‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 71 sur 326 · BOURDALOUE · texte numérisé non relu

BOURDALOUE

Louis BouRDALOUB , né à Bourges , entra fort jeune dans la société de Jésus. Ses heureuses dispositions pour l'éloquence le firent appeler à Paris, et il y devint bientôt célèbre. Il eut l'honneur de prêcher dix fois VAvent et le Carême devant Louis XIV et sa cour. On l'appelait le roi des prédicateurs, et le prédictUeur des rois.

On a souvent comparé Bourdaloue à Massillon. Ces deux orateurs sont très-éloquents , mais ils le sont d'une manière différente. Chez Bourdaloue, dit M. Villemain, la pensée est forte et grave ; le style, sans l'orner beaucoup, la soutient par une expression énergique et simple. Il y a peu d'images ; mais souvent cette brièveté pleine de vigijeur est le premier mérite de l'écrivain après le talent de peindre. Il faut dire, avec Fénekm : « C'est Vowrage d^un grand homme qui n'est pas orateur, »

l'oubli des PAUVRES.

Combien de pauvres sont oubliés! combien de<menrent sans secours et sans assistance ! Oubli d*au-

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tant plus déplorable que, de la part des riches, il est volontaire , et par conséquent crimineL Je m'explique : combien de mallieureux réduits aux dernières rigueurs de la pauvreté , et (fue Ton ne soulage pas, parce qu*on ne les connaît pas, et qu'on ne veut pas les connaître I Si Ton savait l'extrémité de leurs besoins, on aurait pour eux, malgré soi, sinon de la charité, au moins de l'humanité. A la vue de leur misère, on rougirait de ses excès, on aurait honte de ses délicatesses, on se reprocherait ses folles dépenses, et l'on s'en ferait avec raison des crimes. Mais parce qu'on ignore ce qu'ils souffrent, parce qu'on ne veut pas s'en instruire, parce qu'on craint d'en entendre parler, parce qu'on les éloigne de sa présence, on croit en être quitte en les oubliant, et quelque extrêmes que soient leurs maux , on y de» vient insensible.

Combien do véritables pauvres, que l'on rebute cooune s'ils ne l'étaient pas, sans qu'on se donne et qu'on veuille se donner la peine de discerner s*ils le sont en effet! Combien de |)auvres dont les gémissements sont trop faibles |)our venir jusqu'à nous, eC dont on ne veut pas s'approcher pour se mettre en devoir de les écouter! Combien de pauvres abandonnés! Combien de désolés dans les prisons! Combien (le languissants dans les hôpitaux ! Combien de hont(;ux dans les familles particulières! Parmi ceux qu'un connaît |)our pauvres, et dont on ne peut ni ignorer ni même oublier le doulom^eux état, com-

bien sont négligés! combien sont durement traités! combien manquent de tout, pendant que le riche est dans l'abondance, dans le luxe, dans les délices ! S*il Q*y avait point de jugement dernier, voilà ce que Ton pourrait appeler le scandale de la Providence, la pa« tience des pauvres outragés par la dureté et par Tinsensibilité des riches.

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