LÉS MÔÏESTANÏS DE NIMES
ET
Si, en i8i5, on n'eût pas étouffé la voix courageuse qui dénonça à la tribune nationale les horreurs commises dans le midi , quelque honte eût saisi peut-être les approbateurs des crimes dont cette époque est souillée ; quelque embarras eût retenu les instigateurs , quelque crainte eût glacé peut-être le bras des "exécuteurs. Mais quand l'indignation est réduite au silence , quand les victimes se taisent , quand les intrigants applaudissent , comment la roue du crime cesserait-ellede tourner* dans un espace où elle ne rencontre ni frottement, ni résistance?
Honneur à la liberté de la presse ? elle permet tôt ou tard de déchirer le toile derrière lequel se cachent les agitateurs; elle permet de saisir leur main au moment où elle est encore dans la pâte des révolutions.
Depuis qu'il n'est plus permis de nier, on cherche à atténuer, à excuser; et parmi ces
moyens d'atténuation , parmi ces voies d'ex* cuse , il en est de fort étranges.
L'auteur des Martyrs, pour affaiblir la trop juste horreur que doivent iuspirer les violences excercées de nos jours contre les protestants méridionaux, s'est plu à traiter la Saint-Barthélemy et les dragonades , comme il a traité en général le christianisme , c'est-à-dire, en romancier.
Il donne à l'histoire un de ces démentis qui ne coûtent plus rien aujourd'hui ; et il se met à la suite de l'abbé de Caveyrao, lui qui devrait se tenir à la tête des écrivains de l'époque actuelle. Mais il s'égare dans cette entreprise qui n'est pas selon la charité; il ne s'aperçoit pas qu'un des moyens employés par lui, pour faire entendre que les massacres de la Saint- Earthélemy ont été peu de chose, devient une espèce d'outrage fait au saint-siége.
En effet, ne pouvait-il pas supposer un moment, dan& les auteurs des lettres chiffrées qu'il appelle au secours de l'abbé de Caveyrac, l'in- " tendon de diminuer le nombre des victimes et d'adoucir l'horreur des attentats, pour ménager l'humanité de la cour de Rome ? Cette tactique ►est-elle si inconnue de nos purs ? et n'est-ce pas <en niant , en atténuant, en excusant, qu'on a
cherché, qu'on est parvenu quelquefois à tromper la religion de ceux qui , investis d'un grand pouvoir, n'avaient point divorcé avec l'humanité , ainsi que la plupart des ambitieux qui brûlaient de monter à leurs places ?
Ce n'est pas tout encore : au massacre gêné* rai de la Saint- Barthélémy, l'auteur du Génie du christianisme- oppose deux massacres antérieurs qui eurent lieu contre les catholiques dans la ville de Nîmes,. et il ajoute que les catholiques n'usèrent point de représailles dans ccute journée dont l'illustre l'Hôpital a dit,: Excidat Ma dies*
, Mais la sagacité de Fauteur n'est-elle pas ici en défaut? n'aurait- il pas dû se douter que, dans . ces deux massacres, les. protestants avaient si bien su choisir leurs victimes, qu'ils n'eurçut plus à craindre de bourreaux ?
. . Eh quoi ! c'est donc à de pareilles considérations qu'on se trouve réduit de nos jours ! . Quoi , les assassinats figureraient dans une espèce de balance commerciale dont on pourrait un jour réclamer le solde !
Toutefois cette demi - apologie de la Saint- Barthélémy imaginée, en apparence, à propos de M. de Malesherbes, l'un des plus illustres défenseurs des protestais opprimés, n'était
que préparatoire ; et « le soin d'arranger )è récit des derniers troubles de Nîmes ai été confié à une plume bien inférieure , qui y . elle-même, Vest aidée dîune lettre dont le style pourrait bien être pris pour celui de Trestaillon , à moins qu'on n'aime mieux y reconnaître ce hisser aller , cette négligence 1 qui a pu être de bon ton autrefois, mais qui> certainement ne l'est plus aujourd'hui. *
Leur but est de troojper l'opinion publique sur les troubles récemment survenus à Nîmes; car certains hommes prétendent que la pro^ position de M. Barthélémy, si bien qualifiée de perturbaltice , par M. Laujuinais > n'a pu être la cause des nouvelles violences exercée^ contre les protestants.
