DU SACREMENT DE PÉNITENCE
grand nombre de choses permises qui passaient autrefois pour défendues ; mais parce qu’il reste encore des péchés qu’on n’a pu excuser, et que l’unique renède en est la confession , il a été bien nécessaire i’en adoucir les difficultés par les voies que j’ai maintenant à vous dire. Et ainsi , après vous avoir montré dans toutes nos conversations précédentes comment on a soulagé les scrupules qui troublaient les consciences, en faisant voir que ce qu’on croyait mauvais ne l’est pas, il reste à vous montrer en celle-ci la manière d’expier facilement ce qui est véritablement péché, en rendant la confession aussi aisée quelle était difficile autrefois. Et par quel moyen, mon père? C’est, dit-il, par ces subtilités admirables qui sont propres à notre compagnie, et que nos pères de Flandre appellent, dans l’Image de notre premier siècle, 1. 3, or. 4, p. 401, etl. 1, c. 2, de « pieuses f et saintes finesses , > et un « saint artifice de dévo- € tion : piam et religiosam calliditatem , et pietatis € solertiam, i au 1. 3, c. 8. C’est par le moyen de ces inventions que « les crimes s’expient aujourd’hui alor € crius, avec plus d’allégresse et d’ardeur qu’ils ne € se commettaient autrefois; en sorte que plusieurs € personnes effacent leurs taches aussi promptement c qu’ils les contractent : plurimi vix citius maculas € contrahunt, quam eluunt, > comme il est dit au même lieu. Apprenez-moi donc, je vous prie, mon père, ces finesses si salutaires. Il y en a plusieurs, me dit-il ; car, comme il se trouve beaucoup de choses pénibles dans la confession, on a apporté des adoucissements à chacune. Et parce que les principales peines qui s’y rencontrent sont la honte de confesser
IG
DIXIÈME LET'inE.
de certains péchés , le soin d’en exprimer les circonstances, la pénitence qu’il en faut faire , la résolution de n’y plus tomber, la fuite des occasions prochaines qui y engagent, et le regret de les avoir commis, j’espère vous montrer aujourd’hui qu’il ne reste presque rien de fâcheux eu tout cela , tant on a eu soin d’ôter toute l’amertume et toute l’aigreur d’un remède si nécessaire.
Car, pour commencer par la peine qu’on a de confesser de certains péchés , comme vous n’ignorez pas qu’il est souvent assez important de se conserver dans l’estime de son confesseur, n’est-ce pas une chose bien commode de permettre, comme font nos pères, et entre autres Escobar, qui cite encore Suarez, tr. 7, a. 4, n. t35, d’avoir < deux confesseurs, l’un pour les
• péchés mortels, et l’autre pour les véniels, afin « de se maintenir en bonne réputation auprès de
* son confesseur ordinaire, uti bonam famam apud t ordinarium tueatur, pourvu qu’on ne prenne pas « de là occasion de demeurer dans le péché mortel ? > Et il donne ensuite un autre subtil moyen pour se confesser d’un péché , même à son confesseur ordinaire, sans qu’on s’aperçoive qu’on l’a commis depuis la dernière confession. « C’est, dit-il, de faire une confession générale, et de confondre ce dernier péché « avec les autres dont on s’accuse en gros. » Il dit encore la même chose, in Princ., ex. 2, n. 73. Et vous avouerez , je m’assure , que cette décision du père Bauny, Théol. mor. , tr. 4, q. 15, p. 137, soulage encore bien la honte qu’on a de confesser ses rechutes : * Que, hors de certaines occasions, qui f n’arrivent que rarement, le wnfesseur n’a pas droit