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Que vous dites être encore en vie, et trop bon ami

SEIZIËME LETTRE 193

mes Pères; et par conséquent, si vous n'êtes vousmêmes sans religion, vous êtes obligés de déférer cet impie au roi et au parlement, pour le faire punir comme il le mériterait. Il faut parler , mes Pères : il faut le nommer, ou souffrir la confusion de n'être plus regardés que comme des menteurs indignes d'être jamais crus. C'est en cette manière que le bon Père Valérien nous a appris qu'il fallait mettre à la gêne et pousser à bout de tels imposteurs. Votre silence là-dessus sera une pleine et entière conviction de cette calomnie diabolique. Les plus aveugles de vos amis seront contraints d'avouer que ce ne sera point un effet de votre vertu, mais de votre impuissance ; et d'admirer que vous ayez été si méchants que de l'étendre jusques aux religieuses de Port-Royal ; et de dire , comme vous faites p. 14, que le Chapelet secret du saint Sacrement , composé par l'une d'elles, a été le premier fruit de cette conspiration contre Jésus-Christ ; et dans la p. 95 , qu'on leur a inspiré toutes les détestables maximes de cet écrite qui est, selon vous, une instruction rfe déisme. On a déjà ruiné invinciblement vos impostures sur cet écrit, dans la Défense delà censure de feu M. l'archevêque de Paris contre votre Père Brisacier. Vous n'avez rien à y repartir , et vous ne laissez pas d'en abuser encore d'une manière plus honteuse que jamais pour attribuer à des filles d'une piété connue de tout le monde le comble de l'impiété. Cruels et lâches persécuteurs, faut-il donc que les cloîtres les plus retirés ne soient pas des asiles contre vos calomnies I Pendant que ces saintes vierges adorent nuit et jour Jésus-Christ au saint Sacrement, selon leurinstitution^ vousne cessez nuit et jour de publier qu'elles ne croient pas qu'il soit ni dans l'Eucharistie, ni même à la droite de son Père, et vous les retranchez publiquement de l'Église^ pen-

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dant qu'elles prient dans le secret pour vous et pour toute rÉglise. Vous calomniez celles qui n*ont point d'oreilles pour vous ouïr, ni de bouche pour vous répondre. Mais Jésus-Christ, en qui elles sont cachées pour ne paraître qu'un jour avec lui, voUs écoute et répond pour elles. On Tentend aujourd'hui, cette voix sainte et terrible, qui étonne la nature et qui console l'Église. Et je crains, mes Pères,^ que ceux qui endurcissent leurs cœurs et qui refusent avec opiniâtreté de l'ouïr quand il parle en Dieu, ne soient forcés de l'ouïr avec effroi quand il leur parlera en juge.

Car, enfin, mes Pères, quel compte lui pourrez-vous rendre de tant de calomnies, lorsqu'il les examinera, non sur les fantaisies de vos Pères Dicastillus, Gans et Penalossa, mais sur les règles de sa vérité éternelle et sur les saintes ordonnances de son Église, qui, bien loin d'excuser ce crime, l'abhorre tellement, qu'elle l'a puni de même qu'un homicide volontaire ? Car elle a différé aux calomniateurs, aussi bien qu'aux meurtriers, la communion jusques à la mort, par le premier et second concile d'Arles. Le concile de Latran a jugé indignes de l'état ecclésiastique ceux qui en ont été convaincus, quoiqu'ils s'en fussent corrigés. Les papes ont môme menacé ceux qui auraient calomnié des évoques, des prêtres, ou des diacres, de ne leur point donner la communion à la mort. Et les auteurs d'un écrit diffamatoire, qui ne peuvent prouver ce qu'ils ont avancé, sont condamnés par le pape Adrien à être fouettés, mes Révérends Pères, flagellentur: tant l'Église a toujours été éloignée des erreurs de votre Société, si corrompue qu'elle excuse d'aussi grands crimes que la calomjiie, pour les commettre elle-même avec plus de hberté.

Certainement, mes Pères, vous seriez capables de produire parla beaucoup de maux, si Dieu n'avait per-

mis que vous ayez fourni vous-mêmes les moyens de les empêcher et de rendre toutes vos iimpostures sans effet. Car il ne faut que publier cette étrange maxime qui les exempte de crime, pour vous ôter toute créance. La calomnie est inutile, si elle n'est jointe à une grande réputation de sincérité. Un médisant ne peut réussir, s'il n'est en estime d'abhorrer la médisance, comme un crime dont il est incapable. Et ainsi, mes Pères, votre propre principe vous trahit. Vous l'avez établi pour assurer votre conscience. Car vous vouliez médire sans être damnés, et être de ces saints et pieux calomniateurs dont parle saint Athahase. Vous avez donc embrassé, pour vous sauver de l'enfer, cette maxime qui vous en sauve sur la foi de vos docteurs; mais cette maxime même, qui vous garantit, selon eux, des maux que vous craignez en l'autre vie, vous ôte en celle-ci l'utilité que vous en espériez : de sorte qu'en pensant éviter le vice de la médisance, vous en avez perdu le fruit : tant le mal est contraire à soi-même, et tant il s'embarrasse et se détruit par sa propre malice.