Ils veulent absolument ce6 hommes de mauvaise foi 9 aussi opiniâtres dans leurs préjugée du jour/ que dans ceux delà veille; ils veulent, dfe-je, qu'elle n'ait produit' d'effet nulle part, pas me me dans la capitale où, al* vérité, elle surprit la pensée* peut-être pi os encore qu'elle n'alarma les intérêts* À Paris d'ailleurs on ftK plus immédiatement et plus tôt rassuré que»dànsles départements, tant* par- l'attitude du gouvernement quoparJa connaissance qu'o* eut' aussitôt des dispositions de te seconde
chambre. Cette proposition aurait moins étonné dans la bouche d'un de ces nobles pairs de la vieille roche, qui probablement ne se doutent guères que la nouvelle pairie est au-' dessus de l'ancienne par son importance réelle , comme par là considération qui s'attache de jour en jour à cette dignité ; mais qu'un homme sorti dès rangs de la petite bourgeoisie, et que la révolution a particulièrement illustré , qu'un homme dont la modération ne s'<est 'jamais démeâtie, se soit rendu l'organe d'un parti décrié, qu'il se soît finis ainsi en opposition avec lui-même, avec 5a réputation acquise ; -voilà ce qui confond toutes les idées; toila ce qui ne saurait s'expliquer que par une de ces méprisas où tombettt quelquefois des * hommes dotft le r jugement , encore plus affaibli par Tâge qu'intimidé par leurs souvenirs, cède avec tropde facilité aux -instances-qui leursonpfaites dans des vues qu'on ;a soin de teur présenter {rommesotfverainêmtmt -miles. '
La conduite de rhonorable pair datas eettfe circonstance de sa vie politique ne saurait étue aru trero en t justifiée. Sans doute, il eût reculé devant son ouvrage, s'il â*ait pn en conjecturer le résultat ;s 7 il avait pu prévoir que toute
la France eu serait émue , que des troubles dangereux , que la guerre civile peut-être allait être lancée au milieu de la nation. Mais la chambre des députés a dignement répondu V l'attente des bons citoyens, et cette fois encore , les longues manœuvres des agitateurs ont été déjouées par le bon sens et le pairio~ tisme.
Plusieurs des défenseurs de la proposition avaient feint d'ignorer, avaient même révoqué en doute la funjpste sensation qu'elle produisit d'abord sur le crédit public , la fermentation et les vives inquiétudes qu'elle lit naître dans les départements ; on osa même traher de jongleries l'exposé que les ministres du roi firent dans les deux chambres, dte tous les maux actuels et de toutes les craintes qu'on pouvait raisonnablement avoir sur l'avenir. Eh bien, l'événement a justifié ces craintes , l'événement a montré quels pourraient être ces maux; un démenti complet a été donné aux dénégaleurs; et ce démenti est d'autant plus cruel poWeux, qu'il est parti d'une ville où l'on, ne passe pas pour être fortement attaché au gouvernement constitutionnel .->
Dès que la proposition de M, Barthélémy
fut connue à Nîmes k les deux partis > comme partout ailleurs , en devinèrent* d'abord Tin* tendon secrète. Cette ' proposition , malgré l'exiguïté de son développement, fit sur les habitants de cette ville des impressions diverses. Les hommes des deux communions , qui sont en même temps amis du roi , de la charte et (Je la paix , en conçurent de vives alarmes : les autres , au contraire, ne purent contenir les élancements de leur joie. Leur imagination se remit à créer pour la centième fois un avenir dans lequel ils s'obstinent à placer le retour d'un régime que la France entière a répudié»
Cette Joie tumultueuse était entretenue
* par des bruits sinistres qu'on avait eu soin de répandre dans tout le midi : tactique usée 7 , mais qui produit toujours son effet dans une ville dfe les passions ont acquis une intensité effrayante; tactique au moyen de laquelle on espère que, d'une agitation temporaire et lorcale, on ièra sortir une subversion générale ; et qued'un petil soufflfc de vent échappé à l'ua
* des quatre points cardinaux quelconque , il naîtra une tempête par laquelle enfin la face entière du royaume sera renouvelée ; fondant ainsi de longues espérances sur ce dicton que
de petites causes ont produit quelquefois de grands effets.
On fabriquait des lettres qu'on disait être arrivées de Paris par estafettes ; ces lettres annonçaient soit la mort du roi > soit un soulèvement dans la capitale, soi; le changement des ministres actuels*
En même temps , un prédicateur connu , M. de B...., chanoine de Lyon,; qui prêche cette année le carême à l'Hôtel * Dieu de Nîmes , méconnaissant le véritable esprit de son ministère , qui doit être tout de paix , de conciliation , de bienveillance, et d'amour* t augmentait l'irritation des esprits par des discours auxquels la révolution. sert presque toujours de texte, discours armés d'hyperboles qui ne sont pas du tout é vaegéliques , et semés d'allusions malignes contre les ministres du roi et contre tous ceux qui ne pre^ftnt pas Je Conservateur pour régie de leurs opinions politiques et même religieuses*
D'un autre côté , ce retrain connu : Lava-?
rennouestri mans din lou san dei pmutes* tans (i)ayait subi unç variante, et Pop chantait:
(l) Npu* laverons nos mains dans le uogde* pw>te*r te«t$.
. Daou $an deis enfans dé Cafoin farén dé boudin (i)«
L'effervescence était accrue par l'arrivée du colonel Magny , dont les sentiments exagérés sont bien connue , ejt qwi, sans avoir pris -part aux événements, a cependant eu le tort de se montrer dans les lieux publics &vçc le trop fameux Augillon,,: le même qui pnrait pris le nom de baron- d'QrilJon r et qui, eu juin 1817, commandant une compagnie à Saint- Geniezde-Laval , près de Lyon , jouait aux boule6 avec la tête d'uu entant de seize ans , guillotiné pour délits politiques, eu exécution d'un jugement de la cour prévôtple. Cet Aurillon a été destitué. depuis ; et il est à remarquer que le colonel Magny n'a pas été le seul à lui faire J)on accueil; il a, reçu des invitations de la part de quelques sociétés brillantes de Nîmes , et même , k ce qu'op dit , pour le bal de la commune.
