‹ Les provinciales de PascalChapitre 64 sur 124 · SUR LA QUINZIÈME PROVINCIALE · texte numérisé non relu

SUR LA QUINZIÈME PROVINCIALE

P. 143. — Aucioritatem magnam tibi noxiam. — Dans Nicole, sibi noxiam. Mais la traduction exacte du texte serait : a de détruire par une fausse accusation Tautorité d'un détracteur, si elle est grande et qu'elle puisse te nuire. »

— Le P. Quiroga , Capucin allemand. — Diego de Quiroga, capucin espagnol, mais ayant vécu aussi à la cour d'Autriche, mort en Espagne en 1648, à 82 ans.

— Car votre Père Dicasiillus. — Jean de Dicastillo, jésuite espagnol, né à Naples en 1585, mort à Ingolstadt en 1653. — Il a écrit : Le justitia et jure, ceterisque virtutibus cardinalibusj Anvers, 1641, in-fol.

— Non seulement à tous les docteurs catholiques. — Le texte latin porte : non solum esse contra prœdictam sententiam quotquot catholici sunt , sed [quotquot ense possunt in Ecclesia Dei. Si le texte de Nicole est exact, on ne voit pas bien la difTérence entre ceux qui sont catholiques et ceux qui peuvent l'être. Est-ce pour cela que Pascal a mis : « les docteurs catholiques »? en opposition à : tout ce qu'il peut y avoir do catholiques ; car c'est ainsi que je traduirais le quoiquot esse possunt.

— Ni contre la justice^ ni contre la charité. — Pascal ici a fort abrégé. Dans le texte, Dicastillo représente son adversaire, à tort ou raison, comme obligé de convenir, et convenant en effet que la calomnie ainsi employée n'est pas un péché mortel contre la justice.

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mais se rabattant à soutenir qu*il y a péché mortel contre la chanté, ce que lui, Dicastillo, il n'accorde pas davantage.

P. 143. — Le Révérend Père Jean Gans, confesseur de V empereur. — Le texte nomme Ferdinand III. [L'archiduc Léopold est son frère. Jean Gans, né à Wurtzbourg en 1591, mort à Vienne en 1662. Les PP. Bastèle et Pillicerolli ne figurent pas dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus.

— Le Père Henri, qui a été précepteur de ces deux princes, — Je ne sais pourquoi Pascal place ici le P. Henri, qui dans le texte latin ne vient que plus loin.

— De Vuniversité de 'Gratz, — On écrit aujourd'hui Graz (Styrie).

P. 144. — Outre que fai encore pour moi, — C'est ici qu'on lit dans le texte laiin: Quitus annumerari possunt alii doctores et olim prof essores ; P, Henricus Philippi confessarius olim et in re cum philosophica tum theologica eorumdum serenissimorum fratrum magister et professor; P, Ambrosius de Penalossa, etc. Le P. Henri n'est pas mentionné dans la Bibliothèque des écrivaijis de la Compagnie de Jésus, Penalosa, jésuite espagnol, né en 1589, mort en 1656.

— Qui avaient tous jugé, — Cette dernière phrase, au contraire, n'est pas dans le texte donné par Nicole, qui semble s'être arrêté dans sa citation plus tôt que Pascal, ou que l'auteur qui avait fourni le passage à Pascal.

P. 145. — Aux filles de l'impératrice, — Le texte ajoute : « c'est-à-dire des filles très nobles et très hardies », et quidem virginibus nobilissimis et audacissimis, Quiroga connaissait le monde des cours, car il avait été confesseur de plusieurs princesses, parmi lesquelles l'infante qui devint la femme de Louis XIV (voir les notes au bais des pages des Mémoires du P. Rapiny t. 2, p. 408).

— Tant de médisances et tant de faux rapports, — Le

texte ajoute : « Gomme c'est Tordinaire en pareils endroits. »

P. 145. — Principalement parmi des femmes,-^ « Surtout, dit le texte, si elles ont de l'esprit et de la hardiesse. » En revanche', je ne trouve pas dans le texte donné par Nicole cette incise : « Que cela mit toute la cour en combustion et en alarme >, ni celle-ci : « Car il est aisé de s'imaginer l'usage qu'elles en surent faire, i

— Sans hasarder leur salut, — Pascal ne prend pas garde que par ce raisonnement il semble admettre qu'il serait tout simple de calomnier ses ennemis, si on pouvait le faire sans hasarder son salut.