Vous calomnieriez donc plus utilement pour vous en faisant profession de dire avec saint Paul que les simples médisants, maledici, sont indignes de voir Dieu, puisqu'au moins vos médisances en seraient plutôt crues ; quoiqu'à la vérité vous vous condamneriez vousmêmes; mais en disant, comme vous faites, que la calomnie contre vos ennemis n'est pas un crime, vos médisances ne seront point crues, et vous ne laisserez pas de vous damner. Car il est certain, mes Pères, et que vos auteurs graves n'anéantiront pas la justice de Dieu, et que vous ne pouviez donner une preuve plus certaine que vous n'êtes pas dans la vérité, qu'en recourant* au mensonge. Si la vérité était pour vous, elle combattrait pour vous, elle vaincrait pour vous; et,

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quelques eiuiouiis que vous eussiez, la Vérité vous en délivrerait^ selon sa promesse. Vous n'avez recours au mensonge que pour soutenir les erreurs dont vous flattez les pécheurs du monde, et pour appuyer les calomnies dont vous opprimez les personnes de piété qui s'y opposent. La vérité étant contraire à vos fins, il a fallu mettre votre confiance au mensonge , comme dit un prophète. Vous avez dit : Les malheurs qui affligent les hommes ne viendront pas jusques à nous; car nous avons espéré au mensonge y et le mensonge nous protége7'a. Mais que leur répond le prophète ? D'autant , dit-il, que vous avez mis votre espérance en la calomnie et au tumulte, sper astis in calumnia et in tumultu, cette ini^ quité vous sera imputée, et votre ruine sera semblable à celle d'une haute muraille qui tombe d'une chute imprévue j et à celle d'un vaisseau de terre qu'on brise et qu'on écrase en toutes ses parties, par un effort si puissant et si universel, qu'il n'en restera pas un têt où l'on puisse puiser un peu d'eau * ou porter un peu de feu; parce que (comme dit un autre prophète) vous avez affligé le cœur du juste, que je n'ai point affligé moimême, et vous avez flatté et fortifié la malice des impies. Je retirerai donc mon peuple de vos mains , et je ferai connaître que je suis leur Seigneur et le vôtre.

Oui, mes Pères, il faut espérer que, si vous ne changez d*esprit, Dieu retirera de vos mains ceux que vou:$ trompez depuis si longtemps, soit en les laissant dans leurs désordres par votre mauvaise conduite, soit en les empoisonnant par vos médisances. Il fera conce voir auK uns que les fausses règles de vos casuisles ne les mettront point à couvert de sa colère ; et il imprimera dans l'esprit des autres lajustecrainte de se perdre

i. Avec lequel on puisse.

eu VOUS écoutant, et en donnant créance' à vos impostures ; comme vous vous perdez vous-mêmes en les inventant et en les semant dans le monde. Car il ne s\ faut pas tromper : on ne se moque point de Dieu, et on ne viole point impunément le <;omraanderaent qu'il nous a fait dans l'Évangile, de ne point condamner notre prochain sans être bien assuré qu'il est coupable. Et ainsi, quelque profession de piété que fassent ceux qui se rendent faciles à recevoir vos mensonges, et sous quelque prétexte de dévotion qu'ils le fassent, ils doivent appréhender d'être exclus du royaume de Dieu pour ce seul crime , d'avoir imputé d'aussi grands crimes que l'hérésie et le schisme à des prêtres catholiques et à des religieuses *, sans autre preuves que des impostures aussi grossières que les vôtres. Le démon^ dit M. de Genève, est sur la langue de celui qui médit ^ et dans l'oreille de celui qui Vécouie, Et la médisance^ dit saint Bernard, cant. 24', est un poison qui éteint la charité en Vun et en Vautre. De sorte qu'une seule calomnie peut être- mortelle à une infinité d'âmes, puisqu'elle tue non seulement ceux qui la publient y mais encore tous ceux qui ne la rejettent pas.

Mes révérends Pères, mes Lettres n'avaient pas accoutumé de se suivre de si près, ni d'être si étendues. Le peu de temps' que >'ai eu a été cause de l'un et de l'autre. Je n'ai fait celle-ci plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir d<j la faire plus courte. La raison qui m'a obligé de me hâter vous est mieux connue qu'à moi. Vos réponses vous réussissaient mal. Vous avez bien fait de changer de méthode ; mais je ne sais si vous avez bien choisi, et si le monde ne dira pas que vous avez eu peur des Bénédictins.

Je viens d'apprendre que celui que tout le monde faisait auteur de vos apologies les désavoue , et se fâche qu'on les lui

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