, ne passe plus.

Supposons que ce phénomène se produise pour un nombre limité de conducteurs. Ceux-ci étant réunis les uns aux autres par les prolongements collatéraux des neurones, le courant s’échappera dans les conducteurs voisins, qui seront soumis à une pression plus grande, phénomène tout à fait comparable à ce qu’on appelle en électricité phénomène de court circuit.

L hallucination n’est pas autrè chose. C'est un court circuit sur les neurones à images , avec reflux des ondulations sur les neurones sensoriels.

Ce qui explique que, dans le cas d’hallucination unilatérale de l’ouïe relevant d’une lésion de l’oreille interne, l’hallucination se produise le plus souvent du côté opposé à la lésion.

L’hallucination est fréquente chez l’enfant, parce que ses neurones, comme toutes les cellules jeunes, jouissent d’une contractilité extrême; et elle se produit souvent chez eux sous l’influence de la terreur. Fernand Bouchut 1 en rapporte plusieurs exemples.

1. Fernand Bouchut. Des hallucinations chez Thèse de Paris ■ 1886.

enfants .

Un garçon, âgé de dix ans, voyait sa mère dans le ciel et l’entendait parler (obs. XXIV).

Eugénie T..., âgée de onze ans, voyait, soit le jour, soit la nuil, des enfants jouer autour d’elle, et les entendait lui dire : « Je ne veux pas jouer avec toi. » (obs. XII).

Le fils, âgé de douze ans, d’un concierge de Bicêtre entendait une voix lui dire : « Sauvetoi vite, dépêche-toi ou je vais t’assommer. » (obs. LX).

Une fille âgée de quatorze ans, ayant été poursuivie par son père, qui voulait abuser d’elle, entendait depuis la voix d’un homme qui la menaçait de la battre (obs. XIV).

Une autre du même âge, voyait, devant elle, la nuit, pendant une ou deux heures, un fantôme blanc, qui lui annonçait une mort prochaine (obs. XXIII).

Enfin, Mathilde H..., du même âge, s’entendait quelquefois appeler par son nom de baptême (obs. LXII).

L’hallucination est fréquente chez l’hystérique, parce que ses neurones, arrêtés dans leur développement et atteints d’infantilisme, sont,

par ce fait même, extrêmement contractiles.

L’hallucination est fréquente chez l’aliéné, parce que beaucoup de ses neurones corticaux sont détruits, altérés ou contractés, et que ses conducteurs perméables sont réduits de nombre.

L’hallucination se produit sous l’influence des poisons, de l’alcool, de l’opium, du haschich, des toxines de la fatigue, des toxines microbiennes, parce que ces substances déterminent la contraction des neurones.

Le jeûne, l’ombre, le silence, les émotions violentes, comme la frayeur, agissent de la même manière.

En un mot, il existe pour les neurones, à l’égard des différents modes — mécaniques, physiques ou chimiques — du mouvement, un optimum d’extension, en deçà et au delà duquel la contraction commence pour aboutir à la contraction complète 1 . Dès lors, on conçoit que l’hallucination soit surtout fréquente pendant le sommeil, où la plupart des neurones sont contractés, (le rêve n’est pas autre chose qu’une hallucina-

I. D 1 ’ Binet-Sanglé. Le sommeil chez les êtres rnonoplastidaires êt les végétaux. Revue de 4’hypnotisme, 1902-1903.

DES ORIGINES A ÉLIE ill

lion), dans l’état somnambulique, et enfin dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, dans l 'état hypnagogique.

L’hallucination hypnagogique est compatible avec la raison, ce qui ne veut pas dire que les sujets, réputés sains, qui en sont victimes soient absolument normaux. Ce sont le plus souvent des dégénérés. Elle s’observe d’ailleurs fréquemment dans la période d’incubation delafolie.

Elle exige deux conditions :

1° L’hyperamiboïsme des neurones 1 .

2° L’inanition, l’intoxication ( alimentaire, organique ou microbienne), ou le traumatisme physique ou émotionnel des neurones.

Alfred Maury 2 a remarqué que l’usage du vin ou du café noir ainsi que la fatigue l’y prédisposaient.

De là aussi l’action des veilles prolongées.

C’est donc d’une hallucination hypnagogique que fut victime, dans la solitude, les ténèbres et le silence du débir, le jeune dégénéré mental,

1. D r Binet-Sanglé. Le mécanisme des phénomènes hystériques. Revue de l’hypnotisme, 1902.

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