‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 38 sur 95 · DES RESTRICTIONS MENTALES · texte numérisé non relu

DES RESTRICTIONS MENTALES

€ pareille, sans que les paroles dont on se sert aient f aucun sens qui le puisse faire connaître. Et cela est f fort commode en beaucoup de rencontres, et est tou- € jours très-juste quand cela est nécessaire ou utile € pour la santé, l’honneur, ou le bien. »

Comment! mon père, et n’est-ce pas là un mensonge , et même un parjure? Non , dit le père : Sanchez le prouve au même lieu , et notre père Filiutius aussi, tr. 25, ch. 11, n. 331 ; parce, dit-il , que c est a l’intention qui règle la qualité de l’action. * Et il y donne encore, n. 328, un autre moyen plus sûr d’éviter le mensonge. C’est qu’après avoir dit tout haut, Je jure que je n ai point fait cela, on ajoute tout bas, aujourd* hui ; ou qu’après avoir dit tout haut, Je jure, on dise tout bas , que je dis; et que l’on continue ensuite tout haut, que je nai point fait cela. Vous voyez bien que c’cst dire la vérité. Je l’avoue, lui dis-je; mais nous trouverions peut-être que c’est dire la vérité toul bas , et un mensonge tout haut : outre que je craindrais que bien des gens n’eussent pas assez de présence d esprit pour se servir de ces méthodes. Nos pères, dit-il, ont enseigné au même lieu , en faveur de ceux qui ne sauraient pas user de ces restrictions, qu’il leur suffit pour ne point mentir, de dire simplement qu’iïs n'ont point fait ce qu’ils ont fait, « pourvu € qu’ils aient en général l’intention de donner à leurs € discours le sens qu’un habile homme y donnerait » Dites la vérité : il vous est arrivé bien des fois d’être embarrassé, manque de cette connaissance? Quelquefois, lui dis-je. Et n’avouerez-vous pas de même, continua-t-il . qu’il serait souvent bien commode d’être dispensé en conscience de tenir de certaines paroles

NEUVlfcMK LETTRE, qu’on donne? Ce serait, lui dis-je, mon père, la plus grande commodité du monde. Écoutez donc Escobar au ti. .3, ex. 3 , n. 48, où il donne cette règle générale : « Les promesses n’obligent point, quand on < n’a point intention de s’obliger en les faisant. Or il « n’arrive guère qu’on ait cette intention, à moins que t î’on les confirme par serment ou par contrat, de t sorte que quand on dit simplement: Je le ferai, on * entend qu’on le fera si on ne change de volonté ; car » on ne veut pas se priver par là de sa liberté. » Il en donne d’autres que vous y pouvez voir vous-même; et il dit à la fin que « tout cela est pris de Molina et de € nos autres auteurs : Omniaÿx Molina et aliis. » Et ainsi on n’en peut pas douter.

O mon père! lui dis-je, je ne savais pas que la direction d’intention eût la force de rendre les promesses nulles. Vous voyez, dit le père, que voilà une grande facilité pour le commerce du monde. Mais ce qui nous a donné le plus de peine a été de régler les conversations entre les hommes et les femmes : car nos pères sont plus réservés sur ce qui regarde la chasteté. Ce n’est pas qu’ils ne traitent dès questions assez curieuses et assez indulgentes, et principalement pour les personnes mariées ou fiancées. J’appris sur cela les questions les plus extraordinaires qu’on puisse s’imaginer. Il m’en donna de quoi remplir plusieurs lettres : mais je ne veqx pas seulement en marquer les citations , parce que vous faites voir mes lettres à toiites sortes de personnes; et je ne voudrais pas donner l’occasion de cette lecture à ceux qui n’y chercheraient que leur divertissement.

La seule chose que je puisse vous marquer de ce

Page 1