Une autre circonstance, qui eu elle-même est fort aignple , peut avoir contribué à faire fermenter les têtçs > je yeux dire le passage et le court séjour 9 à Nîmes, de M. de Richelieu ,
(r)Du sapg de* enfants de Calvin nous ferons de*
to accompagné de M. le général Broztne , aide-»
de-cairip de l'empereur de Russie. On s'accoutume trop facilement , dans certaines villes de province , à prêter des motifs de politique aux moindres déplacements des grands personnages. %
D'autre part , le défaut de travail , qui, depuis un mois , a réduit près de quatre cents .ouvriers à l'inaction et à la misère ; le départ pour Toulon d'un régiment suisse , qui tenait garnison à Nîmes , et qui n'avait été remplacé que par une centaine d'hommes d'infanterie , durent singulièrement favoriser l'explosion.
Dès le 4 mars » I e8 compagnies de cette garde nationale qui, organisée en 181 5, a été dissoute en juillet 1818, furent inspectées dans des maisons particulières. On donna 1 2 francs à chacun de ceux dont les armes furent trouvées en bon état, et cette largesse devint assez considérable.
On assure que (Jes cartouches furent distribuées dans chaque paroisse et que la plupart des catholiques. en état de porter les armes avaient 5o coups à tirer. Les protestants , de leur côté , n'étaient pas dans l'intention de se laisser égorger comme en 181 5 ; mais ils se te- naient sur la défensive , tandis que leurs ad*
yersaires épiaient l'occasion dç commencer l'attaque*
Ils crurent avoir trouvé cette occasion dans l'arrivée de M. Huet , acteur du théâtre Feydeau ; en conséquence , ils firent circuler le bruit que cet acteur serait sifflé p^r les protestants.
Le théâtre de la ville de Nîmes est fréquenté et soutenu seulement par les libéraux des deux religions. Les catholiques ultra de la haute classe n'aiment pas les spectacles.
On ne fut donc pas médiocrement étonné de voir affluer au parterre des portefaix , des ouvriers et des travailleurs de terre, sous la conduite du féroce Trestaillon (i) portefaix, dcTrufémy, boucher, de Sac-à-Merd...«, portefaix, qui tous, ainsi que la plupart de leurs affidés , avaient le pantalon de la garde nationale dissoute et une énorme cocarde de papier blanc.
(1) Très-taffloQS; ce sobriquet signifie trois morceaux; celui qui le porte avait coutume de dire qu'il couperait les Buonapartistes et les protestants en trois morceaux; Graffand, d'Uzès, renchérissant sur lui, voulait les couper en quatre , et il fut surnommé Quatre-taillons*
De l'argent avait été distribué à. cette horde dé prolétaires , tant pour entrer à la comédie , que pour boire et pour faire boire ceux de leurs camarades qui se trouvaient sur le boulevard voisin du théâtre*
M. Huet , qui dans sa tournée du midi , s'est conduit avec beaucoup de circonspection et de prudence , (i) et qui, suivant ces expressions consignées dans le journal de Paris du 34 i^ars, « placé dans une position délicate, a su faire a ses devoirs de bon citoyen et d'ami de l'ordre 9 le sacrifice de ses intérêts comme de ses succès , en arrivant à Nîmes s'était trouvé indisposé et n'avait été en état de jouer que le dimanche 7 mars.
Les pièces annoncées étaient Gutnare et Jean de Paris. Aussitôt que M. Huet parut
(1) A Bordeaux , à Toulouse , à Montpellier, M. Huet s'est refusé prudemment à commencer le cours de se* représentations par les pièces dans lesquelles il pouvait se montrer d'abord avec le plus d'avantages , comme acteur, mais dans lesquelles aussi l'esprit de parti aurait pu trouver des allusions et un aliment aux provocations dangereuses. Il a recueilli 'le fruit de cette conduite mesurée dans des applaudissements d'autant plis flatteurs qu'ils ont été unanimes, malgré les préventions qu'il avait à redouter.
en. scène, les prolétaires qu'on avait fait en*; trer dans la salle , se mirent à pousser ces cri$ tumultueux qui préludaient aux assassinats en i8i5, et par lesquels on les chantait ensuite comme une victoire. On pouvait distinguer parnu ces cris des acclamations non encore enten-t dues (i), entr'autres celle-ci : Vive Charles X*
Les spectateurs paisibles , Facteur lui-même furent vivement alarmés. Néanmoins le spectacle continua ; et loin de donner aucun signç d'improbation , lçs protestants applaudirent ai} talent de l'acteur. Ce n'était pas là ce qu'on voulait.
Après la première pièce, les perturbateurs à gages entrèrent dans le café attenant à la$alle de la comédie : on leur distribua des boissons
(i) M. Muet n'a plus voulu reparaître sur un théâtre où on voulait qu'il servît de prétexte aux désordre». M. de Chazelles , préfet par intérim, avait d'abord; exigé qu'il jouât le jeudi suivant dans Richard cœur de Lion; il avait ensuite consenti que celte pièce ne fût donnée que le vendredi. M. Singier, directeur du spectacle, et M. Huet cherchaient ainsi a gagner du temps ; mais ce dernier, voyant que la tranquillité ne se rétablissait point, partit dans la nuit du 1 2 avec des chevaux de peste qu'il avait fait prendre sous un nom supposé ^ parce qu'oa avait défendu de lui en donner.
de toute espèce. Ils revinrent ensuite dans la salle pour recommencer leurs manoeuvres tumultueuses.