P. 146.— De feu M, Varchevéque de Paris.—- Voir Lettre 11, page 44.

— Voilà ce qui a porté votre Père d'Anjou, — Le P. Nouet écrit Banjou; voici comment il s'exprime à ce sujet : {Eesp, aux Lettres prou., p. 408) : « On sait pourquoi... vous attaquez avec tant de violence, tantôt tout le corps et tantôt les particuliers, comme le P. Danjou et le P. Grasset, sans . leur imputer d'autre crime que d'avoir prêché contre le jansénisme, qui est aujourd'hui si infâme, et que, quelques pei*sonnes ayant cru qu'on les en avait voulu taxer , en ont fait de grandes plaintes, et lorsqu'on leur en a levé le soupçon, elles sont demeurées satisfaites, » Le curé de Saint-Benoît s'appelait Granet.

— Que votre Père Grasset. — Jean Grasset, né en 1618, est mort en 1692. Voir cette histoire dans les Mémoires du P. Rapin, t. 2, p. 166. Ges deux Pères ne figurent pas dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, Mais une note de l'édition des Mémoires du P. Rapin dit du dernier : « Ses Considérations pour tous les jours de l'année sont un trésor bien connu de toutes les familles encore chrétiennes. » L'évoque d'Orléans s'appelait Alphonse d'Elbône. Le mandement du 9 septembre 1656 forme

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une pièce de trois pages d'impression, en français ; la Bibliothèque nationale en possède un exemplaire (E 2400, Orléans, 1656, in-4»).

P. 146. — Frère Jean Grasset, prêtre , de la Compagnie de Jésus, — Il y a dans le texte : « Frère Jean Grasset, prêtre , religieux de la Compagnie de Jésus. » Ici encore Pascal fait une citation fidèle , mais non littérale.

P. 147. — Que vous eûtes avec M. Puys. — Benoît Puys, oratoricn, puis curé de Saint-Nizier à Lyon. Henri Alby ou Albi, de la Société de Jésus, né en 1590, est mort en 1659. Il est question de cette querelle dans les Mémoires du P, Rapin, t. 2, p. 409 (voir les notes au bas de cette page). Le livre de Benoît Puys s'appelait le Théophile paroissial : il n'était pas réellement traduit du latin. Le P. Alby répondit par V Anti-Théophile paroissiaL Puys écrivit à son tour une Response à un libelle anonyme, honteux et diffamatoire, et le P. Alby répliqua pat V Apologie pour r Anti-Théophile paroissial ; tous ces écrits sont de la même année. Dans ce dernier, le P. Alby appliquait à M. Puys, à cause de son nom, ce verset de la Vulgate : Quamohrem nomen putei, ex eo quod acciderat, vocavit calumniam. Gen., xxvi, 20. — D'un autre Capucin. — C'est-à-dire, autre que le P. Quiroga, dont il a été parlé tout à l'heure.

P. 148 (en note).— JDe M, le cardinal de Lyon. — En général, on désignait les cardinaux par leur nom propre, et lion par celui de leur évèché. Mais le cardinal archevêque de Lyon était alors un Richelieu, frère aîné du grand Richelieu ; il dut s'appeler cardinal de Lyon, pour se distinguer de son frère, qui avait été fait cardinal avant lui.

P. 149. — De mœurs irrépréhensibles. — Il est curieux de rapprocher de cette déclaration les venimeuses insinuations de V Anti-Théophile. Il y était dit à la page 80, à propos d'une sortie de Benoît Puys contre cer-

taines congrégations de femmes, que sa passion à ce sujet « est un rejeton de celle qu'il nourrit contre les jésuites, qui gouvernent ces congrégations... 11 a conçu contre eux cette haine sur l'opinion qu'il a prise, sans fondement, comme je Tai appris d'eux, qu'ils avaient travaillé activement à lui faire défendre par ses supérieurs de continuer une congrégation de femmes qu'il avait établie de son autorité dans sa paroisse, qui faisaient, à ce que Ton dit, les préludes de leurs entretiens dans sa chambre, qu'ils achevaient après dans une chapelle qu'il avait destinée pour cela dans l'église, où je me veux figurer qu'il se pratiquait de saints exercices de piété sous ses instructions, si ce n'est qu'il avait été remarqué, par quelques curieux qui trouvent à redire aux choses les plus saintes, qu'il s'y était quelquefois entretenu avec goût des yeux mourants, et qu'il était à craindre que le sens ne s'y mél&t subtilement à l'esprit... »

