‹ Les provinciales de PascalChapitre 53 sur 124 · Et que vous croyez pouvoir faire votre saint · texte numérisé non relu

Et que vous croyez pouvoir faire votre saint

hardiesse ; comme entre autres dans vos thèses de Louvain de Tannée 4645, en ces termes : Ce n'est qu'un péché véniel de calomnier et d'imposer de faux crimes pour ruiner de créance ceux qui parlent mal de nous.^ Quidni non nisi veniale sit, detrahentis auctoritatem magnam, iibi noxiam, falso crimine elidere ? Et cette doctrine est si constante parmi vous, que quiconque rose attaquer, vous le traitez d'ignorant et de téméraire. C'est ce qu'a éprouvé depuis peu le Père Quiroga, capucin allemand, lorsqu'il voulut s'y opposer. Car votre Père Dicastillus l'entreprit incontinent , et il parle de cette [dispute en c6s termes, de Just,^ 1. 2, tr. 2, disp. 12, n. 404 : Un certain religieux gi^ave^ pied-nu et encapuchonné ^ cucullatus gymnopoda^ que je ne nomme point , eut la témérité de décrier cette opinion parmi des femmes et des ignorants , et de dire qu'elle était pernicieuse et scandaleuse^ contre les bonnes mœurs^ contre la paix des Etats et des sociétés , et enfin contî^aire non seulement à tous les docteurs catholiques ^ mais à tous ceux qui peuvent être catholiques. Mais je lui ai soutenu , comme je soutiens encore , que la calomnie^ lorsqu'on en use contre un calomniateur ^ quoiqu'elle soit un mensonge y n'est point néanmoins un péché mortel f ni contre la justice^ ni contre la charité; et y pour le prouver ^ je lui ai fourni en foule nos Pères et les universités entières qui en sont- composées j que j'ai tous consultés^ et^ entre autres, le Révérend Père Jean G ans , confesseur de l'empereur; le Révérend Père Daniel Bastèle , confesseur de l'archiduc Léopold ; le Père Henry y qui a été précepteur de ces deux princes ; tous les professeurs publics et ordinaires de l'université de Vienne (toute composée de Jésuites) ; fous les prof es^ seurs de V université de Gratz (toute de Jésuites), tous les professeurs de l'université de Prague (dont les Je-

suites sont les maîtres) : de tous lesquels fai en main les approbations de mon opinion y écrites et signées de leur main : outre que fai encore pour moi le Père de Pennalossa (Jésuite), prédicateur de V empereur et du roi d'Espagne; le Père Pillicerolli (Jésuite), et bien d* autres, qui avaient tous jugé cette opinion probable avant notre dispute. Vous voyez bien, mes Pères, qu'il y a peu d'opinions que vous ayez pris si à tâche d'établir, comme il y en avait peu dont vous eussiez tant de besoin. Et c'est pourquoi vous l'avez tellement autorisée, que les casuistes s'en servent comme d'un principe mAnhii^hXQ: Il est constant, dit Garamuel, n. 4151, que c^est une opinion probable qu'il n'y a point de péché mortel à calomnier faussement pour conserver son honneur ; car elle est soutenue par plus de vingt docteurs graves, par Gaspard Hurtado et Dicastillus, Jésuites, etc.; de sorte que, si cette, doctrine n'était probable, à peine y en aurait-il aucune qui le fût en toute la théologie.

théologie abominable, et si corrompue en tous ses chefs , que s'il n'était probable/ et sûr en conscience qu'on peut calomnier sans crime pour conserver son honneur, à peine y aurait-il aucune de ses décisions qui le fût M Qu'il est vraisemblable, mes Pères, que ceux qui tiennent ce principe le mettent quelquefois en pratique ! L'inclination corrompue des hommes s'y porte d'elle-même avec tant d'impétuosité, qu'il est incroyable qu'en levant l'obstacle de la conscience, elle ne se répande avec toute sa véhémence naturelle. En voulezvous un exemple ? Garamuel vous le donnera au même lieu. Cette maxime, dit-il, du Père Dicastillus^ Jésuite,

\. Que si, selon vos maximes^ il n'était probable. 2. Qui fût telle.

touchant la calomnie, ayant été enseignée par une comtesse d'Allemagne aux filles de V impératrice ^ la créance qu'elles eurent de ne pécher au plus que véniellement par des calomnies en fit tant naître en peu de jours, et tant de médisances y et tant de faux rapports, que cela mit toute la cour en combustion et en alarme. Car.il est aisé de sHmaginer Vusage qu'elles en surent faire : de sorte que, pour apaiser ce tumulte, on fut obligé d'appeler un bon Père Capucin d'une vie exemplaire, nommé le Père Quiroga (et ce fut sur quoi le Père Dicastillus le querella tant), qui vint leur déclarer que cette maxime était très pernicieuse, principalement parmi des femmes *; et il eut un soin particulier de faire que l'impératrice en abolit tout à fait Vusage. On ne doit pas être surpris des mauvais effets que causa celte doctrine. Il faudrait admirer au contraire qu'elle ne produisît pas cette licence. L'amour-propre nous persuade toujours assez que c'est avec injustice qu'on nous attaque; et à vous principalement, mes Pères, que la vanité aveugle de telle sorte que vous voulez faire croire en tous vos écrits que c'est blesser l'honneur de l'Église que de blesser celui de votre Société. Et ainsi, mes Pères, il y auraitlieude trouver étrange que vous ne missiez* cette maxime en pratique. Car il ne faut plus dire de vous, comme font ceux qui ne vous connaissent pas : Gomment voudraient-ils ' calomnier leurs ennemis, puisqu'ils ne le pourraient faire que par la perte de leur salut ? Mais il faut dire au contraire : Gomment voudraient-ils * perdre l'avantage de décrier leurs ennemis, puisqu'ils le peuvent faire sans hasarder leur

Page 1