Lorsque M. Huet reparut dans k seconde pièce , au moment où il chantait le duo : Res~ ter à la gloire fidèle 9 etc., ils lui jetèrent deux couronnes de laurier et une de lis qui était énorme. On voulut qu'il posât celte dernière couronne sur sa tête : il n'en fit rien ; Craignant que cette énergique et singulière démonstration ne devîntle signal des excès qu'on redoutait- Dès ce moment son trouble fut tel que la pièce ne put être achevée qu'avec une peine infinie.
Les perturbateurs , voyant que ces provtfcatations dirigées contre les protestants ne produisaient aucun résultat , sortirent, et, se réunissant k ceux de leurs camarades qui étaient restés aux environs de la salle, ils formèrent sur la place de la maison carrée un attroupe* ment qui fut bientôt de trois ou quatre cents séditieux. C'était tout ce que la population de Nîmes pouvait fournir déplus abject et de plus méprisable.
Les uns criaient : Vive le Roi, vivent les Bourbons ou la mort ; d'autres vive Charles X ou la mort* Quelquefois on entendait l'aimable
i5 refrain que nous ayons déjà cité ; puis on s'é» l criait : // ne paraîtra donc pasdegrilleurs!{i) nous n'envoyons aucun... : qu'ils viennent les b.....
Le commissaire de police .et la gendarmerie s'étant rendus sur les lieux , firent de vains efforts pour ramener à l'ordre et pour dissiper cette populace furibonde. On ne répondait à leurs sommations réitérées que par les cris de inventles Bourbons ou la mort. Aucun prot'e6- . tant ne se présenta sur la place.
Lés autorités civiles et militaires , informées de ce qui se passait, vinrent essayer sur ces mutins la voix du devoir ; elle fut impuissante; les mêmes cris redoublèrent.
Une patrouille de la légion des Basses-Alpes fut absaillie par une grêle de pierres , et rentra dans le corps-de-garde de la place, sans opposer de résistance.
La police était cependant parvenue à faire arrêter un des mutins , qu'on déposa au corpsde-garde ; mais la populace menaçante réclama
- (i)Oi> entend firgrillëurs tons ceux qui ne sont pa« Mltrà* • ^ - .
le
le pïisonfcie» et se permît des roîés défait.' Quatre militaires , faisant partie de la force * armée , reçurent des coups de pierre et des coups de bâton.
Quoiqu'en petit nombre , les soldats se rangèrent alors en bataille devant le corps-degarde ,, mais on continuait à demander le prisonnier avec fureur et aux cris mille, fois ré* pété* : les Bourbons ou la mort. La troupe ne cessait pas de faire bonne contenance f et opposait le plus grand calme aux provocations des perturbateurs > lorsqu'un .agent de police , de soft propre pwuyeajept.* pépéira daos te corps-cjç-garçte % ..çt» t prenant Je prisonnier par la main , le repdit à Cçj&£ multitude effrénée dont la joie éclata par des. Uurleuaeqts affreux v qui se propagèrent jusques vers a^-
nuit. , , * •; ; • ' ' ..-'^ '-:
,On reproche à M. de CWelles-^i^cjUp * conseiller de préfecture, remplissant p^tr ifi-* tèrcm Tes fonctions de préfet, ainsi qu'i M. de Laboissière, maire, qili sç promenèrent longtemps sur la place même , de s'être bornés à quelques sollicitations, et de n'avoir fait aucun acte «d'autorité pour dissiper cet attroupement. Toutefois, l'absence d'une force armée 4uf$" saute pour appuyer des mesures répressives ,
x 7 qu'à un certain point , servir d'excuse k Vi* nertie de ces deux magistrats.
Quoiqu'il en : soit à cet égard, les mouvements séditieux de la place de la Maison car* réfi r oÙL aucun protestant ne s'élait-montré f qomme nous l'avons dû; , se combinaient avec les désordres £t les voies de fait auxquels les perturbateurs se livraient dans différents quartiers de la ville ., où ils purent atteindre leurs victimes.
Un grand nombre de personnes furent attaquées , battues , maltraitées ou poursuivies à coups dé pierres et de bâtons; on peut citer entr'autres les sieurs Lichère, dont le père a été massacré en i8i5; Audigier, Çhabaud, tafetassiçrs ; Gros fils , Atger, propriétaires;. Belin, ouvrier; et Toutin, limonadier. Le domicile de quelques citoyens fut violé*
KL le général de P^nge , dont le zèle est digne des plus grands éloges , et qui semblait ne pas se rappeler un seul moment le sort de l'infortuné général Lagarde , expédia dans la nuit, à Montpellier, un courrier au général Briche , commandant la division.
Le lendemain 8 , de nouveaux rassemblements se formèrent sur le boulevard, et les cris accoutumés se firent entendre* M. de Pange, k
i8 là tête de la gendarmerie/ fit faire des patrouilles qui , sans parvenir a dissiper les tnat- Vaillants /leur inspirèrent au moins une certaine c/ainte. a • Dans la soirée du 9, l'affitience dû peuple fut la même que la veille. Les prolétaires Catholiques occupaient le boulevard depuis le pont de la Bouqûerie jusqu'à Pégiise dite dès Rêcollets , tandis que les protestants des classes inférieures , se montrant réunis pour la première fois, remplissaient l'allée de droilé du Quai de la Fontaine. La plupart étaient ar- : fhés de gros bâtons, comme leurs adversaires; dés femmes s'étaient mêlées parmi eux. Toutà- coup , ces cris : Arrête, on veut me crucifier, à la gardé! partent du côté des protestants, et font cesser le calme apparent qui avait régné' jusqnes-là.
