‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 50 sur 326 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

Jacques-Bénigne Bossuet, \e Démosthènes de la tribune évan* géHquBj 9i le dernier du Pèreê de VÉgliie, était fils d'un magistrat de Dijon. Destiné dès son enfance à l'état ecclésiastique, il se distingua de bonne heure par sa piété, son génie et son amour infatigable pour le travail II fut successivement nommé évéquo de Condom , précepteur du Dauphin fils de Louis XIV, membre de l'Académie française, év<^que de Meaux et conseiller d'État.

Peu d'hommes ont mené une vie plus active et plus laborieuse , et exercé sur leurs contemporains une influence plus puissante que T immortel évéque de Meaux. On le voit lutter à la fois contre les protestants, les jansénistes, les quiétistes et les ultramontains ; marquer les limites de la puissance spirituelle des papes et du pouvoir temporel des rois ; élever l' héritier du trône de Louis XIV ; tonner dans la chaire contre les vices de la viUo et de la cour \ diriger les assemblées du clergé \

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ramoner à la pénitence madame de la Vallièro , et Turenne au joug do la foi; exhorter à la mort Henriette d'Angleterre, le grand Gondé et les personnages los plus illustres du temps; répondre à tous les théologiens, à tous les hommes d'État, qui le consultent comme un oracle, et composer ces ouvrages sublimes d'éloquence, d'histoire et de controverse, qui, au jugement de beaucoup do critiques , lui assurent le premier rang parmi les écrivains do la France.

Parmi les ouvrages de Bossuet, on distinguo 80s Oraisons funèbres, où il déploie toute la force de son génie et toute la pompe de son style, et son Discours sur V Histoire universelle, où , appliquant l'art oratoire à l'histoire môme , il retrace avec éloquence toute la suite dos siècles, depuis la création du monde jusqu'au règne do Charlemagne. Nous lui devons aussi une E,r -position de la Doctrine catholique, V Histoire des variations des Eglises protestantes, des sermons, etc. On préfère généralement aux sermons de Bossuet ceux de Bourdalouo, son successeur, dont les formes sont plus méthodiques et plus régulières ; mais il n'a pas les plans vastes, le ton inspiré, les élans sublimes et les magnifiques apostrophes de Vaigle de Meaux.

EXORDE

be l'oraison funèbre de la reine D'ANOLEtfiRRË.

Celui qui règne dans les deux , et de qui relèvent tous les empires , à qui seul appartient la gloire, la majesté et Tindépendance , est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes cl de terribles leçons. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse; soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même, et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoir d'une

DIX-SEPTIÈ^IË SIÈCLE. lOU

manière souveraine et digne de Ini : car, en leur donnant la puissance, il leur commande d*en user eomme il foit lui-même pour le bien du monde ; et il leur fait voir, en la retirant , que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône , ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes, non-seulement par des discours et par des paroles, mais encGte par des effets et par des exem- ' pies: Et nunc,rege8f intelligite; erudimini, quijudicatis terram.

Chrétiens , que la mémoire d'une grande reine , fille, feoune, mère de rois si puissants, et souveraine de trois royaumes, appelle de tous côtés à cette triste cérémonie, ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. Yous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines, la félicité sans bornes aussi bien que les misères ; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l'univers ; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur accumulées sur une tête qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune; la bonne cause d'abord suivie de bons succès, et depuis de retours soudains, de changements inouïs ; la rébellion long-temps retenue, à la Gn tout à fait maîtresse; nul frein à la licence; les lois abolies; la majesté violée par des attentats jusqu'alors inconnus; l'usurpation et la

tyrannie sous le nom de liberté ; une reine fugitive i qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est pkis qu*un triste lieu d*exil; neuf voyages sur mer entrepris par une princesse malgré les tempêtes; TOcéan étonné de se voir traversé tant de fois en des appareils si divers et pour des causes si différentes; un trône indignement renversé et miraculeusement rétabli : voilà les enseignements que Dieu donne aux rois. Ain» fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs.

!S les paroles nous masquent , si les expressions ne répondent pas à un styet si vaste et si relevé, ks choses parleront assez d'elles-mêmes» Le cœur d'une grande reine, autrefois élevé par une si longue suite de prospérités, et puis plongé tout à coup dans un abîme d'amertumes, parlera assez haut ; et, s'il n'est pas permis aux particuliers de faire des leçons aux princes sur des événements si étranges , un roi me prête ses paroles pour leur dire : Entendez, 4 grantls (U ta terrcf instruisez-^vouSt aréitres du monde i

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