‹ Les prophéties et leur accomplissement littéralChapitre 13 sur 42 · CH. III. TYR · texte numérisé non relu

CH. III. TYR

de Carthage, cette rivale de Rome, était une des colonies de ïyr. Ce fut lorsque ce centre du commerce du monde avait atteint son plus haut degré de puissance et'd'opulence, et au moins 125 ans avant la destruction de l'ancienne Tyr,que le prophète Isaïe annonça sa chute irrévocable. La nouvelle Tyr, bâtie sur une île, succéda à la ville continentale ; elle fut habitée par le même peuple, conserva le même nom , et son sort fut également compris dans les mêmes prédictions. Le prophète assigne comme causes de la malédiction prononcée contre elle son orgueil et sa méchanceté, la joie qu'elle éprouva des malheurs des Juifs, et sa cruauté en les vendant comme esclaves. Toute la destinée de Tyr fut prédite.

L'évêque Newton nous montre comment les prophéties suivantes ont été aussi exactement accomplies qu'elles ont été clairement énoncées, c'est-à-dire que Tyr devait être prise et détruite par les Chaldéens, qui, à l'époque de la prophétie , n'étaient qu'un peuple obscur et peu important, et que cette destruction devait se faire par le moyen de Nabuchodonozor, roi de Babylone ; que les habitants de Tyr s'enfuiraient sur l'île voisine et se répandraient dans les contrées environnantes , mais qu'ils n'y trouveraient aucun lieu de repos; qu'après un intervalle de 70 ans la ville serait reconstruite , et que le peuple retournerait à son commerce et à ses richesses; qu'après un certain temps le peuple renoncerait à l'idolâtrie et se convertirait au culte du vrai Dieu, et qu'enfin la ville serait entièrement détruite et qu'elle ne serait plus qu'un lieu pour étendre les filets.

Mais au lieu de les passer toutes en revue, nous nous contenterons d'en présenter au lecteur quelques-unes des plus remarquables, qui furent

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accomplies après répoque des derniers prophètes de l'Ancien Testament, et dont l'accomplis sèment repose sur des témoignages non équivoques.

Le siège de Tyr, par Alexandre-le-Grand, est un des plus singuliers événements de l'histoire. Irrité de ce qu'une ville solitaire comme Tyr pût aussi longtemps arrêter la marche de son armée victorieuse , exaspéré par le meurtre de quelques-uns de ses soldats , et jaloux de sa renommée , rien ne put faire consentir le jeune vainqueur à en lever le siège. La prise de Tyr fut encore plus étonnante que le plan d'attaque ne fut audacieux, car la ville était entourée d'une muraille haute de 150 pieds, et sa position sur une île éloignée d'un demi-mille du rivage semblait la rendre inaccessible. On forma, pour ainsi dire, une chaussée qui s'étendait du rivage à l'île , et les ruines de l'ancienne Tyr ^, détruite depuis 250 ans, en fournirent les matériaux. Une entreprise aussi gigantesque sembla pendant quelque temps au - dessus des efforts mêmes d'un Alexandre. Les ouvrages commencés furent brûlés par l'ennemi, et ensuite détruits par un orage; mais leurs restes ensevelis sous l'eau formèrent une barrière sur laquelle il recommença ses travaux. Il fallut encore rassembler une immense quantité de matériaux; on ramassa la terre et jusqu'aux décombres; et ce même conquérant, qui ne parvint jamais à rebâtir les murailles de Babylone , jeta celles de Tyr dans la mer et en enleva même la poudre de dessus la place qu'elles occupaient ^ Il ne laissa pas ves-

(2) c Magna vis saxo rum ad mainim erat, Tyro vetere praebente. » Quint. Curt., 1. IV, cap. ix. — P rideaux, RoUin, etc.

(3) Humus aggerebatur. Quint. Curt., cap. xi. Arrian. de Exp. Ai., 1. II, cap. x\r-xxiv. Quint. Cnrt. , L IV, cap. vii-xix.