Les autorités se portent vers ce point; la confusion y devient générale, et Itea auteurs* de cette rumeur échappent aux recherchés.' Cependant la gendarmerie n'eut pas de peiné ii faire rentrer dans leurs domiciles les protestants qui s'étaient rassemblés sur le quai ; mais devait-elle s'arrêter-là? Il restait à dissiper les attroupements du boulevard. Quelques tentatives commencées furent mal soutenues; et le
rassemblement des catholiques ne se dispersa iqu'à dix heures et demie. Il y avait une heure que les protestants s'étaient paisiblement retirés.
Cependant aucune force militaire n'avait pu encore arriver à Nîmes 9 et la fermentation devenait toujours plus menaçante; les bruits les plus absurdes étaient répandus avec une profusion toujours plus ridicule et accueillis avec une facilité toujours plus déplorable ; et tous les symptômes qu'on avait sous les yeux annonçaient des jours semblables à ceux de i8i5 oii de 1790, et jetaient l'épouvante dans l'âme de tous les, honnêtes gens*
Le 11 , le Moniteur fit connaître la nomination des nouveaux pairs. Cette nouvelle parut frustrer les espérances des principaux agita* teurs et déconcerta un moment leurs projets. Lé même jour, cinquante hommes de cavalerie et autantd'iufanterie entrèrent dans la ville. Alors, M. de Chazelles prit l'arrêté suivant,qui ne fui pourtant publié que deux jours après , avec celui du maire dont la date est du 1 2.
Le doyeji du «conseil de préfecture , préfet du Gard par intérim :
Considérant que depuis quelques jours des gens armés f la plupart de gros bâtons, se ras-
semblent jur la place de la Maison-Carrée , à INîmes, et -sur les boulevards voisins ; qu'ils y restent en se promenant par groupes , .plus ou moins nombreux , jusqu'à dix heures du .soir , et que» ce n'est pas sans peine que les autorités réunies parviennent, chaque soir, à dissiper ces rassemblements ; . , '
Considérant que , quoique les lieux où ils se forment soient consacré? à là promenade publique , .les provocajions et les rixes individuelles qui ont eu lieu les 7 et 8 de ce mois , et dont Iç ministère public s'occupe à poursuivre les auteurs , sont les indices d'une fermentation qui pourrait avoir les suites le$ plus funestes , si l'administration ' ne s'empressait de les prévenir en faisant cesser des rassemblements aussi propres à accroître cette irritation des esprits qu'a inquiéter les citoyens paisibles ;
Considérant que, d'après les articles 479 et 480 du Code pénal, Içs auteurs ou complices de bruits ou tapages injurieux ou nocturnes , troublant la tranquillité des habitants, sont punissables d'une amende de 11 à i5 fr.> et même , selon les circonstances , de la peine d'emprisonnement pendant cinq jours; et que, d'après l'article 21 5 du même Code, les personnes qui se trouveraient munies d'armes ca-
chéës, * et qui auraient fait partie d'une troupe ou réunion non réputée armée, seront individuellement punies, comme si elles avaient fait partie d'une troupe ou réunion armée.
Arrête :
Art i cr - Les rassemblements d'individus au nombre de plus de dix , sur les places , promenades ou dans les rues, faubourgs et carrefours de la ville de Nîmes, avec ou sans armes quelconques, ou bâtons, sont expressément défendus jusqu'à nouvel ordre.
2. Sera considérée comme attroupement séditieux et puni des peines déterminées par. les lois, toute réunion contraire aux dispositions de l'article précédent.
5. Les patrouilles, ayant à leur tête un commissaire ou agent de police , seront chargées , d'après les ordres qui en seront donnés par M. le commandant de la force armée de ce département, de parcourir la ville de Nîmes , et d'arrêter sur-le champ tous ceux qui feraient partie d'un attroupement, ainsi que lès individus qui , quoique marchant isolés ou au nombre de dix seulement, porteraient de gros bâtons ou des armes cachées, ou qui provoqueraient le trouble par des vociférations quelconques.
, 4* Le présent sera imprimé, publié «t afficfcé dans la ville de INîmes, etc.
Signé, comte de ChazeIles-Chcsclan.
Le maire de la ville de Nîmes, vu l'arrêté de la préfecture de ce département, du 1 1 de ce mois ;
Cjnsidérant qu'il importe de rappeler quelques dispositions de police adoptées par l'autorité clans des circonstances pareilles à celle qui $e présente aujourd'hui, afin de seconder et assurer l'exécution dç celles prescrites par l'arrêté précité.
Arrête:
Art. !•' A compter de ce jour, la retraite ou couvre-feu sera sounée à neuf heures du soir jusqu'à nouvel ordre*
2. Les calés, cabarets, billards et autres lieux publics, seront vidés et fermés immédiatement après la fin du cowre~feu.