Ailleurs, au lieu de le reconnaître pour orthodoxe, il l'appelle schismatique (p. 97], et lui impose (p. 91) de « donner cours, autant qu'il peut, à des erreurs du temps et à des nouveautés décriées ».

Ce qui a dû coûter le moins au P. Alby, est de reconnaître Vesprit de Benoît Puys, car il l'avait confessé dans son pamphlet en ces termes (p. 90) : • C'est merveille qu'un homme qui pouvait employer à la gloire de Dieu quelque peu de talent qu'il lui a donné », et un peu après : c les petits éclairs d'esprit qu'il a ». Mais il se dédommageait aux dépens d'une pièce de vers français contre les moines que Puys avait mise en tête de son livre : « Je me veux figurer que notre traducteur a emprunté pour cette poésie une plume étrangère; encore que quand elle serait de lui, je ne prendrais pas pour cela meilleure opinion de sa suffisance, ces vers étant les plus fichus qui aient paru de long-

temps, dans lesquels on trouve une hérésie, cinq solécismes contre la grammaire et dix-sept fausses rimes... Il est aisé de voir que ce poét&tre est un apprenti de métier, qui a voulu contrefaire l'air des bons poètes du temps ; mais il lui est arrivé qu'en imitant la voix et l'harmonie du rossignol, il est tombé au chant du coucou. » — Ce dernier mot est orthographié tout autrement que je ne le donne : voir Littré au mot coucou et à un autre mot.

P. 160. — Ni marque ni vestige dans vos livres* — Voir plus bas.

P. 151. — A la neuvième de vos Impostures, — Sur les occasions de pécher. Voir Lettre 5, t. 1 , page 94.

— Ily a dix à douze ans qu'on vous reprocha. — Dans la Théologie morale des jésuites, ouvrage anonyme d'Arnauld.

— Et votre P. Pintereau. — Voir Lettre iO, page 12.

— Imposé au Père Bauny* — C'est-à-dire qu'on lui au* rait imputé cela à tort. Le Dictionnaire de l'Académie dit : « Ce sens a vieilli. »

P. 153. — On ne doit dénier ni refuser. — Dénier et refuser ^ c'est la môme chose î il n'y a qu'un mot dans le texte latin, non est neganda. On a corrigé depuis t < dénier ni différer * .

P. 155. — La malice ridicule de votre Père Afeymer.— Bernard Meynier, né à Clermont-Ferrand en 1605, prêchait encore en 1676^ vingt ans après les Provinciales. Il avait écrit i Le Port-Royal et Genève d'intelligence contre le très saint sacrement de l'autel, dans leurs livres et particulièrement dans les équivoques de Varticle XV de la Seconde partie de la seconde Lettre de M. Arriauldy quoiquHl y prétende faire passer pour une horrible imposture cette inteUig'ence. Poitiers et Parisj 1656, in-4% 113 pages, sans la Préface. Voir plus loin la Lettré 16.

P. 156. — Vous le pourriez bien être en Bénédictins. — A la fm de la Lettre 16, Pascal dit encore : « Je ne sais..,«

si le monde ne dira pas que vous avez eu peur des Bénédictins. » Et Nicole, à la septième page du prœloquium de ses Provinciales latines : Nec obscure tota sancti Benedicti et sancti Dominiez familia ac congregcUionis Oratorli presbyteri, quam ab istis sententiis alieni sint passim significant. Les bénédictins préparaient donc une démonstration contre les jésuites, ou même ils en avaient déjà fait quelqu'une, mais je ne puis dire laquelle.

