‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 33 sur 62 · SC · texte numérisé non relu

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Le 20 juillet 1539, le docteur Luther était fort courroucé contre quelques-uns de ses voisins, qui, après avoir emprunté chez lui divers objets, niaient ensuite les avoir reçus. « Ah ! bon Dieu! quelle est cette ma lice, qu’aucune crainte et qu’aucun remords n’empêche ? Ce sera un grand malheur peur eux, puisqu’ils doivent faire serment sur leur âme ; car le serment est la

i!U l'KOPOS DE TABLE DE MARTI» LUTBÉR.

tin de tout différend. S'ils font serment, il vaudrait mieux |M>ur eux qu'ils fussent (urndus ; car c(‘lui qui se parjure perd son àmc et sesliiens. »— Il envoya ensuite vers celui avec lequel existait le différend, pour qu'il fût admonesté de nouveau, atiii qu'il ne lumbût pas dans un semblable péril ; car semblables exemples ne doivent se tolérer.

Aujourd'hui j'ai eu à m’occuper des prévarications d'un boulanger qui ne donne pas à son pain le poids juste et légal, bien que semblables affaires regardent le magistrat et ne me concernent pas. Si on laissaitlesboulangers voler tant qu'ils voudraient, on verrait de belles choses !

Il arriva une circonstance étonnante à Wittemherg, en 1533 ; trois voleurs apportèrent è la femme d'un orfèvre une botte en or, comme celles on l’on garde le pain consacré; elle leur dit de revenir dans une heure, et elle donna avis au magistrat. En revenant, ils trouvèrent le magistrat, et, saisissant leurs armes, ils blessèrent un sergent et prirent la fuite ; un d’eux fut tue, un autre se sauva ; le troisième, poursuivi sur le pont et ne pouvant s'enfuir, blessa un soldat, et, se dépouillant, il se jeta dans l’Elbe, où il périt, — Le docteur Jonas ajouta que l’on assurait que, tandis qu'il se débattait dans l’eau, on l’avait entendu implorer l’assistance de Dieu, mais inutilement; car c’était un insigne garnement et presque un parricide , il avait coupé deux doigts à son père. Le même jour, le gouverneur avait envoyé demander à ce père des renseignements sur le compte de son fils, et la réponse avait été : « Je voudrais que mon fils se noyât aujourd’hui dans l’Elbe » ; ce qui arriva en effet, la voix de la colère divine s’étant fait entendre par la bouche du père. — Le docteur Luther dit qu'il avait lu eu saint Augustin que, lors<iuc des mères souhaitaient du mal à leurs enfants, ces malédictions avaient un effet funeste.

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ÉVÉNEMENTS ËXTKAORblN AIRES, PROblGES, CRIMES. |23S

Un homme vola un calice dans une église près de Torgau, et il avoua ensuite à un ministre qu'il était tourmenté par scs remords, et qu'il rendrait ce qu'il avait soustrait si on lui donnait dix florins pour l'assister, car il était dans une extrême détresse. Le ministre consulta le docteur Luther, qui répondit qu’il fallait donner les dix florins et réprimander très-sévèreuicnt le voleur. Il ne renonça pas à ses habitudes coupables, et il fut plus tard arrêté et puni.

soi

Un courtisan de l'électeur Jean apporta quarante florins au docteur Luther, comme une restitution à laquelle il se croyai tenu en conscience, et qu'il désirait que l'on fit sans le nommer. Le prince se mit à rire; ilditqu'ii voudrait bien connaître cette [lersonnc pour lui conférer une place plus importante, et il donna cet argent au docteur Luther )x>ur l'aider dans sa traduction de la Bible; le docteur le distribua à des collaborateurs pauvres , qui l’aidaient dans ses travaux.

Dans la basse Allemagne, il apparut un monstre qui avait la taille d'un bomme et la flgure d'un chien ; il flairait les gens qui devaient mourir, et d'autres que ceux qu'il flairait le virent. Ces personnes destinées à la mort recoururent, dans leur superstition, à des messes. Le docteur Luther apprenant cela, dit : « Seigneur Dieu, fais-nous miséricorde et conserve-nous la parole ; car, lorsqu'elle se perd, nous croyons et nous adorons tout ; il n'est rien de si absurde qui ne trouve alors des adorateurs, ainsi que Priape eu rencontra chez les Romains. »

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Un enfant étant né en Prusse, un génie ou un esprit de ténèbres (car nous ne savons pas ce qui en est) vint séjourner auprès de lui, et en prit tant de soin, que l'enfant n’eut besoin ni de sa mère, ni d’aucune servante. Quand il grandit, l’esprit continua

236 PROPOS DE TABLE DE MARTIN Ll'THER.

d'agir de même. Il visita les écoles avec lui, mais, ni celui auquel il s'était attache, ni personne au monde, ne l'aperçut jamais. Le jeune homme étant parti pour l'Italie, l'esprit l'accompagna, et, toutes les fois que quelque danger ou quelque obstacle était sur sou chemin, il l'en avertissait en le touchantou en faisant quelque bruit; il lui tirait ses bottes, comme aurait fait un valet, et à son retour, il ne le quitta point. Le jeune homme obtint un canonicat, et, un jour qu'il était à table avec quelques amis, se livrant à la gaieté, l'on entendit soudain frapper un coup violent sur la table, et tous les assistants furent saisis de frayeur. Le chanoine dit aussitôt : « Ne craignez rien ; c’est moi qu’un grand malheur menace. » Le lendemain, il fut attaqué d'une fièvre violente , et après en avoir souffert durant trois jours, il mourut misérablement.

