Ne serait-ce pas
SEIZIÈME LËTTKE 183
et que, par exemple, le sacrifice d'un cœur contrit et humilié est le plus agréable aux yeux dfi Dieu ; parce qu'en ces discours on ne pense qu'à comparer quelques vertus intérieures les unes aux autres, et non pas au sacrifice de la messe , qui est d'un ordre tout différent et infiniment plus relevé? N'êtes-vous donc pas ridicules, mes Pères? et faut-il, pour achever de vous confondre, que je vous représente les termes de cette même lettre où M. de Saint-Gyi»an parle du sacrifice de la messe comme du plus excellent de tous, en disant : Qu^on offre à Dieu tous les jours et en tous lieux le sacrificrs du corps de son Fils, qui n'a point trouvé de PLUS EXCELLENT MOYEN quc cclui-là pour honorer son Père ? Et ensuite : Que Jésus-Christ nous a obligés de prendre en mourant son corps sacrifié^ pour rendre plus agréable à Dieu le sacrifice du nôtre ^ et pour se joindre à nous lorsque nous piourons^ afin de nous fortifier, en sanctifiant par sa présence le dernier sacri^ fice que nous faisons à Dieu de notre vie et de notre corps? Dissimulez tout cela, mes Pères, et ne laissez pas de dire qu'il détournait de communier à la mort, comme vous faites, page 33, et qu'il ne croyait pas le sacrifice de la messe ; car rien n'est trop hardi pour des calomniateurs de profession.
Yotre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre calviniste feu M. de Saint-Gyran, à qui vous attribuez le livre de Petrus Aurelius , vous vous servez d'un passage où Aurelius explique, page 89, de quelle manière l'Église se conduit à l'égard des prêtres, et même des évêques qu'elle veut déposer ou dégrader. L'Église f dit-il, "ne pouvant pas leur ôter la puissance de l'ordre, parce que le caractère est ineffaçable, elle fait ce qui est en elle ; elle ôte de sa mémoire ce caractère, qu'elle ne peut ôter de l'âme de ceux qui l'ont reçu ;
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par toute la tçrre ; voilà la pratique universelle que vous y avez introduite et que vous y voulez maintenir. H nimporte que les tables de Jésus-Christ soient remplies d'abominations, pourvu que vos églises soient pleines de monde. Rendez donc ceux qui s'y opposent hérétiques sur le. saint Sacrement : il le faut, à quelque prix que ce soit. Mais comment le pourrez-vous faire, après tant de témoignages invincibles qu'ils ont donnés de leur foi? N'avez- vous point de peur que je rapporte les quatre grandes preuves que vous donnez de leur hérésie? Vous le devriez, mes Pères, et je ne dois point vous en épargner la honte. Examinons donc la première.
M. de Saint'Cyran, dit le PèreMeynier, en consolant un de 8es amis sur la mort de sa mère^ tome 1, lettre 14, dit que le plus agréable sacrifice qu'on puisse offrir à Dieu dans ces rencontres est celui de la patience : donc il est calviniste. Cela est bien subtil, mes Pères, et je ne sais si personne en voit la raison. Apprenons-la donc de lui : Parce, dit ce grand controversiste, qu'il ne croit donc pas le sacrifice de la-messe. Car c'est ce* lui-là qui est le plus agréable à Dieu, de tous. Que Ton dise maintenant que les Jésuites ne savent pas raisonner* Ils le savent de telle sorte, qu'ils rendront hérétiques tels discours qu'ils voudront*, et môme l'Écriture sainte; car n'est-ce pas une hérésie* de dire, comme fait l'Ecclésiastique : // n'y a rien de pire que d'aimer l'argent, nihil est iniquius quam amare pecunlam; comme si les adultères, les homicides et l'idolâtrie n'étaient pas de plus grands crimes? Et à qui n'arrivet-il point de dire à toute heure des choses semblables ;
