VI. — Hallucinations exoauditives verbales hypnagogiques
D’ailleurs il arrive souvent que les hallucinations exoauditives verbales commencent par se produire dans l’état hypnagogique pour devenir ensuite constantes. En voici quelques exemples empruntés à Baillarger.
L..., fille d’un alcoolique aliéné, nièce d’un alcoolique toqué, sœur d’un alcoolique ayant eu un accès de folie, entend le soir, avant de s’endormir, des voix qui lui parlent distinctement. Trois ans après, elle devient folle, et a des hallucinations auditives à l’état de veille complète.
M lle D..., fille d’un dément et sœur d’une aliénée, entend le soir, au moment de s’endormir, la nuit en rêve, et le matin à son réveil, des voix
DES ORIGINES A ËLIE
qui lui paraissent sortir de son alcôve. Quelque temps après, ces hallucinations se produisent aussi pendant le jour.
Alexandrine J..., quia eu déjà plusieurs accès de délire, entend des voix au moment où elle s’endort. Au bout de douze jours, elle les entend jour et nuit.
M me L..., fille d’une mère atteinte d’une maladie convulsive, a eu elle-même des crises avec perte de connaissance, et abuse de la boisson. Le soir au moment de s'endormir, et le matin à son réveil, elle entend sortir de son lit des voix distinctes qui l’accusent et la menacent. Ces hallucinations ne tardent pas à devenir constantes.
Vil. — Caractères des hallucinations exoauditives verbales.
Les hystériques sont très sujets à l’hallucination exoauditive verbale. Rien de plus fréquent que de les entendre, pendant leurs crises convulsives ou leurs accès de somnambulisme, converser avec des êtres imaginaires. L’un des
sujets de Pierre Janet, Mariette, sursautait, tournait la tête et paraissait écouter; elle s’entendait appeler dans le lointain, et se levait pour répondre. Une autre, Maria, entendait et reconnaissait la voix de son mari 1 .
Il en est de même des aliénés.
Le plus souvent la voix se fait entendre dans le silence de la nuit ou le matin au réveil. Elle peut être claire, éclatante, tonnante, ou se réduire à un chuchotement. Tantôt elle paraît venir d’assez loin, d’une chambre, d’une maison ou d’une cour voisine par exemple. C’est ainsi qu’une persécutée de la Salpétrière, observée par J. Séglas 2 , entendait, dans les cours voisines, la voix d’une personne de connaissance qui, disait-elle, était à sa recherche.
Tantôt elle parle à l’oreille de l’hallucinée. Elle prononce d’ordinaire un mot, une phrase courte, toujours la même. Elle peut aussi apporter quelque variété dans ses discours. Elle parle à la deuxième personne, et le plus souvent
1. Pierre Janet. État mental des hystériques. Les accidents mentaux. Paris. Rueff 1894.