XVI. — Hallucination verbale et théomanie
On conçoit que l’aliéné qui entend ou sent en lui-même, ou qui entend ou sent prononcer par sa propre bouche des paroles qu’il n’a pas conscience d’articuler, ait tendance à les rapporter à des êtres surnaturels. Aussi la folie religieuse coïncide-t-elle souvent avec les hallucinations verbales.
Si la voix hallucinatoire est prise pour une voix divine, le malade devient théomane.
Térésia de Cepeda y Ahumada (sainte Thérèse), qui avait de ces hallucinations, se croyait possédée de Dieu.
De même les fanatiques jansénistes. '
« Ils parlaient, dit Carré de Montgeron, comme si leurs lèvres, leur langue, tous les organes de la prononciation étaient remués et mis en action par une force étrangère. Il leur semblait qu’ils débitaient des idées qui ne leur appartenaient aucunement, et dont ils n’acqué-
raient la connaissance que lorsque l’oreille était frappée des sons qu’ils étaient forcés d’articuler. Ils supposaient qu'une intelligence divine avait pris place dans leur âme devenue inerte. » ,
« Quelques-uns entendaient d’ailleurs sortir de leurs poumons une voix autre que la leur, et ils se comparaient à un écho ou à une personne qui ne dicte que ce qu’elle entend dicter C »
Élie Marion croyait qu’un esprit formait dans sa bouche les paroles qu’il prononçait : « C’est un pouvoir étrange et suprême qui me fait parler 1 2 , » disait-il.
« Il plut à Dieu, dit un autre prophète cévenol, de délier ma langue et de mettre sa parole en ma bouche ; sa volonté fut d’agiter mes lèvres et de se servir de ces faibles organes pour sun bon plaisir; je sentis et entendis s’écouler par ma bouche un ruisseau de paroles dont mon esprit n’était point l’auteur et qui réjouissait mes oreilles : « Je t’aime tant,