SCÈNE DU PARLOIR
M. Arnauld, outré, ordonna qu'on remît les chevaux au carrosse, pour s'en retourner. Toutefois , à la fin, sur les supplications réitérées de sa fille , qui ne se départait pas de cette unique prière, il consentit à entrer un moment dans le parloir. Mais ici une nouvelle scène commence. Dès qu'elle eut ouvert la grille, c'est-à-dire le rideau ou les planches qui
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étaient devant , elle vit ce bon père dans un état de douleur, de pâleur et de saisissement, qui lui décom< posaient le visage. Il se mit alors aussi à lui parler avec tendresse du passé , de ce qu'il avait fait pour elle , de l'intérêt avec lequel il l'avait toujours portée dans son cœur ; que dorénavant c'en était fait h jamais , qu'il ne la reverrait plus ; mais qu'en cette dernière fois et pour dernière parole, il n'avait plus qu'à la conjurer du moins de se conserver elle-même et de ne pas se ruiner par d'indiscrètes austérités.
Ces paroles furent la grande épreuve, et leur tendre accent fut le plus rude de l'assaut. Tant que M, Arnauld avait été violent et en colère , elle avait pu rester ferme et maîtresse d'elle-même. Mais, dès ce moment, où elle le vit dans toute l'affection et les larmes d'un père , elle se trouva plus faible , insuffisante à résister ; et, sentant qu'il ne fallait pas céder pourtant, dans celte lutte frop longuement accablante, elle perdit tout d'un coup connaissance, et tomba par terre évanouie.
M. Arnauld, à la vue de sa fille sans mouvement, oubliant tout, s'écrie, lui tend les bras à travers cette grille qui s'oppose ; c'est pour le coup qu'il veut entrer. Il appelle les religieuses pour qu'elles viennent du dedans secourir leur abbesse. Madame Arnauld, M. d'Andilly et le reste de la famille, avertis aux cris de M. Arnauld, se précipitent, de leur côté , à la porte du couvent , et heurtent derechef pour faire venir ; mais les religieuses, croyant ton-