RÉCEPTION D DN CHEVALIER
Le jeune homme, Téciiyer qui aspirait au titre de chevalier , était d*abord dépouillé de ses vêtements et mis au hain, symbole de purification. Au sordr du bain, on le revêtait d*une tunique blanche, symbole de pureté; d'une robe rouge, symbole du sang qu*i] était tenu de répandre pour le service de la foi ; d*unc saie ou justaucorps noir, symbole de la mort qui Tattendait, ainsi que tous les hommes.
Ainsi purifié et vêtu, le récipiendaire olMiervait pendant vingt-quatre heures un jeûne rigoureux ; le soir venu , il entrait dans Téglise et y passait la nuit en prières, quelquefois seul, quelquefois avec nn prêtre et des parrains qui priaient avec lui.
Le lendemain son premier acte était la confession : après la confession , le prêtre lui donnait la communion ; après la communion , il assistait à une messe du Saint-Esprit , et ordinairement à un sermon sur les devoirs des chevaliers et de la vie nouvelle où il allait entrer. Le sermon fini, le récipiendaire s'avançait vers l'autel, i'cpée de chevalier suspendue à son col ; le prêtre la détachait , la bénissait et la lui remettait au col. Le récipiendaire allait alors s*agenouiller devant le seigneur qui devait l'armer chevalier : <t A quel dessein, lui demandait le seigneur, » désirez-vous entrer dans l'ordre ? Si c'est pour » être riche, pour vous reposer et être honoré sans
» faire honneur à la chevalerie, vous en êtes indigne, » et seriez, à Tordre de chevalerie que vous recevriez, » ce que le clerc simoniaque est à la prélature ; » et , sur la réponse du jeune homme qui promettait de se bien acquitter des devoirs de chevalier, le seigneur lui accordait sa demande.
Alors s'approchaient des chevaliers, et quelquefois des dames, pour revêtir le récipiendaire de tout son nouvel équipement; on lui mettait les éperons, le haubert ou la cotte de mailles, la cuirasse, les brassards et les gantelets ; enfin on lui ceignait Tépée.
II était alors ce qu'on appelait adouhé, c'est-àdire adopté. Le seigneur se levait, allait à lui, et lui donnait l'accolade , trois coups du plat de son épée sur l'épaule, et quelquefois un coup de la paume de la main sur la joue, en disant : « Au nom de Dieu, » de saint Michel et de saint Georges, je te fais che- » valier. » Et il ajoutait quelquefois : « Sois preux, » hardi et loyal. »
Le jeune homme ainsi armé chevalier, on lui apportait son casque, on lui amenait un cheval; il sautait dessus, ordinairement sans le secours des étriers, et caracolait en brandissant sa lance et faisant flamboyer son épée. Il sortait enfin de l'église, et allait caracoler sur la place , au pied du château , devant le peuple avide de prendre sa part du spectacle.
(Histoire de la civilisation en France,)