3. Tout café,, cabaret, billard, etc., qui .. sera trouvé ouvert par récidive après l'heure
fixée par l'art, i", sera, indépendamment de la peine que le propriétaire aura encourue par
; sa première désobéissance, fermé par mesure
, de police administrative.
4* IL est ordonné à tous propriétaires ou
. locataires des maisons particulières do fermer leur porte d'entrée à dix heures du soir, souspeine d'être déférés au tribunal de police municipale, f 5. Les commissaires de police sorçt chargés de veiller à l'exécution rigoureuse des dispo- - citions ci-dessus, et de dresser procès-verbal .de toutes les contraventions qu'ils découvriront.
' 6. Le présent arrêté sera soumis à l'appro- . bation de M. le préfet du département.
7. Il sera» après l'approbation, imprimé à la suite de celui précité de la prélecture* Fait à Nîmes, le 12 mars 1819.
Pour ampliation: Le maire de Ntmes,
Làboissière.
Vu et approuvé : Le doyen du. conseil de préfecture, préfet par intérim , comte de Chazelles-Chusclan.
• Un changement dans la disposition des esprits paraissait probable. Les deux points <\u rassemblement étaient restés déserts jusqu'à . huit heures du soir. Les hommes notables des deux communions avaient, à ce qu'il paraît, profité de leur influence pour engager leu^s co-réligippnaires à rester chez eux. Mais vers
les huit heures environ , la feule arrive spontanément sur le boulevard et sur le quai ; les rassemblements se forment de nouveau ;■ les deux partis se retrouvent en présence. '*>
Un agent de police crut sans doute utile dé faire savoir à M. le préfet par intetim , qu'ira café, situé sur le quai et fréquenté des proies* tants , était en ce moment'rempli de buveurs. Ce magistrat ordonna que le café fût immédiatement fermé. Le colonel de la gendarmerie et un adjudant de place firent mettre cet ordre à exécution.
M. de Chazelles eut dans cette circonstance un tort réel. L'ordre de fermer ce lieu de réunion aurait dû s'étendre aux autres cafés des promenades publiques également rempli»
de monde. Cette mesure partielle qui mécontenta 'les protestants, pouvait enhardir leurs ennemis et avoir les suites les plus funestes*
Vers les neuf heures du soir , six individus se retiraient fort tranquillement, lorsqu'arrivés dans la rue des Chassuites , ils furent assaillis à coups de pierres par une vingtaine d'hommes, tandis qu'un nombre à- peu- près aussi considérable, venant du côté du cours neuf, les prit en tête et fit sur eux la même décharge ea criant : Sarre-saire , voici des grffleurs , il
»5 faut les tuer. Quelques-uns de ces citoyens forent atteints , et tous parvinrent à s'enfermer daitôla? maison de l'un des six.
Toutefois des patrouilles Je cavalerie parvinrent enfin à dissiper les attroupements. Mais la crainte d'une catasprophe prochaine, inévitable, durait toujours; de noires inquiétudes obsédaient toujours les esprits.
Le i3 , les arrêtés du préfet par intetitn et du maire furent publiés h trois heures de l'aprèsmidi , et l'arrivée de quatre cent cinquante hommes de troupes imposa aux perturbateurs.
Les lieux de rassemblement furent déserts et la tranquillité la plus parfaite règua dans la ville.
Le dimanche 14* il y eut encore un attroupement que la force armée , commandée par M. le général de Pange,fit rentrer promptement dans Tordre; néanmoins , les attroupés dirent en se retirant que le dimanche 21 Us seraient en plus grand nombre , et qu'ils viendraient avec leur uniforme de gardes nationaux.
Le 19, M. d'Haussez, nouveau préfet, du Gard, arriva ainsi que M. le général Briche , avec deux cents sapeurs de la garnison de Montpellier.
Le 20, la destitution de M. de C ha z elles (1)
(1) M. le comte de Chazelles est fils de M de Cha-
lui fut notiftée, et M* Cavalier, ex-procurem^ général de la cour royale 4 nommé maire ep remplacement de M. Laboissière , fut installé dans ses fonctions*
La journée du ai fut tranquille , malgré les menaces des prolétaires, malgré Jes mouvements que les instigateurs s'étaieoi donnés pour soulever les villages catholiques de Marguerites, Courbeaac, Bouillargues, Rudesans , Manduel, Monfraio, Remoulin et autres, en répandant le bruit, comme en 1790, que les catholiques étaient menacés par les protestants.
Dans la nuit du 24 au ^5» une patrouille de la garnison , passant dans une des bourgades où les protestants sont en plus grand nombre,
zelles , conseiller à la cour des aides de Montpellier, et ne' hors mariage , d'une femme des classes inférieures qui était au service de son père. Sur l'invitation prtfisante du comité' révolutionnaire de Chusclan , ML êe Chazelles épousa cette femme et reconnut son fils. Ainsi M. de Chazelles doit son état de légitimité à une autorité' illégitime 1 . Il a-épousé la fille unique de Fabre (de J'Héraultj qui vota la mort de Louis XYI , sans appel , et qui siégea constamment à la montagne. JLe conventionnel Fabre fut envoyé à Varmée des Pyrénées-Orientales , et fat tué le 12 janvier 1794, en combattant les Espagnols.
*7 fut assaillie à coups de pierres; deux des assaillants furent arrêtés et Ils seront jugés.