Le comte Jean Henri de Schwarzbnrg raconta qu’une fois l'on apporta à un pape, à Rome, un homme marin qui avait jusqu'au milieu du corps la forme d’un homme. Comme il était en danger de mourir, le pape le fit derechef jeter dans la mer en disant : « Bon Dieu ! que tu es admirable dans les créatures qui sont sur la terre ! » — Alors le monstre prit la parole et il dit : « Bien plus admirable dans les eauz. » Le docteur Martin dit : « Ce monstre était un diable, car le diable habite dans les eaux et dans les grandes forêts. Beaucoup de gens ont vu des monstres marins et c'était très-certainement des diables. »

Là-dessus , le noble seigneur de Volrat , comte et seigneur de Mansfeld, dit qu'en Dannemarck , des pêcheurs, en jetant leurs filets dans la mer, avaient pris deux gros monstres marins ; l’un s'était sauvé en brisant les filets , mais l’autre avait été capturé et conduit à terre, où il était bientôt mort, et le roi de Danneniarck en fit faire le (lortrait, que le comte avait vu et qui n'était rien autre chose que celui d'un moine ayant une aumusse et un capuce. Le comte ajouta que le seigneur d'ilulten avait écrit, des lies d’Or, à son père, le comte Albert, qu'ils avaient pris un monstre marin qui était comme un évêque, ayant une mitre, un camail et tous les ornements épiscopaux <.

■ La figure de pareili prélata, dont le diocèse s’étend sous les Ilots

ÉVÉNËHËKTS EXTKAOKUINAIKËS, PHOltlGES, CRIMES. 237

On raconta au docteur Luther qu'une jeune fille avait été dans une forêt pour garder des vaches, et qu’une grande quantité de neige étant tombée, on l'avait crue perdue, mais qu’au bout de trois jours on l’avait trouvée sous un arbre, et tout autour d’elle était un grand cercle où il n’était point tombé de neige. Quand on l’interrogea, elle répondit : « Je suis ici à attendre mes vaches », comme si elle n’y était que depuis une heure. C’est Dieu qui la préserva.

Dieu emploie divers moyens pour appeler le monde à la pénitence ; il fait usage de la parole de ses ministres , et parfois de divers prodiges et spectacles effrayants, afin d’intimider les cœurs endurcis. Le samedi 16 septembre 1536, entre six et sept heures, on entendit de violents coups de tonnerre qui avaient été précédésd’éclairs, et, durant les huit jours, il avait fait un froid trèsvif; les mathématiciens disent que c’est un signe d'une extrême sécheresse dans l’air. Le docteur Luther entendant ces coups de tonnerre de chez lui, dit au docteur Pomeranus : « C’est une chose merveilleuse, puisque nous sommes si près du cercle arctique; Cela ne se voit qu’en Asie, en Afrique et sous la zone torride : c'est clairement l’œuvre de Satan. Je crois que des diables ont voulu entamer quelque controverse, mais un ange a déchiré leurs propositions. Mais le monde ne fait nulle attention à semblables prodiges. Une pareille merveille attira l’attention de Mélaiichtou lorsque François de Sickingen était au moment de mourir. Adolphe Melers se rendant , durant la nuit, à Torgau avec un paysan , aperçut dans le ciel une grande étoile ; autour d’elle résonnait le bruit des trompettes, et des troupes de gens armés se battaient. L’électeur Jean vit en 1516, à Erfurtb, une grande

amers, orne bon nombre d'ouvrages du seizième siècle ; nous U rencontrons notamment dans le curieux Recueil de Descerpz de la diversité des habits ; elle y est accompagnée de quatre soi-disant vers , que nous transcrirons ici en dépit des longueurs qu’on y trouvera sans doute ;

« La terre n’a evesque seulement

Qui sont par bule en grand honneur et tillrc ;

L’evesque croist en mer semblablement

Ne parlant point, combien qu’il porte mitre. »

i>H0P08 1>E TABLE DE HARTiN LUTHER.

étoile de couleur rouge qui se changea successivement en un cierge, en une croix, en une étoile de couleur de safran, et qui prit enOn la forme d'une étoile ordinaire. C'était l'année qui précédait la prédication de l'Evangile, et c'était un signe que cette prédication deviendrait éclatante , serait poursuivie par la pers«'‘cution, souillée un moment par des séditions et par des sectes, et qu'elle resterait enfin comme une étoile fixe. Mais je n'attribue aucune certitude à pareils signes; la plupart sont des tromperies de Satan : ce qu'il y a de sûr, c'est que depuis quelques années ils se sont multipliés, et que les épicui'iens les méprisent. »

Le 2i octobre 1533, on vit, durant la nuit, une multitude de dragons qui volaient dans l'air et qui se montraient dans tous les coins du ciel; ils étaient en quantité innombrable, et dès que les nus disparaissaient , d'autres se montraient : on les aperçut de W ittemberg jusqu’à Halle, et ils étaient si peu élevés au-dessus de terre qu’ils paraissaient toucher le toit des maisons et les arlr s.

