TERREURS DE LA REINE MARGUERITE A DAMIETTE
Cy-dcvant avez vcu el entendu les grans persécudons et misères , que le bon roy saint Loys et tous nous avons souffertes (;t endurées oultre mer. Aussi sachez que la royne la bonne dame n*en eschappa pas, sans en avoir sa part, et de bien aspre au cueur, ainsi que vou sorrez cy-après. Car bientost lui vindrent les nouvelles que le roy son bon espoux estoit prins. Desquelles nouvelles elle fut si très troublée en son corps , et à si grant mésaise , que sans cesser m\ son dormir il lui sembloit que toute la chambre fust
plaine de Sarrazins, pour la occlr : et sans fin s*escrioit : « A Taide , à Taide , » là où 11 n*y avoit âme. Et de paeurs, elle faisoit veiller tout nuyt ung che« valier au bout de son lit , sans dormir. Lequel chevalier estoit vieil et anxien, de Péage de quatre vingtz ans et plus. Et à chascune foiz qu'elle s*escrioit , il la tenoit parmy les mains, et lui disoit : « Madame, » n'aiez garde, je suis avecques vous, n'aiez paeurs.» Et elle fist vuider sa chambre des personnages qui y estoient, fors que de celui viel chevalier, et se gecta la royne à genoulz devant lui, et lui requist qu'il lui donnast ung don. Et le chevalier le lui octroia par son screment. Et la Royne lui va dire : « Sire che valier, je vous requier sur la foy que vous m'avez donnée, que si les Sarrazins prennent ceste ville, que vous me couppez la teste avant qu'ilz me puissent prandre. • Et le chevalier lui respondit , que très voulentiers il le feroit , et que jà l'avoit-il eu en pensée d'ainsi le faire, si le cas y eschéoit«