P. 156. — Du landgrave de Darmstat, — C'est une faute qui a été corrigée dans les réimpressions. Il s'agit du prince Ernest, fils du landgrave de Hesse-Rheinfeld, qui entretenait avec Arnauld une correspondance suivie. Voir Sainte-Beuve, Port-Royal, liwve VI, passim. On trouvera sa généalogie dans une lettre d' Arnauld du 22 août 1686, tome 2 de ses œuvres.

— Sans les y appeler. — Sans qu'on les y ait appelés.

— Que ferai -je, dit4l. — Tout ce morceau est peu exactement traduit ; voici le véritable discours du capucin : c Par quelle pratique ôterai-je toute auto^ rite à ceux qui m'ont noirci ? Je suis mal à l'aise de tous côtés ; jene connais pas les personnages ^ mais je sais que ces gens-là sont d'insignes intrigants. Faut-il me taire ? Je sais ce que je ferai ; je les mettrai à la question ; je les placerai sur le chevalet, où leur honneur sera à la gêne, s'ils n'articulent pas et ne découvrent pas à toute la terre les infamies qu'ils m'imputent. Paraissez donc, intrigants, parlez et criez sur les toits ce que vous avez dit à l'oreille^ et qui n'est que mensonge. Il y en a qui pensent que ces querelles sont un scandale pour les catholiques j sans parler des hérétiques ; et je suis tout à fait de cet avis. C'a été un scandale d'imputer une doctrine hérétique à de!s capucins ; c'est un scandale de faire présumer Valérien coupable de tant de crimes. Ce scandale, je

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Tarrôterai parle chevalet et la torture que je viens de dire. »

P. 167. — A toute la chrétienté, — Le texte ajoute : t mais né surtout pour la ruine des veuves. »

— Que s'ils rendaient un service à Dieu. — Pascal a passé ici cette phrase : ignoro an involvant atheismum potius quam hœresim]t phrase obscure, mais qui paraît vouloir dire qu'au fond ces gens-là sont des athées, pis que des hérétiques.

P. 158. — Je déclare donc qu'ils ont menti.— Le texte porte : « Je dis donc que les auteurs de cet écrit, publié avec les formes d'un acte produit en justice, mentent impudemment. »

— Qu^ils le prouvent. — Le texte dît plus fortement ; a Ils ne manquent pas de tribunaux où ils peuvent m'accuser ; s'ils n'osent m'y traduire, que leur impudent mensonge demeure, établi. »

— Leur véritable impuissance. — Le texte ajoute : « Ils se persuadent que l'accusation qu'on porte contre eux, s'ils la méprisent, s'oubliera, tandis que la vérité en éclatera s'ils se fâchent. >

— Mais le trouble de leur conscience. — Le texte ajoute: « De leur conscience reculant devant leur crime, leur infamie, leur châtiment. » Il me semble que je devais au P. Valérien de rétablir son texte dans son énergie.

Plusieurs éditions écrivent dans cette page, mentiris impudentissimCy mais le texte est bien mentiri. C'est plus loin que Pascal dit en son propre nom aux Révérends Pères : « On n'a qu'à répondre à chacun de vous, comme le Père capucin, mentiris impudentissime. »

-— Les simples d'en être séduits. — Nicole donne une phrase de plus : « Que ceux qui pensent autrement me donnent une lumière aux rayons de laquelle je puis se arriver à bien penser de ces genslà, sans blesser la foi chrétienne. »

P. 169. — Et que je faisais des romans, — Je ne sais où les jésuites avaient avancé cela : pour le reste, voiries Avertissements placés à la suite des seconde, troisième et cinquième Impostures. On n'y trouvera d'aille.urs que des imputations vagues, où ils n'articulent aucun nom ni aucune particularité, et où ils ne procèdent que par des tours tels que ceux-ci (p. H2) : « On sait de bonne part que les jansénistes ont voulu corrompre par argent de savants religieux docteurs de Sorbonne, » etc.

— Moi qui n'en ai jamais lu aucun, — On a opposé à cela deux choses :

1^ Racine, dans sa Lettre à V auteur des Hérésies imaginaires, dit que tout Port-Royal lut avec avidité le portrait flatteur que Mlle de Scudéry avait fait de Port-Royal dans sa Cléîie. Il suffit de répondre que le tome 6 de Idi Clélie, où est ce portrait, est de 1657, c'est-à-dire postérieur à la 15® Provinciale.

