‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 41 sur 326 · MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

MADAME DE SÉVIGNÉ

Marie de Ràbutin-Chantal, 4^16 du baron de Chantai, d'une des plus anciennes familles de fiourgbgne, naquit à Paria. Devenue ot'phelihè de bonhe heure , elle Ait élevée avec soin për Tabbé de Coulanges; son oncle maternel, homme d'un rare bon sens, qu'elle a immortalisé sous le nom de bien bon, A dix-huit ans, elle épousa le marquis de Sévigné, qui fui tué eh duel. Madame de SÉvtâNi se dévoua tout entière à rèdUcation de ses deux enfants. En 1 669 , sa tille ayant épousé le comte do Grignau, gouverneur de la Provence, elle fut obligée de se séparer de sa mitre. Cette séparation fut un coup terrible polir mïdaine de Sévigné, qUl (lortitit la tendresse maternelle jusqu'à la

passion ; elle nous a valu la correspondance de cette femme célèbre, un des chefs-d'œuvre les plus originaux de notre littérature. C'est une peinture fidèle de la cour, de la capitale et des provinces; un journal de tous les événements importants, racontés par une femme instruite, spirituelle et sensée, qui a vécu avec les hommes les plus éminents de l'époque. Madame de Sévigné, tout en laissant trotter sa plume sur le cou, sait admirablement prendre tous les tons. Tendre et passionnée comme Racine, lorsqu'elle peint l'état où la jette le départ de sa fille, il lui arrive d'avoir la naïveté et/la simplicité de La Fontaine, d'atteindre au comique malin de Molière, et de s'élever jusqu'à la sublimité de Bossuet, lorsqu'elle parle de la perte du temps, de la vieillesse, de la providence, de la mort. Plusieurs de ses narrations peuvent se comparer à ce que les historiens de l'antiquité ont écrit de plus parfait. La Mort de Turenne, qui est un chef-d'œuvre en ce genre, nous rappelle les belles pages de Tacite sur les derniers moments et les funérailles de Germanicus.

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