Le 36 juin 1530, ou vit dans le ciel, durant la nuit, un cercle formé d’étoiles, et au milieu était une étoile d'un très-grand éclat ; elle disparut ensuite, et le cercle subsista encore quelque temps. Le docteur Luther dit : « C'est peut-être une illusion dont le diable se sert pour se jouer des hommes. » — On dit que l’on avait vu le soleil entouré d’un cercle et surmonté d'une croix d'or, et que Ferdinand, se rendant de Bohème en Autriche, avait été inondé d’une pluie de sang. Le docteur Luther dit : « Dieu envoie beaucoup de prodiges, mais les hommes les méprisent, et persistent dans leur sécurité. De là s’ensuivent de grandes calamités.»

En 1539, on aperçut durant deux jours une comète dans le signe du Lion. Le docteur Luther dit ; a Une telle multiplicité de

merveilles nous annonce bien la colère de Dieu. Ils nous invitent

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à la pénitence , mais liélas! l’on ne voit dans le monde nui amendement. Il faut que Dieu vienne châtier sévèrement le monde, et peut-être tout cela indique-t-il que le dernier jour où chaque chose sera close, n'est pas loin. » — La queue de culte comète n’était pas fort longue, et elle se dirigeait vers le midi.

En 1516, le dimanche après la Noël, il y eut, dans la nuit, un violent orage accompagné de tonnerre et de coups de vent ; lieaucoup de tours, d’édifices, de clochers, d’arbres furent renversés. Un paysan, qui revenait d’un village près de Torgau, aperçut, durant cette même nuit, deux hommes dans le ciel, dont l’un s’écriait : « O malheureuse Allemagne ! û malheureuse Saxe! malheureux peuple chrétien ! » Et l’autre répondait : « Faites pénitence ! faites pénitence ! »

Il s’est commis cette année, en 1536, un forfait horrible en Silésie, dans le village de Kutzendorif : une femme, durant l’absence de son mari, a tué ses trois enfants ; elle a étranglé l’alné qui avait quatre ans, étouffé le second âgé de trois ans, et elle a égorgé le plus jeune âgé de trois mois ; elle s’est ensuite tuée. Si nous n’étions des épicuriens, pareil crime devrait nous glacer d’effroi ; mais telle est la malice du monde et du siècle, qu'aucune exhortation, aucun signe ne peut l’amender.

Une femme déguisée en homme a successivement abusé de deux femmes par un stratagème infâme '. Ç’a été une abomination satanique. Elle a été brûlée à Heidelberg.

Du temps que j’étais jeune et non loin de ma patrie, il y eut un gentilhomme de très-bonne famille et très-digne d’estime, qui

* Fieto membro.

surpritsa femme en adultère ; Il fit périr le galant de faim, le faisant attacher dans un cachot, et chaque jour il lui faisait apporter et mettre non loin de lui de la viande bien préparée et fumante à laquelle le malheureux ne pouvait toucher, mais dont l’aspect et l’odeur augmentaient scs souffrances. 11 vécut ainsi onze jours et alors il expira. Ce gentilhomme agit avec justice, mais avec cruauté. La justice ne défend pas de faire périr l’adultère qu’on surprend, et ceci nous montre que des peines atroces punissent de grands crimes. Je pourrais les nommer tous deux, mais je veux passer leurs noms sous silence.

En 1505, il y avait un évêque de Trêves qui, dans les diètes, répondait aux Français en français, aux Italiens en italien, aux Allemands, aux Espagnols, aux Polonais, dans leurs langues respectives. 11 était très-instruit, mais il était fort débauché, et il courait sans cesse après les femmes. Il fut enfin surpris chez une dame qu’il courtisait et dont le mari le tua.

Vers la même époque, il y avait à Heidelberg un évêque sous lequel vécut Rodolphe Agricola, et en entrant un jour dans un lieu de débauche où on lui avait tendu un piège, il tomba dans une cave qu’on avait laissée ouverte ; dans celte chute il sc brisa la tête et il mourut sur le coup.

Le docteur Luther parla d'un maître ès arts d’Erfurth, homme instruit et de bonne vie, qui fut ensuite élevé à la prêtrise et qui tomba en adultère avec la femme d'un maçon, et qui, un jour, fut surpris par le mari en flagrant délit et mis à mort. Il dit ensuite : « J’ai reçu de Dieu cinq enfanlsqui me sont bien chers, mais quand je pense combien le monde devient pervers et combien il est facile à la jeunesse, entourée de tant de dangers, de se laisser corrompre par des vauriens, alors je souhaiterais que tous mes enfants fussent morts, car il n’est aucun espoir que le monde s’amende. »

Si»

nu SUICIDE.

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