2° Un fragment des Pensées (p. 441 du manuscrit autographe) suppose la lecture du Cyrus, Voir mon édition, xxv, 68, t. 2, p. 164 et 217. Mais quoique le Cyrus soit antérieur aux Provinciales, il se peut très bien que Pascal n'ait eu l'idée de le lire qu'après que le passage de la Clélie eût attiré son attention sur les romans de Mlle de Scudéry.

— Le ceux qu'a faits votre apologiste. — C'est-à-dire Tauteur des Impostures et des Responses aux Lettres 11 à 14. Ces écrits étaient anonymes comme les Provinciales, et Pascal ne savait de qui ils pouvaient être. Il ignorait que l'auteur était le P. Nouet, et il les attribue ici, fort mal à propos, à Desmarets de Saint-Sorlin, poète et auteur d'un roman, V Ariane. Il reconnut depuis son erreur. Voir la Note placée en post-scriptum à la fin de la Lettre 16.

P. 160. — Que vous pourriez faire pour l'empêcher, — Pascal craint évidemment que les jésuites n'obtiennent du gouvernement une défense qui empêche ses Lettres

de paraître. Et c*est ce qu'ils obtinrent, en effet, comme on le verra, après la seizième Lettre.

Nicole a donné trois Notes sur la Lettre 15. La première développe et combat la doctrine des jésuites sur la calomnie. La seconde répond aux tentatives que fit le p. Nouet, dans sa réponse à la quinzième Lettre, pour excuser certaines décisions. La troisième, qui est très curieuse, énumère les calomnies qui remplissent V Apologie des Casuistes du P. Pirot : il en compte une trentaine.

ÉCRITE PAR l'auteur

DBS

AUX RÉVÉRENDS PÈRES JÉSUITES

Du 4 décembre 1656.

Mes Révérends Pères,

Voici la suite de vos calomnies, et je répondrai d'abord à celles qui restent de vos Avertissements. Mais comme tous vos autres livres en sont également remplis, ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur ce sujet autant que je le jugerai nécessaire. Je vous dirai donc en un mot, sur cette fable que vous avez semée dans vos écrits contre M. d'Ypres, que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d'une de ses lettres qui, étant capables d'un bon sens, doivent être prises en bonne part, selon Tesprit charitable de rÉglise , et ne peuvent être prises autrement que selon l'esprit malin de votre Société. Car pourquoi voulez-vous qu'en disant à son ami : Ne vous mettez point tant en peine pour votre neveu ; je lui fournirai ce qui est nécessaire de l'argent qui est entre mes mains, il eût voulu dire par là qu'il prenait cet argent pour ne le point rendre, et non pas qu'il l'avançait seulement pour

le remplacer ? Mais ne faul-il pas que vous soyez bien imprudents , puisque vous avez fourni vous-mêmes la conviction de votre mensonge par les autres lettres de M. d'Ypres, que vous avez imprimées, qui marquent parfaitement que ce n'était en effet que des avances qu'il devait remplacer. C'est ce qui paraît dans celle que vous rapportez du 30 juillet 1619, en ces termes qui vous confondent : Ne vous souciez pas des avances ; il ne lui manquera rien tant qu'Usera ici. Et par celle du 6 janvier 1620, où il dit : Vous avez trop de hâte ; et quand il serait question de rendre compte, le peu de crédit que f ai ici me ferait trouver de Vargent au besoin.

