AVIS SUR CETTE ÉDITION
Lés travaux dont Técole des écrivains jansénistes , et Pascal » le plus illustre représentant de cette école, ont été Tobjet dans ces dernières années, imposent aux éditeurs des Provinciales des obligations nouvelles. Les éditions qui ont paru jusqu'à ce jour, et dans le nombre il en est de très-estimables, sont accompagnées exclusivement de commentaires théologiques , ou de commentaires littéraires. Mais l'interprétation théologique n'ajoute presque rien aujourd'hui k Fintérét du livre , et l'interprétation littéraire est insuffisante. Nous avens donc pensé qu'on pouvait , à côté des précédents éditeurs , tenter quelque chose de nouveau. Voici ce que nous avons tenté :
Nous nous sommes dit : la querelle du jansénisme n'occupe dans la plupart de nos livres historiques usuels qu'une place restreinte. Pour se former une opinion sur cette Icyigue controverse à la fois cléricale et mondaine, littéraire et politique, il faut lire beaucoup , mais le temps manque , ou la patience ; et pourtant on ne peut guère séparer de la lecture et de l'étude du livre de Pascal la connaissance, au moins sommaire, des débats jansénistes. Or, pour donner, autant qu'il était en nous , cette connaissance aux lecteurs qui n'ont point ou le loisir ou la curiosité des recherches, nous avons placé en tête de ce volume un Précis historique qui part de Jansénius pour arriver à Pascal , et finir au diacre Paris.
On trouvera dans ce Précis, comme prolégomènes explicatifs aux Provinciales, un résumé de l'histoire de l'école janséniste, etdans ce résumé, comme commentaire aux Provinciales elles-mêmes, l'historique de leur publication. Si nous avons poussé la témérité jusqu'à faire figurer notre prose très-humble et très-indigne sous la couverture qui abrite les pages de Pascal , c'est que nous avons chercha avant tout l'utilité du lecteur; et comme nous n'aurons qu'à souffrir de ce voisinage, le public voudra bien nous accorder quelque indulgence.
Les notes qui accompagnent le texte ne sont point proaiguees,
mais elles soui instructives; el il suffit d*un mot pour justifier cet éloge , nous les avons empruntées la plupart au Port-Royal de M. Sainte-Beuve. C'est un livre qui touche de trop près , et par trop de côtés , aux Provinciales pour pouvoir en être séparé. Joseph de Maistre, M. Villemain, M. J. J. Ampère, nous ont aussi fourni quelques annotations. Notre rôle d'éditeur, dans «oute celte partie du travail , s'est borné k choisir et à transcrire.
Le texte des Provinciales étant fixé depuis longtemps , nous >i'avons eu qu'à indiquer quelques rares variantes qui forment la différence de l'édition princeps, celle de 1657 , aux éditions subséquentes.
Nous n'avons point reproduit les pièces diverses , teiles que censures, condamnations, mandements des évoques, propositions extraites des casuistes, etc., etc., qui , dans quelques éditions , se trouvent jointes aux Provinciales. Nous avons pensé qu'il était inutile d'éditer ce qu'on ne lisait plus , et nous nous sommes borné , pour toute cette partie , à quelques renvois indicatifs ; les notes elles-mêmes , d'ailleurs , en disent autant que ics pièces.
Trois lettres qui se trouvent le plus souvent mêlées aux lettres de Pascal , et auxquelles il est étranger , ont été placées comme appendice à la fin du volume , un livre tel que les Provinciales ne pouvant que perdre k des interpolations semblables, lors même qu'elles ont directement trait k la polémique engagée.
Nous ne donnons ici aucune biographie de Pascal, attendu que cette biographie, écrite par Mn*e Périer, sœur de l'auteur des Provinciales • se trouve déjà dans cette collection , eu tête des Pensées.
Un éminent écrivain a dit Justement que le xviie siècle était comme une seconde antiquité, et qu'on devait, en publiant les auteurs de celte grande époque , les entourer des mêmes respects , de la même attention que les classiques de l'antiquité grecque ou romaine. C'est en nous pénétrant de cette p2nsée que Aous avons donné nos soins à ce volume.
LE JANSENISME