MÉDITATIONS SUR LES RUINES DE PALMYRE
Le soleil venait de se coucher ; un bandeau rougeâtre marquait encore sa trace à Fhorîzon lointain des monts de la Syrie : la pleine lune à l'orient s'élevait sur un fond bleuâtre, aux planes rives de VEur phrate ; le ciel était pur, Tair calme et serein ; l'éclat mourant du jour tempérait l'horreur des ténèbres ; la fraîcheur naissante de la nuit calmait les feux de la terre embrasée; les pâtres avaient retiré leura chameaux ; l'œil n'apercevait plus aucun mouvement sur la plaine monotone et grisâtre ; un vaste silence régnait sur le désert ; seulement , à de longs inter-
valles, on entendait les lugubres cris de quelques oiseaux de nuit et de quelques chacals. L'ombre croissait, et déjà, dans le crépuscule, mes regards ne distinguaient plus que les fantômes blanchâtres, des colonnes et des murs. Ces lieux solitaires, cette soirée paisible, cette scène majestueuse, imprimèrent à mon esprit un recueillement religieux. L'aspect d'une grande cité déserte, la mémoire des temps passés, la comparaison de l'état présent, tout éleva mon cœur à de hautes pensées. Je m'assis sur le tronc d'une colonne, et là, le coude appuyé sur le genou, la tête soutenue sur la main, tantôt portant mes regards sur le désert, tantôt les fixant sur les ruines, je m'abandonnai à une rêverie profonde. Ici, me dis je, ici fleurit une ville opulente; ici fut le siège d'un empire puissant. Oui ! ces lieux maintenant si déserts , jadis une multitude vivante animait leur enceinte ; une foule active circulait dans ces routes aujourd'hui solitaires ; en ces murs où règne yn morne dlence , retentissaient sans cesse le bruit des armes et les cris d'allégresse et de fête : ces marbres amoncelés formaient des palais réguliers; ces colonnes abattues ornaient la majesté des temples ; ces galeries écroulées dessinaient les places publiques. Là, pour les devoirs respectables de son culte, pour les soins touchants de sa subsistance , affluait un peuple nombreux; là, une industrie créatrice de jouissances appelait les richesses de tous les climats, et l'on voyait s'échanger la pourpre de Tyr pour le fil précieux de
la Sérique; les tissus moelleux de Cachemire pour les tapis fastueux de la Lydie ; l'ambre de la Baltique pour les perles et les parfums arabes ; l'or d'Ophir pour Tétain de Thulé. Et maintenant , Yoilà ce qui subsiste de cette ville puissante : un lugubre squelette ! Voilà ce qui reste d'une vaste domination : un souvenir obscur et vain !... Au concours bruyant qui se pressait sous ers portiques, a succédé une solitude de mort ; le silence des tombeaux s'est substitué au murmure des places publiques; l'opulence d'une cité de commerce s'est changée en une pauvreté hideuse ; les palais des rois sont devenus le repaire des fauves ; les troupeaux parquent au seuil des temples, et les reptiles immondes habitent les sanctuaires ded dieux t.. Ah! comment s'est éclipsée tant de gbirel..^ Comment se sont anéantis tant de travaux!... Ainsi donc périssent les ouvrages des hommes! Mnm s'évanouissent les empires et les nations ! {Huiruëi )