‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 60 sur 99 · AU RÉVÉREND P. ANNAT, JÉSUITE · texte numérisé non relu

AU RÉVÉREND P. ANNAT, JÉSUITE

On fait voir, en lovant réqaivoquô da sens de Jansènios, qa*i) n*y a aucune hérésie dans rÉglise. — On montre , par le consentement unanime de tous les théologiens, et principalement des Jésuites, que Tautorité des papes et des conciles cscuméniques n*est point infaillible dans les quefrfâons de fait.

Du a3 janvier 162(7.

Mon révérend père.

Votre procédé m^avait fait croire que vous désiriez que nous demeurassions en repos de part et d'autre , et je lA'y étais disposé. Mais vous avez depuis produit tant d'écrits en peu de temps ^ qu'il parait bien qu'une paix n'est guère assurée quand elle dépend du silence des Jésuites. Je ne sais si cette rupture vous sera fort avantageuse; mais, pour moi, je ne suis pas fâché qu'elle me donne le moyen de détruire ce reproche ordinaire d'hérésie dont vous remplissez tous vos livres.

Il est temps que j'arrête, une fois pour toutes, cette hardiesse que* vous preni.ez de me traiter d'hérétique , qui s'augmente tous les jours. Vous le faites, dans ce livre que vous venez de publier, d'une manière qui ne se peut plus souffrir, et qui me rendrait enfin suspect, . si je ne vous y répondais oomiâe le mérite un reproche de cette nature. J'avais méprisé cette injure dans les écrits ée vos confrères, aussi bien qu'une infinité d'autres qu'ils y mêlent indifféremment. Ma quinzième Lettre y avait assez répondu ; mais vous en parlez maintenant d'un autre air, vous en faites sérieusement le

capital de votre défense; c'est presque la seule chose que vous y employez. Car vous dites que, a pour toute « réponse à mes quinze Lettres^ il suffit de dire quinze « fois que je suis hérétique; et qu'étant déclaré tel, je c<ne mérite aucune créance. » Enfin, vous ne mettez pas mon apostasie en question, et vous la supposez comme un principe ferme ^ sur lequel vous bâtissez hardiment. C'est donc tout de bon, mon père^ que vous me traitez d'hérétique; et c'est aussi tout de bon que je vous y vas répondre.

Vous savez bien, mon père, que cette accusation est si importante, que c'est une témérité insupportable de l'avancer, si on n'a pas de quoi la prouver. Je vous demande quelles preuves vous en avez. Quand m'a-iron vu k Charenton? Quand ai-je manqué à la messe et aux devoirs des chrétiens à leur paroisse? Quand ai-je fait quelque action d'union avec les hérétiques, ou de schisme avec l'Église? Quel concile ai-je contredit? Quelle constitution de pape ai-je violée? Il faut répondre, mon père, ou... Vous m'entendez bien. Et que répondez-vous? Je prie tout le monde de l'observer. Vous supposez premièrement qu^ a celui qui écrit les I^ettres est <t de Port-Royal. » Vous dites ensuite que <^ le Port-Royal « est déclaré hérétique; » d'où vous concluez que «celui « qui écrit les Lettres est déclaré hérétique. » Ce n'est donc pas sur moi, mon père, que tombe le fort de cette accusation, mais sur le Port-Royal; et vous ne m'en chargez que parce, que vous supposez que j'en suis. Ainsi, je n'aurai pas grand'peine à m'ea défendre, puisque j^ n'ai qu'à vous dire que je n'en suis pas , et à vous renvoyer à mes Lettres, où j'ai dit a qvm je suis « seul, » et en propres termes, que « je ne suis point de « Port-Royal, » con^me j'ai fait dans la seizième, qui a précédé votre livre.

MONTALTS JUSTIFIÉ. 317

Prouvez donc d'une autre manière que je suisJiéré*tique ^ ou tout le monde reconnaîtra voire impuissance. Prouvez par mes écrits que je ne reçois pas la constitution. Ils ne sont pas en si grand nombre; il n'y a que seize Lettres à examiner, où je vous défie^ et vous et toute la terre, d'en produire la moindre marque. Mais je vous y ferai bien voir le contraire. Car quand j'ai dit, par eremple, dans la quatorzième, « qu'en tuant, selon « vos maximes, ses frères en péché mortel, on damne « ceux pour qui Jésus-Christ est mort, )> n'ai-je pas visiblement reconnu que Jésus-Christ est mort pour ces damnés, et qu'ainsi il est faux « qu'il ne soit niort que a pour les seuls prédestinés, » ce qui est condamné dans la cinquième proposition? U est donc sûr, mon père, que je n'ai rien dit pour soutenir ces propositions impies , que je déteste de tout mon cœur. Et quand le Port-Royal les tiendrait, je vous déclare que vous n'en pouvez rien conclure contre moi, parce que, grâces à Dieu, je n'ai d'attache sur la terre qu'à la seule Église catholique, apostolique et romaine, dans laquelle je veux vivre et mourir, et dans la communion avec le pape son souverain chef, hors de laquelle je suis trèspersuadé qu'il n'y a point de salut.

Que ferez-vous à une personne qui parle de cette sorte, et par où m'attaquerez-vous, puisque ni mes discours ni mes écrits ne donnent aucun prétexte à vos accusations d'hérésie, et que je trouve ma sûreté contre vos menaces dans l'obscurité qui me couvre? Vous vous sentez frappés par une main invisible, qui rend vos égarements visibles à toute la terre; et vous essayez en vain de m'attaquer en la personne de ceux auxquels vous me croyez uni. Je ne vous crains ni pour moi ni pour aucun autre , n'étant attaché ni à quelque communauté ni à quelque particulier que ce soit. Tout le cré-

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dit que vous pouvez avoir est inutile à mon égard. Je n'espère rien du inonde , je n'en appréhende rien , je n'en veux rien ; je n'ai besoin , par la grâce de Dieu , ni du bien ni de l'autorité de personne. Ainsi ^ mon père^ j'échappe à toutes vos prises. Vous ne me sauriezprendre^ de quelque c6té que vous le tentiez. Vous pouvez bien toucher le Port-Royal , mais non pas moi. On a bien délogé des gens de Sorbonne^ mais cela ne me déloge pas de chez moi. Vous pouvez bien préparer des violences contre des prêtres et des docteurs , mais non pas contre moi^ qui n'ai point ces qualités. Et ainsi peutrètre n'eûtes-vous jamais affaire à une personne qui fût si hors de vos atteintes et si propre à combattre vos erreurs y étant libre ^ sans engagement y sans attachement , sans liaison, sans relation, sans affaires; assez instruit de vos maximes, et bien résolu de les pousser autant que je croirai que Dieu m'y engagera, sans qu'aucune considération humaine puisse arrêter ni ralentir mes poursuites.

A quoi vous sert-il donc, mon père, lorsque vous ne pouvez rien contre /noi, de publier tant de calomnies contre des personnes qui jie sont point mêlées dans nos différends, comme font tous vos pères? Vous n'échapperez pas pu" ces fuites, vous sentirez la force de la vérité que je vous oppose. Je vous dis que vous anéantissez la morale chrétienne en la séparant de Tamour de Dieu, dont vous dispensez les hommes; et votis me parlez de la mort du père MesUr, que je n'ai vu de ma vie« Je vous dis que vos auteurs permettent de tuer pour une pomme, quand il est honteux de la laisser perdre; et vous me dites qu'on a ouvert un ironc à SainU-TUerry. Que voulez-vous dire de même, de me prendre tous les jours à partie sur le livre de la Sainte Virginité ^ fait par un père de l'Oratoire que je ne

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