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tige d'une seule ruine , et l'emplacement de l'ancienne Tyr est inconnu*. Qui est celui qui a enseigné au prophète à dire : « Elles détruiront « les murailles de Tyr , et démoliront tes tours ^ « et jetteront ton bois , tes pierres et ta poussière « au milieu des eaux. » — «Je raclerai sa poussière « hors d'elle 5 je ferai qu'on sera tout éperdu à «cause de toi, de ce que tu ne seras plus; et « quand on te cherchera , on ne te trouvera plus « à jamais 5 dit l'Eternel ^. »

Après la prise de Tyr , le conquérant fit incen dier la ville. Quinze mille Tyriens s'échappèrent dans des vaisseaux ; mais une grande partie des habitants furent massacrés, et 230,000 vendus comme esclaves. De tous ces faits, les plus saillants de l'histoire de Tyr , il n'y en a pas un seul qui ne soit l'accomplissement d'une prophétie. «Voici, « le Seigneur l'appauvrira, et en la frappant il jet- « tera sa puissance dans la mer , et elle sera con- « sumée par le feu®. » — « Je ferai sortir du milieu « de toi un feu qui te consumera, et je te réduirai « en cendre sur la terre ^ » — « Passe en Tarsis, « lève-toi, traverse en Kittim^ » — « Les îles qui « sont dans la mer seront éperdues à cause de ton « issue ®. » — « Tu mourras au milieu de la mer, de « la mort de ceux qui sont tués*^. » — « Vous avez « vendu les enfants de Juda et les enfants de Jéru- « salem; voici, je ferai retourner sur votre tête « votre salaire*'. » Mais que dit encore le prophète de la première ville de commerce de l'univers , dont les marchands étaient des princes , et les facteurs des grands de la terre ? « Je te rendrai sem-

(4) Volney , vol, II. — Description de TOrient, par Pococke , 1. I , ch. XX. — Buckingbam, p. 46.

(5) Ezécbiel, XXVI, 4, 12, 21.

(6) Zacharie, IX, /i. — (7) Ezéchiel, XXVIII, 16. (8) Esaïe, XXIII, 6, 42. — (9) Ezéchiel, XXVI, 13. (10) Ezéchiel, XXYIII, 8. — (11) Joel, III, 6, 7.

ï l^ TYR. CH. III.

^( blabkî à une pierre sèelie.^ un li(Mi i>()nr éU .nlre ^t les rilels*\ )) Jl est encore répélé ailleurs avec la inénie force et la même vérité : « J(i la rendrai « semblable à une pierre sèche. Elle servira à «étendre les lilets au milieu de la mer, car i'ai «parle \ »

Cependant^ quoique privée de ses anciens habitants, Tyr ne tarda pas à redevenir une ville commerçante. Elle était populeuse et florissante au commencement de l'ère chrétienne. On y trouvait du temps des apôtres plusieurs disciples du Christ; on y construisit plus tard un temple élégant et plusieurs églises; elle fut le siège episcopal du premier archevêque soumis au patriarche de Jérusalem. Tyr fut prise par les Sarrazins au septième siècle , et au douzième par les croisés , époque à laquelle elle était une ville de commerce riche et importante. Les Mameloucks s'en rendirent maîtres plus tard, et depuis 300 ans elle est demeurée au pouvoir des Turcs. La cruauté et les spoliations continuelles des Turcs ne lui ont pas permis d'échapper au sort qu'elle a du reste partagé avec un e multitude d'autres villes et avec plusieurs autres pays, et sa désolation avait été prédite 2,000 ans avant l'existence du peuple qui a été l'instrument de sa destruction et de sa ruine. Il est vrai que dernièrement la ville a paru sortir un peu du milieu de ses ruines, grâce à un court intervalle de repos; cependant les dernières punitions prononcées contre elle ont été parfaitementaccomplies d'aprèsle témoignageque nousen rendent Maundrell, Shavv, Volney et Bruce.

Il ne reste aucun vestige de son ancienne splendeur; elle n'est plus qu'une ville de murailles brisées, de colonnes tronquées et détruites,

(12) Ezéchiel, XXVI, 1^, 15. — (d3) Ibid., k, 5.

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