PORTRAIT DE DU GDESCLIN
Charles Y «^attacha un brave Breton de Dinan , le sire Bertrand Du Guesclin , qu*il avait vu lui-mêoie au siège de Melun , et qui combattait pour la France di;puis 1357.
La vie de ce fameux chef de compagnies, qui délivra la France des compagnies et des Anglais, a été chantée, c'est-à-dire gâtée et obscurcie, dans une sorte d'épopée chevaleresque que l'on composa probablement pour ranimer l'esprit militaire de la noblesse. Il n'est pas facile de dégager de cette poésie ce qu'elle présente de sérieux, de vraiment historique ; les auteurs avouent d'abord qu'il était laid , de moyenne stature, le visage brun , le nez camus , les yeux verts, large d'épaules, longs bras et petites mains. Ils disent qu'il était, dès*son enfance, mauvais garçon , rude , malicieux et courageux , qu'il assemblait les enfants, les partageait en troupes, qu'il battait et blessait les autres. Il fut quelque temps enfermé par son père.
Cependant une religieuse avait prédit de bonne heure que cet enfant serait un fameux chevalier; il fut encore encouragé par les prédictions d'une certaine demoiselle Tiphaine , que les Bretons croyaient sorcière, et que plus tard il épousa. Cet intraitable batailleur était pourtant, comme sont volontiers les Bretons, bon enfant et prodigue, souvent riche,
DIX-iNEUVlÈME SIÈCLE. 696
souvent ruiné , donnant parfois tout ce qu'il avait pour racheter ses hommes ; mais en revanche avide et pillard , rude en guerre et sans quartier. Comme les autres capitaines de ce temps, il préférait la ruse à tout autre moyen de vaincre, et restait toujours libre de sa parole et de sa foi. Avant la bataille, il était homme de tactique, de ressource et d*enjeu subtil ; il savait prévoir et pourvoir. Mais une fois qu*il y était, la tête bretonne reparaissait : il plongeait dans la mêlée , et si loin qu*il ne pouvait pas toujours s'en tirer. Deux fois il fut pris, et paya rançon.
{Histoire de France,)