1. Hérétique tout ce qu'ils voudront, et même. S. Ne serait-ce pas.
et que, par exemple, le sacrifice d*im cœur contrit et humilié est le plus agréable aux yeux die Dieu ; parce qu'en ces discours on ne pense qu'à comparer quelques vertus intérieures les unes aux autres, et non pas au sacrifice de la messe , qui est d'un ordre tout différent et infiniment plus relevé? N'êtes-vous donc pas ridicules, mes Pères? et faut-il, pour achever de vous confondre, que je vous représente les termes de cette même lettre où M. de Saint-Gyran parle du sacrifice de la messe comme du plus excellent de tous, en disant : Qu^on offre à Dieu tous les jours et en tous lieux le sacrifiais du corps de son Fils, qui n'a point trouvé de PLUS EXCELLENT MOYEN que cclui-là pour konorer son Père ? Et ensuite : Que Jésus-Christ nous a obligés de prendre en mourant son corps sacrifié, pour rendre plus agréable à Dieu le sacrifice du nôtre ^ et pour se joindre à nous lorsque nous piourons, afin de nous fortifier, en sanctifiant par sa présence le dernier sacri* fice que nous faisons à Dieu de notre vie et de notre corps? Dissimulez tout cela, mes Pères, et ne laissez pas de dire qu'il détournait de communier à la mort, comme vous faites, page 33, et qu'il ne croyait pas le sacrifice de la messe ; car rien n'est trop hardi pour des calomniateurs de profession.
Votre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre calviniste feu M. de Saint-Gyran, à qui vous attribuez le livre de Petrus Aurelius , vous vous servez d'un passage où Aurelius explique, page 89, de quelle manière l'Église se conduit à l'égard des prêtres, et même des évêques qu'elle veut déposer ou dégrader. U Eglise, dit-il^ ne pouvant pa^ leur ôter la puissance de l'ordre^ parce que le caractère est ineffaçable, elle fait ce qui est en elle ; elle été de sa mémoire ce caractère, qu'elle ne peut ôter de l'âme de ceux qui l'ont reçu ;
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elle les considère comme s'ils n'étaient plus prêtres ou évéques : de sorte que, selon le langage ordinaire de V Église, on peut dire qu'ils ne le sont plus, quoiqu'ils le soient toujours quant au caractère : oh indelebilitatem ckaracteris. Vous voyez, mes Pères, que cet auteur, approuvé par trois assemblées générales du clergé de France , dit clairement que le caractère de la prêtrise est ineffaçable, et cependant vous lui faites dire tout au contraire, en ce lieu même, que le caractère de la prêtrise n'est pas ineffaçable. Voilà une insigne calomnie, c'est-à-dire, selon vous, un petit péché véniel. Car ce livre vous avait fait tort, ayanl réfuté les hérésies de vos confrères d'Angleterre touchant Tautorité épiscopale. Mais voici une insigne extravagance et un gros péché mortel contre la raison' : c'est qu'ayant faussement supposé que M. de Saint-Gyran tient que ce caractère est effaçable, vous en concluez qu'il ne croit donc pas la présence réelle de Jésus-Christ dans TEucharistie.
N'attendez pas que je vous réponde là-dessus, mes Pères. Si vous n'avez pas* de sens commun, je ne puis pas vous en donner. Tous ceux qui en ont se moqueront assez de vous, aussi bien que de votre troisième preuve, qui est fondée sur ces paroles de la/Véy. Com,, 3* p., ch. 11 : Que Dieu nous donne dans V Eucharistie LA MÊME VIANDE qu'ttux saints dans le ciel, sans qu'il y ait d'autre différence, sinon qu'ici il nous en été la vue et le goût sensible, réservant l'un et Vautre pour le ciel. En vérité, mes Pères, ces paroles expriment si naïvement le sens de l'Église , que j'oublie à toute heure par où vous vous y prenez pour en abuser.