‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 197 sur 326 · LA FÊTE DES ROIS · texte numérisé non relu

LA FÊTE DES ROIS

Les cœurs simples ne se rappellent pas sans attendrissement ces heures d'épanchement où les familles

se rassemblaient autour des gâteaux qui retraçaient les présents des Mages. L'aïeul, retiré pendant le reste de Tannée au fond de son appartement, reparaissait dans ce jour comme la divinité du foyer paternel. Ses petits-enfants , qui depuis long-temps ne rêvaient que la fête attendue, entouraient ses genoux et le rajeunissaient de leur jeunesse. Les fronts respiraient la gaieté; les cœurs étaient épanouis; la salle du festin était décorée, et chacun prenait un vêtement nouveau ; au choc des verres, aux éclats de la joie , on tirait au sort les royautés éphémères : on se passait un sceptre qui ne pesait point aux mains du monarque. Souvent une fraude , qui redoublait Failégresse des sujets et n'excitait que les plaintes de la souveraine , élevait au trône la fille du lieu et le fils du voisin nouvellement arrivé de Tarmée. Les jeunes gens rougissaient, embarrassés qu'ils étaient de leur couronne; les mères souriaient, et l'aïeul vidait sa coupe à la nouvelle reine. Le curé, présent à la fête, recevait, pour la distribuer avec d'autres secours, celte première part, appelée la part des pauvres. Des jeux de l'ancien temps, un bal, dont quelque vieux serviteur était le musicien, prolongeaient les plaisirs, et la maison tout entière, nourrices, enfants, fermiers, domestiques et maîtres, dansaient ensemble la ronde antique. {Génie du Christianisme. )

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