PH. DE SEGUR
Le comte Philippe de Ségur, fils du comte de Ségur, est né à Paris. Il entra jeune dans l'armée, fit avec distinction toutes les campagnes de l'Empire , et parvint au grade de marichalde-camp : il est aujourd'hui lieutenant - général et pair de France.
Comme écrivain, M. de Ségur a marché sur les traces de son père , et s'est placé au rang de nos historiens distingués. Son Histoire de la Grande-Armée, pendant la campagne de Russie, qui a eu un immense succès, est un véritable poème. On lui doit aussi une Histoire de Russie et de Pierrette Grand, et une Histoire de Charles VIII.
NAPOLÉON s'Échappe du rbemlin.
Napoléon descend rapidement cet escalier du Nord, fameux par le massacre des Strélitz, et ordonne qu'on le guide hors de la ville, à une lieue sur la route de Pétersbourg , vers le château impérial de Petrowski.
Mais nous étions assiégés par un océan de flammes ; elles bloquaient toutes les portes de la citadelle , et repoussèrent les premières sorties qui furent tentées. Après quelques tâtonnements, on découvrit à travers les rochers une poterne qui donnait sur la Moskowa : ce fut par cet étroit passage que Napoléon, ses officiers et sa garde parvinrent à s'échapper du Kremlin,
Il fallait se hâter. A chaque instant croissait antour de nous le mugissement des flammes. Une seule route étroite , tortueuse et toute brûlante , s'offi^ît plutôt comme rentrée que comme la sortie de cet enfer. L'empereur s'élança à pied et sans hésiter dans ce dangereux passage. Il s'avança au travers du pétillement de ces brasiers , au bruit du craquement des voûtes ei de la chute des poutres brûlantes et des toits de fer ardent qui croulaient autour de loi. Ces débris embarrassaient ses pas. Les flammes, qui dévoraient avec un bruissement impétueux les édifices entre lesquels il marchait, dépassant leur faite, fié* chissaient alors soqs le vent, et se recourbaient sur nos tiUes. Nous marchions sur une terre de feu, sous un ciel de feu , entre deux murailles de feu ! Une chaleur pénétrante brûlait nos yeux, qu'il fallait cep<mdant tenir ouverts sur le danger. Un air dévorant, des cendres étinceUntes, des flammes détachées, embrasaient notre respiration cour^, sèche, haletante, (>t déjà presque suffoquée par la f^méc Nos mains brûlaient en cherchant à garantir notre figure d'une chaleur insupportable, et en rqpouiisant les flammèches qui couvraient à chaque instant et pénétraient nos vêtements.
Dans cette inexprimable détresse, et quand une course rapide paraissait notre s(mi1 moyen de salut, notre guide incertain et troublé s'arrêta. Lli , se serait peut-être terminée notre vie aventureuse, si d(>s pillards du premier corps n'avaient poin( recoopu
Tempereur au milieu de ces tourbillons de flammes ; ils accoururent, et le guidèrent vers les décombres fumants d*un quartier réduit en cendres dès le matin.
Ce fut alors qu*il rencontra le prince d*Ëckmubl. Ce maréchal, blessé à la Moskowa, se faisait rapporter dans les flammes pour en arracher Napoléon » ou y périr avec lui. Il se jeta dans ses bras avec transport : Fempereur l'accueillit bien , mais avec ce calme qui, dans le péril, ne le quittait jamais.
Pour échapper à cette vaste région de maux , il fallut encore qu'il dépassât un long convoi de poudre qui déûlait au travers de ces feux. Ce ne fut pas son moindre (Ranger, mais ce fut le dernier, et Ton arriva avec la nuit à Petrowski.
{Napotéan et la Grande Armée,)