Vous êtes donc.des imposteurs, mes Pères, aussi bien sur ce sujet que sur votre conte ridicule du tronc de Saint-Merri. Car quel avantage pouvez- vous tirer de Taccusalion qu'un de vos bons amis suscita à cet ecclésiastique que vous voulez déchirer ? Doit-on conclure qu'un homme est coupable parce qu'il est accusé? Non, mes Pères : des gens de piété comme lui pourront toujours être accusés tant qu'il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l'accusation, mais par l'arrêt, qu'il en faut juger. Or l'arrêt qui en fut rendu, le 23 février 1656, le justifie pleinement; outre que celui qui s'était engagé témérairement dans cette injuste procédure fut désavoué par ses collègues, et forcé lui-même à la rétracter. Et quant à ce que vous dites au même lieu de ce fameux directeur qui se fit riche en un moment de neuf cent mille livres^ il suffit de vous renvoyer à Messieurs les curés de Saint-Roch et de Saint-Paul, qui rendront témoignage à tout Paris de son parfait désintéressement dans cette affaire, et de votre malice inexcusable dans cette imposture. C'en est assez pour des faussetés si vaines. Ce ne sont là

que des coups d'essai de vos novices, et non pas les coups d'importance de vos grands profès. J*y viens donc, mes Pères ; je viens à cette calomnie, Tune des plus noires qui soient sorties de votre esprit. Je parle de cette audace insupportable avec laquelle vous avez osé imputer à de saintes religieuses et à leurs directeurs de ne pas croire le mystère de la transsubstantiation , ni la présence réelle de Jésus-Christ dans V Eucharistie, Voilà, mes Pères, une imposture digne de vous; voilà un crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls êtes capables de le commettre. Il faut être aussi humble que ces humbles calomniées, pour le souffrir avec patience ; et il faut être aussi méchant que de si méchants calomniateurs, pour le croire. Je n'entreprends doncpas de les enjustifier; elles n'en sont point suspectes. Si elles avaient besoin de défenseurs, elles en auraient de meilleurs que moi. Ce que j'en dirai ici ne sera pas pour montrer leur innocence, mais pour montrer votre malice. Je veux seulement vous en faire horreur à vous-mêmes, et faire entendre à tout le monde qu'après cela il n'y a rien dont vous ne soyez capables.

Vous ne tnanquerez pas néanmoins de dire que je suis de Port- Royal; car c'est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès: comme si on ne trouvait qu'à Port-Royal des gens qui eussent assez de zèle pour défendre contre vous la pureté de la morale chrétienne. Je sais, mes Pères^, le mérite de ces pieux solitaires qui s'y étaient retirés, et combien l'Église est redevable à leurs ouvrages si édifiants et si solides. Je sais combien ils ont de piété et de lumières ; car encore que je n'aie jamais eu d'établissement avec eux, comme vous le voulez faire croire sans que vous sachiez qui je suis, je ne laisse pas d'en connaître quelques-uns.

et d'honorer la vertu de tous. Mais Dieu i)'a pas renfermé dans ce nombre seul tous ceux qu'il veut opposer à vos désordres. J'espère avec son secours, mes Pères, de vous le faire sentir ; et, s'il me fait la grâce de me soutenir dans le dessein qu'il me donne d'employer pour lui tout ce que j'ai reçu de lui, je vous parlerai de telle sorte que je vous ferai peut-être regretter de n'avoir pas affaire à un homme de Port-Royal. Et pour vous le témoigner, mes Pères, c'est qu'au lieu que ceux que vous outragez par cette insigne calomnie se contentent d'offrir à Dieu leurs gémissements pour vous en obtenir le pardon, je me sens obligé, moi qui n'ai point de part à cette injure, de vous en faire rougir à la face de toute l'Église, pour vous procurer cette con-, fusion salutaire dont parle l'Écriture, qui est presque l'unique remède d'un endurcissement tel que le vôtre : Impie faciès eorum ignominia^ et quœrent nomen tuum^ Domine,

Il faut arrêter cette insolence, qui n'épargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra être en sûreté après une calomnie de cette nature ? Quoi ! mes Pères, afficher vous-mêmes dans Paris un livre si scandaleux, avec le nom de votre Père Meynier à la tête , et sous cet infâme titre : Le Port-Royal et Genève d'intelligence contre le très saint Sacrement de l'autel , où vous accusez de cette apostasie non seulement M. de Saint-Gyran* et M. Arnauld,mais aussi la mère Agnès sa sœur, et toutes les religieuses de ce monastère, dont vous dites, p. 96, Que leur foi est aussi suspecte touchant VEucharistie qwi celle de M» Arnauld , lequel vous soutenez, p. 4, être effectivement calviniste ! Je demande là-dessus à tout le monde s'il y â dans l'Église

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