SUR LA MORT
Vous me demandez si j'aime bien la vie ; je vous avoue que j*y trouve des chagrins cuisants ; mais je suis encore plus dégoûtée de la mort ; je me trouve si malheureuse d'avoir à finir tout ceci par elle, que, si je pouvais retourner en arrière, je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement cpii m'embarrasse; je suis embarquée dans la vie sans mon consentement; il faut cpie j'en sorte, cela m'assomme ; et comment en sortirai -je ? Par où ? Par quelle porte ? Quand sera-ce ? En quelle disposition? Souffiirai-je mille et mille douleurs qui me feront mourir désespérée ? Aurai-je un transport au cerveau ? Mourrai-je d'un accident ? Comment serai-jc avec Dieu ? Qu'aurai-je à lui présenter ? La crainte, la nécessité , feront- elles mon retour vers lui ? N 'aurai-je aucun autre sentiment que celui de la peur ? Que puis-je espérer ? Suis-je digne du paradis? Suisje digue de l'enfer ? Quelle alternative ! «Quel embarras ! (Fragment d'une lettre à sa fiHe. )
SUR LA FROTI0ENGE.
I^ Providence noas conduit ayec tant de booté dans tons ces temps différents de notre vie , que nous ne les sentons quasi pas ; cette perte va doucement, elle est imperceptible. C'est Famille du cadran que nous ne voyons pas aller. Si , à vingt ans , on nous donnait le degré de supériorité dans notre famille, et qu'on nous fit voir dans un miroir le vbage que nous avons, ou que nous aurons à soixante ans, en le comparant k celui de vingt ans, nous tomberions à la renverse, et nous aurions peur de cette figure. Mais c'est jour à jour que nous avançons; noos sommes aujourd'hui comme hier, et demain comme aujourd'hui ; ainsi nous avançons sans le sentir, et c'est un miracle de cette Providence que j'adore,
{Fragment d'une iettre.)