FLÉCHIER
Esprit F1.ÉCHIER naquit de parents pauvres à Férues , petite ville du diocèse de Carpentras. Après avoir professé la rhétorique à Narbonne, enseigné le catéchisme à des enfants à Paris, il se fit connaître par quelques poésies latines, et il fut nommé lecteur du Dauphin. Bientôt ses oraisons funèbres mirent le sceau à sa réputation : celle de Turenne, son chef-d'œuvre , lui valut la première place après Bossuet. Fléchier n'a pas l'éloquence mâle , rapide , sublime de X aigle de Meaux ; il manque d'impétuosité, de force et de chaleur. « Ce qui le distingue, dit Rollin, c'est une pureté de langage, une élégance de style, une richesse d'expression brillante et fleurie, une vivacité d'imagination et un art merveilleux de peindre les objets. Peu d'écrivains possèdent au même degré cette harmonie mécanique qui charme l'oreille par le choix et i'aiTangement des mots , par la coupe et l'enchaînement des périodes. »
Fléchier s'est aussi exercé dans l'histoire. Sa Vie de Théo-
dote-le-Grand ost ôcrito avec uno élogance qui s'éloigne peuU ôtrc trop (le cette simplicité historique tant recommandée par le^ bons critiques.
Flécliier fut nommé évéque de Lavaur, puis do Nîmes.
EXORDE
DE l'oraison funèbre DE TURENNE.
Je ne puis, messieurs, vous donner d'abord una plus haute idée du trislc sujet dopt je viens vous entretenir qu'en recueillant ces termes nobles et expressifs dont l'Écriture-Sainte se sert pour louer la vie , et pour déplonT la mort du sage et vaillant Machabée. Cet homme qui ])ortait la gloire de sa nation jusqu'aux extrémités de la terre, qui couvrait son camp du l)ouclier, et forçait celui des ennemis avec Tépée, qui donnait à des rois ligués contre lui des déplaisirs mortels, et réjouissait Jacob par ses vertus et par ses exploits, dont la mémoire doit être éternelle ; cet homme qui défendait les villes de Juda, qui domptait l'orgueil des enfants d'Âmmon et d'Ésaû, qui revenait chargé des déi)ouiIles de Samarie, après avoir brûlé sur leurs propres autels les dieux des nations étrangères; cet homme que Dieu avait mis autour d'Israël, conmie un mur d'airain où se brisèrent tant de fois toutes les forces de l'Asie, et qui, après avoir défait de nombr(;uses armées, déconcerté les plus fiers et les plus habiles généraux des rois de Syrie, venait tous les ans, comme le
moindre des Israélites, réparer avec ses mains trioni« phantes les ruines du sanctuaire, et ne voulait d*autre récompense des services qu*il rendait à sa patrie que l'honneur de Favoir servie; ce vaillant homme, poussant enfin, avec un courage invincible, les ennemis qu*il avait réduits à une fuite honteuse, reçut le coup mortel, et demeura comme enseveli dans son triomphe. Au premier bruit de ce funeste accident, toutes les villes de Judée furent émues; des ruisseaux de larmes coulèrent des yeux de tous leurs habitants. Ils furent quelque temps saisis, muets, immobiles. Un effort de douleur rompant enfin ce morne et long silence, d'une voix entrecoupée de sanglots^ que formaient dans leurs cœurs la tristesse, la piété, la crainte, ils 8*écrièrent : « Comment est mort cet homm^e puissant, gui sauvait 4e peupie d*Is^ rael ?» A ces cris, Jérusalem redoubla ses pleurs ; les voûtes du temple 8*ébranlèrcnt ; le Jourdain se troubla, et tous ses rivages retentirent du son de ces lugubres paroles : « Comment est mort eet homme puissant j qui sauvait te peupie d'Israëi ? »