LES INDICATIONS ACTUELLES DU NITRATE D'ARGENT
En raison des graves inconvénients que nous venons de signaler, l'usage du nitrate d'argent à l'intérieur est aujourd'hui à peu près complètement abandonné. A l’extérieur, ce corps reste fréquemment usité, en solutions faibles, les solutions fortes manifestant une action nocive pour les muqueuses qu'elles irritent ou détruisent.
En ophtalmologie. — Le nitrate d'argent a été et est encore employé dans un grand nombre de maternités comme préventif de l’ophtalmie purulente du nouveau-
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né selon la méthode de CréDÉ. On instille dans le cul-desac conjonctival une solution au 1/100° de nitrate d'argent, aussitôt l'enfant expulsé des voies vaginales.
Des cas de perte de la vision consécutifs au CRÉDÉ ont été signalés. Ces cas sont rares, mais assez souvent il se produit un catarrhe argentique difficile à distinguer d'une ophtalmie déclarée ; si, dans le doute, le médecin continue les cautérisations, la cornée est atteinte, l’épithélium altéré et l’ulcère ainsi formé peut être suivi d’un leucome persistant. Pour cette raison, on a tenté de remplacer le nitrate d'argent par le protargol, qui respecte l’épithélium cornéen, le nitrate d'argent est réservé aux Cas de conjonctivite blennorragique de l’adulte, qui réclament une thérapeutique plus énergique. Là encore le nitrate d'argent doit être manié avec prudence. Ce corps, en raison de son action caustique, ne peut être d’un emploi satisfaisant en ophtalmologie.
En urologie. — Il est utilisé dans les infections de la vessie où son action est vraiment efficace ; lorsque l’on veut éviter de mettre la vessie en tension, on utilise les instillations et on y fait pénétrer de 20 à 40 gouttes de solution à 1/100° ou à 5/100°. On utilise pour les lavages la solution au 1/1.000°. Le nitrate d'argent est tout à fait contre-indiqué dans les cystites d’origine tuberculeuse, les phénomènes irritants qu'il détermine dans ces cas aggravent l'affection. La vessie tuberculeuse intolérante vis-à-vis de presque tous les antiseptiques l'est particulièrement pour le nitrate d'argent.
En vénérologie. — Le nitrate d'argent est considéré comme un des antiblennorrhagiques les plus puissants, employé à titre abortif et à titre curatif.
Le traitement abortif doit être tenté dans les trente-six premières heures, alors que l'écoulement n’est encore constitué que par un liquide peu abondant et séreux. Dipay se servait de solutions au 1/50° ou au 1/30°; il est préférable de se contenter de celle au 1/100° dont on pousse 5 à 10 centimètres cubes dans l’urèthre antérieur.
La muqueuse uréthrale, à la suite de cette injection, devient le siège d’une violente inflammation, on substitue à l’uréthrite gonococcique une uréthrite amicrobienne qui se manifeste durant vingt-quatre à quarantebuit heures avec une exagéralion des symptômes douloureux et un écoulement purulent très abondant.
Les cas de guérison sont assez rares, le plus souvent la blennorrhagie poursuit son évolution en dépit de ce traitement énergique. Dans le traitement curatif de l’uréthrite aiguë ou de l’uréthrite chronique le nitrate d’argent rend alors de réels services.
On emploïe pour les injections, dans l’uréthrite aiguë, des solutions variant de 1/5.000° à 1/2.000°, ces injections. peuvent alors, sans crainte, être répétées trois-ou quatre fois par jour.
A côté des injections on utilise les lavages de l’urèthre antérieur et, si l'infection s’est propagée, les grands lavages uréthro-vésicaux. Ces lavages ont surtout pour but de déterger la muqueuse, leur action est plus mécanique qu'antiseptique, les solutions employées sont done faibles, 1/15.000° à 1/20.000e.
Dans l’uréthrite chronique, à côté des injections et des. grands lavages, on pratique, s'il ne s’agit que de l’urèthre antérieur, la méthode des instillations, dite méthode de GUYON : tous les deux jours on injecte 15 à 20 gouttes
de solution forte, 1/100° à 1/20°. Comme dans le traitement abortif on voit survenir alors une recrudescence passagère de l'écoulement. C’est généralement après la dixième ou la quinzième instillation que survient la guérison, lorsque ce traitement doit se montrer efficace.
De tous les agents utilisés dans le traitement de l’uréthrite blennorrhagique, le nitrate d'argent est un de ceux qui donnent les meilleurs résultats, mais c'est 1à que se manifeste aussi son action caustique lorsqu'il est employé comme abortif ou en instillations de Guyon. Dans la pratique des injections et des lavages il est désirable d'éviter ces phénomènes inflammatoires et de respecter autant que faire se peut la muqueuse uréthrale qui constitue encore le plus sûr moyen de défense vis-à-vis du gonocoque, il ne faut donc utiliser dans ce cas que des solutions faibles, ce sont elles qui donnent les meilleurs résultats. ;
En dermatologie. — On l'a employé contre l'eczéma, l'impétigo. Il a pu donner de bons effets, mais son application y est douloureuse. Il paraît plutôt indiqué dans la désinfection et l'épidermisation des plaies superficielles où son action ne s'exerçant qu'en surface favorise l'épidermisation. C’est dans ce cas surtout que l’on fait appel au crayon qui permet d'agir sur tel ou tel point de la plaie ou encore de porter l’action du corps dans une fistule. On s’est servi également de poudres : en Allemagne, le Docteur BarüGH à utilisé de la sorte un mélange formé de 1 gr. de nitrate d'argent pour quelques grammes d'argile stérilisée. Ce mélange se présente sous la forme d’une poudre blanche, on le laisse sur la plaie avec le pansement. Les résultats ont été favorables dans les cas