Les officiers en retraite a avaient point échappé aux agressions des perturbateurs.
Ceux-ci entrèrent un soir dans un café où d'an* ciens militaires ont loué pour leur réunion une pièce particulière dans laquelle les camarades de Tresiaillon voulurent pénétrer. Le sieur Martin , officier en retraite > qui était tranquillement assis , leur fît observer que cette pièce étak louée, ajoutant qu'ils pouvaient boire tout aussi bien dans la première pièce d'entrée. Ils répondirent avec fureur qu'ils voulaient boire dans la même chambre que lui. Le sieur Martin, se levant à ces mots, leur répondit que le premier qui ferait mine d'entrer, irait boire dans la fontaine. C'est une grande pièce d'eau auprès de laquelle se trouve le lieu de la scène que nous retraçons. Les maliutentionnés étaient au moins quinze, et le sieur Martin était seul.
Ils se retirèrent et vinrent porter plainte au maire qui se promenait avec confiant au milieu de l'attroupement, et lui dirent qu'on leur avait refusé à boire et qu'on les avait insultés* Le maire s'avança vers le café, et près de deux mille personnes le suivirent.
j Le sieur Martin représenta au maire que c'étaientces gens-là qui l'avaient insulté luimême; et ayant aperçu au milieu du rassemblement le principal orateur de la bande, il fondit dessus, le prit dans ses deux mainâ comme un petit enfant j vint le poserdebout devant le maire , et dit: le voilà celui qui m 9 a insulté. Le maire ne put s'empêcher de faire arrêter cet homme ; mais les séditieux se mirent de suite à crier: Eh bien, notas reviendrons demain en force , et nous verrons Si nous no pourrons pas entrer.
Les officierr en retraite se rendirent le lendemain à ce café, bien armés, et les attendirent dans leur cercle , la porte ouverte» Il y eut bien deux ou trois mille prolétaires rassemblés pour l'attaque annoncée; mais aucun d'eux n'osa franchir le seuil de la porte.
Cependant, à la première nouvelle des nouveaux désordres de Nîmes , un grand nombre d'habitants de la Vaunage et de la Gardonenque étaient descendus dans cette ville. Ils s'étaient présentés devant un magistrat (i) connu par sa modération, et par le courage qu'il a dé-
(i) M. M***, conseiller à la cour royale.
ployé dans le temps des massacres de i8i5. , « Nous ne voulons que la paix., lui avaient-ils » dit , et nous ne songeons point à venger le » sang de nos frères ; mais si de nouveau* '» dangers nous menacent, les habitants des Ce- » vennes ne baisseront plus la tête devant leurs » bourreaux. Armés par le désespoir 9 nous » descendrons de nos montagnes f si le salut ''» de nos frères le demande : malheur aux ca- » tholiques de Nîmes, si le sang d'un seul prq- » testant coule dans leurs murs !»
Pour apprécier cette menace, peut-être n'est-il pas inutile de jeter un coup d'oeil sur la population des Cévennes et sur l'esprit qui l'anime. C'est une des parties de notre France qui ne sont encore qu'imparfaitement connues. Ou retrouve chez les paysans des Cévennes le caractère général de tous les montagnards , l'amour de l'indépendance ; mais des circonstances particulières en augmentent singulièrement Ténergie. A cette fierté, qu'ils partagent avec les antres paysans du midi, ils joignent une rectitude de sens peu commune.
Les principes des Albigeois trouvèrent dans ces montagnes des âmes fatiguées du joug avi* lissant de la superstition , des coeurs tout prêts à s'ouvrir aux sentiments les plus purs que l'é-
5o Vangile inspire, et une raison qui pouvait se contenter des formes simples et sévères du christianisme naissant. La doctrine de Calvin fut semée sur cette terre que déjà les flammes de la persécution avaient fécondée» et nulle part peut-être on ne trouve un peuple plus éminemment religieux.
Tandis que le paysan catholique ne peut en quelque sorte associer à ses travaux aucun souvenir de morale ou de religion, et qu'il y apporte tout au plus lés images bientôt effacées du culte extérieur, le paysan des Cévennes, dans ses champs , dans ses vignes , dans ses forêts de châtaigniers, dans les pâturages où il garde ses troupeaux, nourrit sa pensée des paroles de l'évangile et des chants des psaumes qui sont devenus siens , parce.qu'il les chante dans une langue qu'il entend. Dans ces paroles , dans ces chants sacrés, il trouve tout ce qui peut convenir à sa situation présente : la résignation, quand elle est commandée par lé devoir ; le courage , quand il est appelé par l'excès de l'oppression.
La Bible que , parmi les catholiques f à l'exception des ecclésiastiques et de quelques littérateurs, on igQore parfaitement, fournit quelquefois des sujets de conversation aux paysans
3i dès Cévennes , et , dans les temps de trouble*, elle devient un arsenal redoutable où se trouvent toutes forgées les atmes religieuses.
Les paysans vendéens sont religieux aussi; niais leur fanatisme ftst, pour ainsi dire, tout servilç ; ils n'ont poinurouvé de chef dans leurs propres rangs; ils n'auraient pas su obéir au plp^ habile d'entre eux ; et , en appelant à leur tète leurs anciens seigneurs , ils ont peut-être empêché leur insurrection d'obtenir de plus importants résultats.
