‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 28 sur 326 · IMMENSITÉ ET PETITESSE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

IMMENSITÉ ET PETITESSE DE LA NATURE

La première chose qui s^offre à rhomme quand il se regarde , c'est son corps , c'est-à-dire une certaine portion de matière qui lui est propre. Mais, pour comprendre ce qu'elle est , il faut qu'il la compare avec tout ce qui est au-dessus de lui eC tout ce qui est an-dessous , afin de reconnaître ses justes bornes. Qu'il ne s'arrête donc pas à regarder simplement les objets qui l'environnent; qu'il contemple la nature entière dans sa haute et pleine majesté; qu'il considère cette éclatante lumière mise conmie une lampe étemelle pour éclairer l'univers; que la terre lui paraisse conune un point, an prix du vaste tour que cet astre décrit , et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'un point très-délicat, à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent Mais m notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre, elle se lassera plutôt de concevoir que la nature de fournir. Tout ce que nous voyons du monde n'est qu'on trait imperceptible dans l'ample sein de la nature : nulle idée n'approche de l'étendue de ses espaces. Nous avons beau enfler nos conceptions, nous n'enfantons que des atomes an prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Enfin , c'est un des plus grands caractères sensibles de la toute-

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puissance de Dieu que notre imagination se perde dans cette pensée.

Mais pour présenter à Thomaie un aulre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il counait les choses les plus délicates. Qu'un ciron, par exemple , lui ofTre dans la petitesse de son corps des par* ties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines, des humeurs dans ce sang, des vapeurs dans ces gouttes; que, divisant encore ces dernières choses , il épuise ses forces et ses conceptions, et que le dernier objet oà il peut arriver soit maintenant celui de notre discours ; il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui peindre non-seulement l'univers visible, mais encore tout ce qu'il est capable de concevoir de l'immensité de la nature dans l'enceinte de cet atome imperceptible... qu'il se perde dans ces merveilles , aussi étonnantes par leur petitesse que les autres par leur étendue. Car qui n'admirera que notre corps , qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit maintenant un colosse, un monde, ou plutôt un tout à l'égard de la dernière petitesse où l'on ne peut arriver? {Pensées,)

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