‹ Les provinciales de PascalChapitre 1 sur 124 · PAR UN DE SES AMIS · texte numérisé non relu

PAR UN DE SES AMIS

De Paris, ce 2 avril 1656.

Monsieur ,

Ce n'est pas encore ici la politique de la Société , mais c'en est un des plus grands principes, et vous y verrez les adoucissements de la confession, qui sont assurément le meilleur moyen que ces Pères aient trouvé pour attirer tout le monde et ne rebuter personne. Il fallait savoir cela avant que de passer outre ; et c'est pourquoi le Père trouva à propos de m'en instruire en cette sorte.

Vous avez vu , me dit-il , par tout ce que je vous ai dit jusques ici, avec quel succès nos Pères ont travaillé à découvrir , par leurs lumières , qu'il y a un grand nombre de choses permises qui passaient autrefois pour défendues ; mais parce qu'il reste encore des péchés qu'on n'a pu excuser , et que l'unique remède en est la confession , il a été bien nécessaire d'en adoucir les difficultés par les voies que j'ai maintenant à vous dire. Et ainsi, après vous avoir montré dans toutes nos conversations précédentes comment on a soulagé les scrupules qui troublaient les consciences, en faisant voir que ce qu on croyait mauvais ne l'est pas , il

reste à vous montrer en celle-ci la manière d'expier facilement ce qui est véritablement péché , en rendant la confession aussi aisée qu'elle était difficile autrefois. — Et par quel moyen , mon Père ?— C'est , dit-il , par ces subtilités admirables qui sont propres à notre Compagnie , et que nos Pères de Flandre appellent, dans l'Image de notre premier siècle, 1. 3, or. 1, p. 401, et 1. 1 , c. 2, rfe pieuses et saintes finesses ^ et un saint artifice de dévotion : piam et religiosam callidi- 'tatem, eipietatis solertiam, au 1. 3, c. 8. C'est par le moyen de ces inventions que les crimes s'expient aujourd'hui alacrius, avec plus d'allégresse et d^ ardeur^ qu'ils ne se commettaient autrefois; en sorte que plusieurs personnes effacent leurs taches aussi promptement qu'ils les contractent : plunmi vix citius maculas contrahunt y quam eluunt ^ comme il est dit au même lieu. — Apprenez-moi donc, je vous prie, mon Père, ces finesses si salutaires. — Il y en a plusieurs , me ditil ; car, comme il se trouve beaucoup de choses pénibles dans la confession , on a apporté des adoucissements à chacune. Et parce que les principales peines qui s'y rencontrent sont la honte de confesser certains péchés*, le soin d'en exprimer les circonstances, la pénitence qu'il en faut faire , la résolution de n'y plus tomber, la fuite des occasions prochaines qui y engagent, et le regret de les avoir commis; j'espère vous motitrer aujourd'hui qu'il ne reste presque rien de fâcheux en tout cela, tant on a eu soin d'ôter toute l'amertume et toute l'aigreur d'un remède si nécessaire.

Car, pour commencer par la peine qu'on a de confesser certains péchés", comme vous n'ignorez pas qu'il

i. De confesser de certains péchés.

2, De certains péchés.

^Vl

est souvent assez important de se conserver dans Testime de son confesseur, n'est-ce pas une chose bien commode de permettre, comme font nos Pères, et entre autres Escobar, qui cite encore Suarez,tr. 7, a. 4, n. 135, d'avoir deux confesseurs , Vun pour les péchés mortels , et Vautre pour les véniels , afin de se maintenir en bonne réputation auprès de son confes^ seur ordinaire, uti bonam famam apud ordinarium tueatur, pourvu qu'on ne prenne pas de là occasion de demeurer dans le péché mortel ? Et il donne ensuite un autre subtil moyen pour se confesser d'un péché à son confesseur ordinaire même*, sans qu'il s'aperçoive qu'on l'a commis depuis la dernière confession. C^est , dit-il , de faire une confession générale , et de confondre ce dernier péché avec les autres dont on s'accuse en gros. Il dit encore la même chose, princ.*, ex, 2, n. 73. Et vous avouerez, je m'assure , que cette décision du Père Bauny, Théol. mor., tr. 4, q. 15, p.l37, soulage encore bien la honte qu'on a de confesser ses rechutes : Que, hors de certaines occasions ^ qui n'arrivent que rarement, le confesseur n^a pas droit de demander si le péché dont on s^ accuse est un péché d* habitude ; et qu'on n'est pas obligé de lui répondre sur cela , parce qu'il n'a pas droit de donner à son pénitent la honte de déclarer ses rechutes fréquentes.

— Comment, mon Père ! j'aimerais autant dire qu'un médecin n'a pas droit de demander à son malade s'il y a longtemps qu'il a la fièvre. Les péchés ne sont-ils pas tout différents selon ces différentes circonstances ? et le dessein d'un véritable pénitent ne doit-il pas être d'exposer tout l'état de sa conscience à son confesseur,

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