Aristotélès. Politique, IV
158 les prophètes joies
qui fait pressentir un dégénéré à un autre dégénéré, et qui fait qu’une sympathie s’établit aussitôt entre eux.
C’est qu’en effet Schaôul était atteint d’une affection mentale. Un jour, à la rencontre d’une « corde » (monome, file indienne) de prophètes, il fut pris de leur délire, et se mit à chanter avec eux. A plusieurs reprises, il lui arriva de « faire le roë » 1 au milieu de sa maison. Il était sujet à des accès de mélancolie que la musique faisait cesser, à de violentes colères et à des impulsions homicides. Deux fois, au cours de ses accès, il essaya de percer de sa lance David, son gendre, qui lui jouait du kinnor. Il appartenait à cette variété de psychopathes connus sous le nom de 'persécutés persécuteurs. Il se crut trahi par David, qui lui gagnait des batailles, donna deux fois de suite l’ordre de l’exécuter, s’accusa en pleurant de ses soupçons injustes, voulut de nouveau le faire mettre à mort, et se repentit encore disant : « J’ai été un insensé. « Il voulut aussi faire exécuter son
1. En Hébreu le même mot roë ou nabi désigne le prophète et le fou.
fils Ionathan, coupable d’avoir mangé un peu de miel un jour de bataille, alors qu’il avait, lui Schaôul, donné l’ordre de jeûner jusqu’au soir. Il l’épargna, mais plus tard, se croyant trahi par lui, voulut le percer de sa lance. Il se crut aussi trahi par Ahi Melek et par les cohènes, dont il fit égorger quatre-vingt cinq avec leurs femmes, leurs enfants et leur bétail. 11 eut, chez la nécromancienne d’Endor, une hallucination exoauditive verbale, et crut entendre la voix de Schemouël. Enfin il se tua en se jetant sur son épée.
Dégénérescence-mentale, accès de délire aigu , accès de mélancolie avec idées de persécution et impulsions homicides et suicides , telle était la formule psychologique du roi choisi par Schemouël.
Et, soit dit en passant, la possibilité d’être gouverné par un fou, — le fait s’est produit à plusieurs reprises en divers temps et en divers lieux, — est un argument que Schemouël a oublié de joindre à son réquisitoire contre l’autocratie.
Devant ce géant au regard sans doute étrange, le roë n’hésita pas.
160 LES PROPHÈTES JDIFS
« Dès que Sehemouël eut vu Schaoul, Iahvé lui fit savoir ceci : « Voilà l’homme dont je t’ai ainsi parlé : celui-ci dominera sur mon peuple 1 , »
Et sans plus attendre, il dit à l’inconnu :
« Monte devant moi au bama pour que nous y mangions aujourd’hui ensemble; je te renverrai au matin... A qui sera toute la beauté d’Israël? N’est-elle pas à toi et à toute la maison de ton père 2 ? »
Puis il le conduisit avec son serviteur à la salle du festin, leur donna la première place parmi trente convives, et fit servir au fils de Qisch la cuisse de la victime qu’il avait fait mettre à part. Il l’emmena ensuite àRamathaïm- Çophim, et s’entretint avec lui, le soir et le lendemain, sur la terrasse de sa maison. Enfin, l’ayant reconduit à la limite du bourg, il lui répandit une fiole d’huile sur la tête.
S’il faut en croire la Bible, c’est en cherchant des ânesses perdues que Schaoul passa à Rama-