I. — CONSTITUTION ET PROPRIÉTÉS CHIMIQUES
Nous avons vu, dans l'étude rapide que nous avons faite des composés de l'argent, que les propriétés caustiques de ce métal pouvaient être dissimulées lorsqu'il entrait dans la constitution d’une molécule complexe, telle que la molécule d’albumine ; le même résultat peut être obtenu avec tout autre corps susceptible de fixer l'argent d'une façon assez énergique pour que, mis en présence des chlorures et des albumines de l’organisme, il ne donne avec eux aucun précipité.
M. Auguste LUMIÈRE a préparé ainsi un nouveau composé de l'argent qu'il a appelé « Cryptargol » et qui est le dérivé argentique de la thioglycérine sulfonate de sodium, de formule
C H —S$ Ag c HOH Û H2 — S O3 na.
L'argent peut d’ailleurs y être remplacé par un autre
PR peu
métal et ce corps est susceptible d'être posé comme type de toute une série de dérivés organo-métalliques, à partir de la thioglycérine. Le métal est fixé sur une des valences du soufre et la solubilité de cette molécule est assurée par l'introduetion d’un groupement sulfonique solubilisant.
Dans une molécule unique comme celle-ci les propriétés antiseptiques de l'argent sont conservées plus complètement que lorsque ce métal est introduit dans un corps formé d'une molécule double : une molécule insoluble comprenant l'argent et une molécule soluble assurant la solubilité de la première.
Lorsque l’on traite par l’électrolyse ces molécules doubles ou encore les solutions colloïdales de l'argent dans lesquelles la couche périgranulaire du colloïde joue le rôle de la molécule soluble vis-à-vis de la molécule insoluble, la dissociation n'amène pas une libération de . l'argent, celui-ci reste en combinaison, alors que dans l’électrolyse d'un sel d'argent ordinaire le métal est libéré et se transporte au pôle négatif où on le retrouve avec toutes ses réactions.
ette différence entre les sels d'argent et les composés albuminoïdes qui donnent des solutions colloïdales peut expliquer en partie le pouvoir bactéricide plus faible de ces derniers.
Nous verrons que le cryptargol donne à l’électrolyse une libération de l'argent qui se porte au pôle négatif,
il se conduit done comme les sels d'argent puisqu'il est directement soluble.
Ce composé se présente sous l'aspect d’une poudre
EC te
jaune non déliquescente, très soluble dans l’eau. Il renferme 35 % d'argent.
Les solutions ont une couleur jaune clair, leur réaction au papier de tournesol est neutre ; contrairement à celles que l’on obtient avec les autres composés argenüques, elles sont très stables, se conservent à la lumière el à la température ordinaire, même en flacons débouchés, sans être sujettes à aucune altération.
Elles ne possèdent aucune action caustique, quelle que soit leur concentration, elles ne tachent ni les téguments ni le linge et présentent des propriétés antiseptiques remarquables.
La plupart des réactions des sels d'argent y sont dissumulées, c'est ainsi que : une solution de cryptargol mise en présence d’une solution d’albumine ne donne pas de précipité d’albuminate d’argent. Il ne se forme pas non plus de chlorure d'argent si on met la solution en présence de chlorure de sodium.
Avec les acides ehlorhydrique et acétique il se forme un précipité blanc qui se redissout si l’on ajoute de l’eau ou du cryptargol.
Avec la soude caustique on n'obtient rien à froid ; ïl faut chauffer le mélange pour voir apparaître une coloration, jaune d’abord, rouge ensuite, et qui devient enfin noire ; il s'est formé du sulfure d'argent colloïdal.
L'hydrogène sulfuré et les sulfures alcalins donnent avee la solution de cryptargol un précipité noir de sulfure d'argent.
Avec le ferrocyanure de potassium il se forme un précipité blanc qui se redissout si l’on ajoute de l'eau.
Le perchlorure de fer donne un précipité blanc jau-
nâtre, celui-ci se redissout dans un excès de cryptargol. Il en est de même avec le nitrate d'argent qui donne un précipité blanc.
Electrolyse. — L’électrolyse est pratiquée en plaçant la solution dans un tube en U, les deux électrodes plongent dans la solution, le fond du tube est occupé par une couche d’eau.
On obtient après le passage du courant au pôle positif un liquide à réaction acide et au pôle négatif un liquide à réaction alcaline.
Le liquide du pôle positif tient en suspension un précipité qui filtré et lavé est blanc grisâtre, il s’altère à la lumière et contient de l’argent. Si on le traite par la soude, ce précipité se dissout, puis il se reforme rapidement un précipité jaune qui s’altère peu à peu et devient plus foncé.
Le liquide du pôle négatif tient en suspension un précipité noir de sulfure d'argent, celui-ci se dissout dans l'acide nitrique par chauffage.
L’électrolyse de ce corps aboutit à une dissociation de la molécule et l'argent est libéré, au pôle négatif où il se porte, il réagit vis-à-vis du soufre libéré également pour donner le précipité noir de sulfure d'argent.
Le cryptargol se conduit done comme un sel d'argent lorsqu'on le dissocie par électrolyse, nous avons dit que ce fait devait être interprété comme une indication de l’activité thérapeutique de cette combinaison argentique.
er)
Il. — PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES.
Nous envisagerons, ici, les propriétés thérapeutiques du cryptargol, en étudiant la façon dont se comporte cette préparation vis-à-vis des tissus, son degré de toxicité et ses propriétés bactéricides.
{° CAUSTIGTÉ. — Le cryptargol, qui ne précipite pas en présence des chlorures et des albumines et dont les solutions ont une réaction neutre, n’exerce sur les divers issus de l’organisme aucune action irritante.
L'application sur les muqueuses ou même sur une plaie d’une solution de cryptargol à 10 % ne se traduit par aucun phénomène douloureux marqué et ne provoque sur les tissus aucune escharre ni réaction inflammatoire.
Cette absence de propriétés caustiques est particulièrement importante pour la désinfection des muqueuses délicates ou d'épithélium, tels que la conjonctive, sur laquelle le moindre phénomène d'irritation est suivi de réactions marquées : tuméfaction des paupières, larmoiement, troubles de la vision.
L'instillation de quelques gouttes de cryptargol en solution à 10 % sur la conjonctive du chien ne provoque aucune réaction immédiate ou tardive.
20 Toxiciré. — a) Toxicité par ingestion. — De nombreuses expériences ont établi que Pon peut donner au cobaye, par voie buccale, plus d’un gramme de eryptargol par kilogramme du poids total de l'animal sans