‹ Les protestants a la cour de Saint-GermainChapitre 1 sur 7 · A LA COUR DE SAINT-GERMAIN LORS DU COLLOQUE DE POISSY · texte numérisé non relu

A LA COUR DE SAINT-GERMAIN LORS DU COLLOQUE DE POISSY

Après avoir, sous les règnes de François I", de Henri II, et durant la première partie de celui de François II, traversé la phase du martyre, les protestants français, dont le nombre se trouvait singulièrement* accru en 1560, entrèrent, vers cette époque, dans une seconde phase, celle de la revendication pacifique mais ferme du principe de la liberté de conscience et de culte, consacré par les enseignements de Jésus-Christ. Ils avaient jusque-là plié sous le poids d'une législation et d'une juridiction également meurtrières, avec une abnégation qui, tout en honorant la ferveur de leur zèle, n'en laissait pas moins voilés à leurs regards les droits imprescriptibles de la conscience chrétienne. Uniquement préoccupés du soin d'affirmer leur foi et d'en démontrer la sainteté dans les cachots, au milieu des bûchers et des tortures, ils avaient héroïquement affronté la mort, mais sans qu'une seule fois l'idée leur fût venue de transporter sur le terrain du droit un débat trop circonscrit dans la sphère de la théologie. En un mot, quarante années environ d'indicibles souffrances avaient pesé sur ces pieuses victimes de l'intolérance, sans qu'aucune d'elles eût pensé à invoquer un principe supérieur aux lois, aux juges et aux bourreaux qui les frappaient impitoyablement!

Vint enfin le jour où se posa en Europe, pour les sectateur-s de la réforme, cette grave question : En vertu de quel droit TÉtat, le sacerdoce et la magistrature, incriminant leur croyance et en prohibant In profession, les vouaient-ils au dernier supplice? La solution ne se fit point attendre : un généreux écrivain démontra avec force, d'une part, l'inanité de ce prétendu droit, et, de l'autre, la réalité de celui que possède tout homme, de professer librement la religion de son choix. C'était déjà beaucoup sans doute que, dans un livre destiné à faire autorité, en dépit de l'ardente polémique à laquelle il donna lieu, et du scandale passager qu'il souleva, Castalion eût théoriquement fixé les bases de la liberté religieuse (1); mais il y eut plus encore, alors qu'au sein des agitations et des désordres de la cour de France, s'éleva la voix calme et pure d'un chrétien demandant à la fois que la plus précieuse des libertés publiques fût admise en principe, et qu'elle cessât de trouver dans les faits quotidiens un douloureux démenti. Ce chrétien était Gaspard de Coligny, l'homme des grandes initiatives au xvi" siècle. Obéissant à une noble inspiration, il eut, le premier, même avant l'Hospital, l'honneur de tenter, au nom de l'Évangile, d'inaugurer dans sa patrie le régime de la liberté de conscience et de culte. De là, au milieu des scènes de carnage dont Amboise fut le théâtre en 1560, et qui révoltèrent son grand cœur, les conseils qu'il donna à Catherine de Médicis, et qu'il réitéra, au terme de la mission que peu après il accomplit en Normandie; de là aussi, quelques mois plus tard, l'énergie avec laquelle il se constitua l'interprète des protestants dans la mémorable assemblée de Fontainebleau; de là encore ses nouveaux efforts en leur faveur dans le cours delà session des états généraux à Orléans; de là, enfin, en 1561, la fermeté de son attitude, dans la pratique ostensible du culte

(1) De fiœreticis,ansintperseqnendi, etc., etc. 1 vol.in-12.Magdeburgi, 1554. -<r- Voir le beau travail sur Sébastien Castalion que M. Jules Bonnet a inséré tiiuis ses Nonvsaux Récits du \\T siècle, p. 53 à 1G9.

réformé, à la cour et à Chàtillon, de même que sa courageuse opposition à toute mesure persécutrice, et sa persévérance à réclamer pour ses coreligionnaires le droit de se réunir publiquement pour rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Encouragés par la puissante initiative de Coligny (i), le chancelier de l'Hospital, la noblesse et le tiers état se prononcèrent, à leur tour, dans le même sens que lui. La solennité d'un tel concours de réclamations eut pour effet immédiat, dès le début de 1561, de contraindre la royauté, non point, il est vrai, à entrer franchement dans la voie de la liberté religieuse, mais du moins à foire quelques pas vers un but qui ne fut atteint que plus tard, à savoir la reconnaissance officielle de la religion réformée.

Le colloque de Poissy fut l'une des dernières étapes du chemin parcouru pour arriver à la promulgation de l'édit de janvier 1562.

Nous nous proposons aujourd'hui, non de tracer le tableau du colloque lui-même, mais uniquement de grouper entre eux divers faits extérieurs, qui, par leur simple rapprochement, serviront à faire apprécier l'accueil que reçurent les protestants à la cour de Saint-Germain, sous l'influence des préoccupations qui durent se mêler à la tenue de la célèbre assemblée dans la ■ quelle les cultes catholique et réformé se trouvèrent pour la pre mière fois en présence.

(1) L'un des plus nobles hommages qui aient été rendus à l'initiative de l'amiral est consigné dans les lettres que Calvin lui adressa, le 16 janvier 1561 {Lettres françaises, t. Il* p. 371, 372), et en [mai de la même année {ibicL, p. 397, 398). — De son côté, l'électeur palatin, Frédéric 111, écrivait à Coligny, le 23 mai 1561 (voir A. KlucMohn, Briefe Friedrich des Frommen, Kurfiirsten von der Pfalz, 1868, in-8°, t. I, p. 179) : « Gratularaur tibi quod prto ceteris, » poslhabitis omnibus iis rébus quas mundus amat, suspicit et admiratur, totus in » propagatione glorioe Dei acquiesças; nec dubitamus quiii Deus liis tuis piis )) conatibus felicem et exoptatum successum sit daturus, quos nos arduis ad î Christum precibus juvare non cessabimus. »

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