‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 225 sur 326 · CONTEMPLATION DU QEL ÉTOILE · texte numérisé non relu

CONTEMPLATION DU QEL ÉTOILE

Le temps était serein ; la voie lactée, comme un léger nuage, partageait le ciel; un doux rayon par* tait de chaque étoile pour venir jusqu'à moi, et lors^ que j'en examinais une attentivement, ses compagnes semblaient scintiller plus vivement pour attirer mes regards. C'est un charme pour moi que celui de contempler le ciel étoile , et je n'ai pas à me reprocher d'avoir fait un seul voyage, ni même une seule promenade nocturne, sans payer le tribut d'admiration que je dois aux merveilles du firmament. Quoique je sente toute l'impuissance de ma pensée dans ces hautes méditations, je trouve un plaisir inexprimable à m'en occuper; j'aime à penser que ce n'est point le hasard qui conduit jusqu'à mes yeux cette émana-

lion des mondes éloignés, et chaque étoile verse avec sa lumière un rayon d'espérance dans mon cœur. Eh quoi ! ces merveilles n'auraient-elles d'autre rapport avec moi que celui de briller à mes yeux ? Et ma pensée qui s'élève jusqu'à elles, mon cœur qui s'émeut à leur aspect , leur seraient-ils étrangers?... Spectateur éphémère d'un spectacle éternel, l'homme lève un instant les yeux vers le ciel , et les referme pour toujours; mais, pendant cet instant rapide qui lui est accordé, de tous les points du ciel et depuis les bornes de l'univers, un rayon consolateur part de chaque monde , et vient frapper ses regards pour lui annoncer qu'il existe un rapport entre l'immensité et lui , qu'il est associé à l'éternité.

LA MORT d'un AML

J'en avais un ; la mort me l'a ôté : elle l'a saisi au commencement de sa carrière, au moment où son amitié était devenue un besoin pressant pour mon cœur. Nous nous soutenions mutuellement dans les travaux pénibles de la guerre ; nous n'avions qu'une pipe à nous deux, nous buvions dans la même coupe, nous couchions sous la même toile, et, dans les circonstances malheureuses où nous sommes, l'endroit où nous vivions ensemble était pour nous une nouvelle patrie. Je l'ai vu en butte à tous lés périls de la guerre , et d'une guerre désastreuse. La mort semblait nous épargner l'un pour l'autre; elle épuisa

mille fois ses traits autour de lui sans Tattcindre s mais c'était pour me rendre sa perte plus sensible. Le tumulte des armes, Tenthousiasme qui s*empare de Tâme à Faspect du danger auraient peut-être empêché ses cris d'aller jusqu'à mon cœur} sa mort eût été utile à son pays et funeste aux ennemis. Je l'aurais moins regretté ; mais le perdre au milietl des délices d'un quartier d'hiver I le voir expirer daniï mes bras au moment où il paraissait regorger de santé, au moment où notre liaison se resserrait encore dans le repos et la tranquillité I Ah I je ne m'en consolerai jamais. Cependant sa mémoire ne vit plus que dans mon cœur ; elle n'etiste plus parmi ceux qui l'environnaient et qui l'ont remplacé : cette idée me rend plus pénible le sentiment de sa perte. La nature, indifférente de même au sort des individus, remet sa robe brillante du printemps , et se pare de toute sa beauté autour du cimetière où il repose ; les arbres se couvrent de feuilles et entrelacent leurs branches; les oiseaux chantent sous le feuillage; les mouches bourdonnent parmi les fleurs i tout respire la joie et la vie dans le séjour <le la mort; et le soir» tandis que la lune brille dans le ciel « et cpie je médite près de ce triste lieu , j'entends le grillon pour** suivre gaiement son chant infatigable , caché dans l'herbe qui couvre la tombe silencieuse de mon ami. La destruction insensible des êtres et tous les malheurs de l'humanité sont comptés pour rien dans le graad tout La mort d'un homme sensible , qui ex**

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pire au milieu de ses amis désolés, et celle d'un papillon que l'air froid du matin fait périr dans le calice d'une fleur, sont deux époquos semblables dans le cours de la nature : Thomine n'est rien qu'un fantôme , une ombre , une vapeur, qui se dissipe dans les airs...

Mais l'aube matinale commence à blanchir le ciel; les noires idées qui m'agitaient s'évanouissent avec la nuit, et l'espérance renaît dans mou cœur. Non, celui qui inonde ainsi l'orient de lumière ne l'a point fait briller à mes regards pour me plonger bientôt dans la nuit du néant. Celui qui étendit cet horizon incommensurable , celui qui éleva ces masses énormes dont le soleil dore les sommets glacés, est aussi celui qiii a ordonné à mon cœur de battre et à mon esprit de penser.

Non , mon ami n'est point entré dans le néant; quelle que soit la barrière qui nous sépare, je le reverrai. Ce n'est point sur un syllogisme que je fonde mon espérance. Le vol d'un insecte qui traverse lea siirs suffit pour me persuader; et souvent Taspect de la campagne, le parfum des airs, et je ne sais quel charme répandu autour de moi, élèvent tellement mes pensées , qu*une preuve invincible de l'immortalité entre avec violence dans mon âme et l'occupe tout entière.

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