* H n'en est pas ainsi des habitants des Cévennes. Les chefs ne leur manqueraient point,, aujourd'hui surtout que l'instruction est beaucoup plus répandue. Cavalier, de garçon boulanger dévint prédicaut , de prédicant , chef d'une multitude d'enthousiastes dont les succès causèrent dfe l'embarras au despotisme de làfâèTKIV, et contraignirent ce monarque à faire marcher enfin contre eut un des dernier^ et dés pins illustrés soutiens de sa gloire, le maréchal de VillarS. Et le maréchal ne put les dompter ; il ne put qu'amener leur chef à se lais** Ser lier par une capitulation honorable. Veut- Oo exposer quelqu'un de nofc généraux à traiter avec ua nouveau Cavalier? Que dis-je? Ua
3a nouveau Cavalier! Il s'en trouverait vingt, il s'en trouverait trente. ,
Oh l que ce serait une chose bien étrange qu'une guerre de religion suscitée a de vrais croyants par des hommes qui ne font semblant de croire , que pour couvrir d'un manteau Respectable leurs regrets et leurs prétentions I' Certes , s'il est un dernier scandale réservé au' siècle des lumières', ce pourrait bien être ce-^ lui-là.
Mais écartons de notre pensée ce pressenti** ment sinistre, et croyons qu'il en sera de ces : nouvelles manoeuvres , comme des projets ies plus ambitieux de la même faction , toujours, destinés k n'avoir point d'avenir. H résultera pour elle de ces dernières intrigues ce qui est, résulté de toutes 1*3 aulres. Quelques-uns des intérêts divers qu'ils ont l'art de faire intervenir quelquefois dans leur cause , s'en détacheront encore , et leurs rangs s'éclaircirçn^ de plus en plus : les agitations qu'ils préparent avec tant de persévérance et de soin, produisent, si l'on peut employer .cette comparaison, l'effet d'autant de cribles, qui les dégageant du bon grain avec lequel ils parviennent souvent à se confondre , les laissent passer au travers, ainsi que des semeuççs avortées , avec la
poussière qui s'e^t agglomérée autour d'eux ; ou, en d'autres ternies, ils restent seuls dans l'arèae arec quelques poignées de sicaires qu'ils seront forcés eux-mêmes de restituer au glaive de la loi. * •
Hélas! en traçant les attentats dont les habitants honnêtes de Nîmes ont eu de nouveau à gémir , un souvenir douloureux obsédait ma pensée; L'image de Marseille , de cette cité obère à mon cœur, se présentait à moi , non plus comme en 1814? dans le tumulte charnfcnt d'une joie que tant de peines avaient précédée, non plus dans cet enivrement contagieux d ? un bonheur que Ton croyait durable t non phvs dans cette effusion ravissante des sentiments les plus doux de patrie et de famille , d'amitié et de concorde ; mais telle que d'im* pftidents agitateurs l'avaient faite , telle qu'elle apparut dans les trop fameuses journées du ^5 et du 26 juin i8i5, lorsque le char sanglant de la mort /annoncé au loin par le tintement lugubre d'une énorme sonnette , et surmonté d'un drapeau blanc , passait dans les rues pour recueillir les cadavres des victimes % et que des cris, devenus alors l'effroi des honnêtes gens , rompaient le silence de la consternation et insultaient au deuil des familles et 4e la patrie. 5
Voilà donc T me disais- jç , voi&< U fcvàt de >
ces menées soiurctar* dfe ces iitoûpes mystélérieuses r de ce* busses nouvelles „ dte ce* ». joies si souvent trompées, de ces espétatiefes' * mensongères! C'était a. peu presqiQsi,;<$»'eii abusant un peuple indigné coatre. un colosse * abattu* on voulait peu à peu le ramener spufc te ■. joug^d'une légion de tyranneaux*. C'était ainsi que des cultivateurs , égarés par leur haine? * contre l'homme qui leur avait ei^lçvé leurs enfants, étaient entraînés à combattra soufr les ordres de quelques, hobereaux, qui ne &ûû.~ gaient à se servir de leurs, bras f que pour les' pousser par eux-mêmes hors de la plgtceotàun nouvel ordre de choses tes a mis* C'était ainsi • qu'on'prétendait imposer les chaînes > depuis* . long- temps usées, de la féodalité & ces même» mains qui seaouaient encore avec transport les iei s brisés du'despotismenmpérialir CG\iet$ qui du moins avaient été dorés par 1» victoire !
En. effet, on ne peut méconnaître dans ces derniers troubles de. Nîmes > comme dans tous les troubles du midi , l'oeuvre criminelle de la faction oligarchiqpe qpi, pour empêcher la délivrance de notre territoire , a porté le délire au point de calomnier la nation entière aux yeux des puissances , dans des notes sécrètes; attentat dont, jusqu'à ce jour , nos annales n'a*
raient pas offert d'exemple ; de cette même faction qui insulte périodiquement , par l'entremise des journanx anglais, le gouvernement du Roi , les ministres , les premiers corps dé Fétat , et tout ce que la France présente d'hommes plus recofamandables par leurs lumières et leur patriotisme ; de cette même faction que l'ordonnance du 5 septembre déconcerta , que la loi du 5 février mit aux abois , et que le rejet de la proposition de M. Barthélémy a réduite au désespoir.