‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 278 sur 326 · SUPPLICE DE JEANNE D*ARG · texte numérisé non relu

SUPPLICE DE JEANNE D*ARG

Le 80 mai , Jeanne monta dans la charrette du bourreau ; frère Martin F Advend, son confesseur, et frère Isambart, qui avaient plus d'une fois réclamé ustice dans le procès, étaient près d'elle. Huit cents Anglais, armés de haches, de lances et d'épées, marchaient alentour.

Dans le chemin , elle priait si dévotement , et se lamentait avec tant de douceur, qu'aucun Français

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ne pouvait retenir ses larmes. Qoelques-uns des assesseurs n'eurent pas la force de la suivre jusqu'^ réchafand. Arrivée à la place du supplice : « Ab I Rouen! dit -elle, Rouen! est-ce ici que je dtÀs mourir! »

Ensuite elle se mit à genoux , et se recommafida à Dieu , à la sainte Viei^e et aux saints , surtout k saint IVfichel, sainte Catherine et sainte Marguerite; elle laissait voir tant de ferveur que chacun pleurait, même phisieurs Anglais. Jean de MaiUi, évêque de Noyon, et quelques autres du clergé de France, descendirent de Téchafaud , ne pouvant endurer un si lamentable spectacle.

Jeanne demanda la croix ; un Anglais m fit une de deux bâtons, et la lui donna. Elle la prit dévotement et la baisa : mais elle désira avoir celle de la paroisse ; on alla la quérir, et elle la serrait étroitement contre son cœur en continuant ses prières.

Cependant les gens de guerre des Anglais et même quelques capitaines commencèrent à se lasser de tant de délais : « Allons donc, prêtre, VQules-vous nous » faire dîner ici ! disaient les uns. — Donnez-la-nous, » disaient les autres, et ce sera bientôt fini. — Fais » ton office, » disaient-ils au bourreau.

Sans autre commandement , et avant la sentence du juge séculier, le bourreau la saisit; elle embrassa la croix , et marcha vers le bûcher. Des gendarmes anglais Ty entraînaient avec fureur.

Le bûcher était dressé sur un massif de plâtre.

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Lorsqu'on y fit monter Jeanne, on plaça sur 8a tête une mitre où étaient écrits les mots : héréfigtie, relapse, apostate, idolâtre. Frère Martin 1* Advenu, son confesseur, était monté sur le bûcher avec elle ; il y était encore que le bourreau alluma le feu : « Jésus! » s'écria Jeanne; et elle fit descendre le bon prêtre. « Tenez-vous en bas, dit-elle ; levez la croix devant moi, que je la voie en mourant, et dites-moi de pieuses paroles jusqu'à la fin. » Elle assura encore que les voix venaient de Dieu, qu'elle ne croyait pas avoir été trompée, et qu'elle n'avait rien fait que par Tordre de Dieu. Ainsi, protestant de son innocence, et se recommandant au ciel , on l'entendit encore prier à travers la flamme : le dernier mot qu'on put distinguer fut « Jésus. »

Il n'y avait pas d'hommes assez durs pour retenir leurs larmes; tous les Anglais, sauf quelques gens de guerre qui continuaient à rire, étaient attendris : les Français murmuraient que cette mort était cruelle et injuste. « Elle meurt martyre pour son Dvrai Seigneur. Ah! nous sommes perdus, on a » brûlé une sainte ! Plût à Dieu que mon âme fût » où est la sienne ! *> Tels étaient les discours qu'on tenait. Un autre avait vu le nom de Jésus écrit en lettres de flanunes au-dessus du bûcher.

{Histoire des ducs de Bourgogne,)

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