‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 170 sur 326 · PASSAGE DES ALPES PAR FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

PASSAGE DES ALPES PAR FRANÇOIS I

On part ; un détachement reste et se fait voir sur le Mont-Cenis et sur le Mont^Genèvre, pour inquiéter les Suisses et leur faire craindre une attaque ; le reste de Tannée passe à gué la Durance et 9' engage dans les montagnes du côté de Guiliestre ; trois mille pion« iiiers la précèdent. Le fer et le feu lui ouvrent une route difficile et périlleuse à travers des rochers; on remplit des vides immenses avec des fascines et de gros arbres; on bâtit des ponts de conununication | on traîne, à force d'épaules et de bras, Tartillerie dans quelques encTroits inaccessibles aux bêtes de somme : les soldats aident les pionniers ; les officiers aident les soldats ; tous indistinctement manient la

pioche et la cognée, poussent aux roues , tirent les cordages ; on gravit sur les montagnes ; on fait des efforts plus qu'humains ; on brave la mort qui semble ouvrir mille tombeaux dans ces vallées profondes que TArgentière arrose , et où des torrents de glaces et de neiges fondues par le soleil se précipitent avec un fracas épouvantable. On ose à peine les regarder de la cime des rochers sur lesquels on marche en tremblant par des sentiers étroits, glissants et raboteux, où chaque faux pas entraîne une chute, et d*où Ton voit souvent rouler au fond des abîmes et les hommes et les bêtes avec toute leur charge. Le bruit des torrents, les cris des mourants, les hennissements des chevaux fatigués et effrayés, étaient horriblement répétés par tous les échos des bois et des montagnes , et venaient redoubler la terreur et le tumulte.

On arriva enfin à une dernière montagne où Ton vit avec douleur tant de travaux et tant d'efforts prêts à échouer. La sape et la mine avaient renversé tous les rochers qu'on avait pu aborder et entamer ; mais que pouvaient-elles contre une seule roche vive, escarpée de tous côtés, impénétrable au fer, presque inaccessible aux hommes? Navarre, qui l'avait plusieurs fois sondée , commençait à désespérer du succès lorsque des recherches plus heureuses lui découvrirent une veine plus tendre qu'il suivit avec la dernière précision ; le rocher fut entamé par le milieu , et l'armée , introduite au bout de huit jours

dans le marquisat de Saluées, admira ce que peuvent Findustrie , Taudace et la persévérance.

{Histoire de Français /*".)

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