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Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisis

Geoffroy de Ville-Hardoois , auteur de la première chronique en langue vulgaire , est le premier prosateur intelligible de notre langue. 11 naquit au château de Ville-Hardouin , à six lieues de Troyes. Devenu maréchal de Champagne , il prit une grande part h la croisade qui aboutit à la prise de Constanti* Dopleetàla fondation de Tempire latin. Son Histoire de la prise de Constantinopîe, qui comprend neuf ans, de 4 198 à 1207, est écrite avec une naïve simplicité, une noble bonhomie et une vérité de couleur aujourd'hui bien rare.

PRISE DE CONSTANTÏNOPLE.

L'emperères iMorchufles s'ère venus herbergler {poster) devant l'assaut à une place à tôt son pooir, et ot tendues ses vermeilles tentes. Ensi dura cil afaires trosque (jusques ) à lundi matin ; et lors furent arivé cil {ceux) des nés {ne fit) et des vissiers {vaisseaux qui transportaient les chevaux) et cil des galies (galères) ; et cil de la ville les doult»rent {craignirent) plus que il ne firent à premières {auparavant)^ si furent si esbaudi {^ffraijés) , que sor les murs et sor les tors ne paroient {pa^ raissaient) se genz non ; et lors comença li assaus fiers et merveillcus , et chascuns vaissiaus assaiiloit endroit {devant) lui. Li huz {ta clameur) de la

noise {comhat) fii si granz , que il sembla que terre fondist. Knsi dura li assals longuement tant ((ue nostre sir lor fist lever un vent que on apele Boire (Borée) ; ei bola les nés et les vaissiaus sor la rive plus qu'estoicnt devant, et deux nés qui estoient loiées ensemble, dont l'une avoit nom ta Pèlerine, et li autre ii Paradis , approeliièrent à la tor , l'une d'une part, et l'autre d'autre, si com Diex et li venz les mena , que l'eschiele de ta Pèlerine se joinst à la tor; et maintenant un Venisien et un chevalier de France qui avoit nom André d'Urboise, cntWTent en la tor , et autres genz comencent h entrer après als; et cil de la tor se desconfisent {/tiient) et s'en vont.

Quant ce virent li chevalier qui esfoient fts vissiers, s'cîu issent à la terre et drecent eschiele a plain del mur, et montent contremont le mur par force , et conquistrent bien quatre des tois , et ils comencent à cissaillir des nés et des vissiers , et des galies , qui ainz ainz , qui mielz mielz ; et dépècent bien trois des |K)rtes et entrent enz ; et comencent à monter ; et chevauchent droit à l'herberge (poste) de l'emreor iMorchufles ; et il avait ses batailles ( troupes } rangies devant ses tentes. Et com il virent venir les chevaliers à cheval, si se dcsconfisent , et s'en va l'emperères fuiant par h^s rues al chastel de Boukelion. Lors veissicz grillons abatre; et chevaus gaaigncT , (»t palefroi , muls et mules et autres avoirs. Lk ot tant des mors et des navrez qu'il n'en ère ne fins

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ne mesure. Grant partie des halz homes (prlnci^ paux seigneurs) de Grèce guenchirent {se dirigèrent) vers la porte de Blaquerne ; et vespres y ère jà bas, et furent cil de Tost {armée) lassé de la bataille et de Tocision {carnage); et si comencent à assembler en une place granz qui estait dedenz Gonstantinople ; et prirent conseil que il se herbei*geroient près des murs et des tors que il avaient conquises , que il ne cuidolent {pensaient) mie que il eussent la ville vaincue en un mois ; les forz yglises ne les forz palais, et le pueple qui ère dedenz. Ensi com il fu devisé , si f u fait.

Ensi se herbergièrent devant les murs et devant les tors près de lor vaissials. Li cuers Baudoins de Flandres se herberja es vermeilles tentes l'empereor Morchuflex qu*il avoit laissles tendues, et Henri ses frères devant le palais de Blaquerne ; Boniface li marchis de Montferrat , il et la soe gent {tui et ses gens), devers Tespès {au centre) de la ville. Ensi fu l'oz herbergié com vos avez oî , et Gonstantinople prise le lundi de Paque florie.

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