‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 21 sur 83 · POUR LE BIEN TEMPOREL · texte numérisé non relu

POUR LE BIEN TEMPOREL

me, il la soumette aux lecteurs prudents. Et Caramuei, notre illustre défenseur, qui la rapporte dans sa Théologie fondamentale, p. 543, la croit si certaine, qu'il soutient que t le contraire n'est pas probable ; » et il en tire des conclusions admirables, comme celle-ci, qu'il appelle « la conclusion des conclusions, conf clusionum conclusio : Qu'un prêtre non-seulement f peut, en de certaines rencontres, tuer un calomnia- € teur, mais encore qu'il y en a où il le doit faire : € etiam aliqiiando débet occidere. » Il examine plusieurs questions nouvelles sur ce principe ; par exemple, celle-ci : savoir si les jésuites peuvent tuer les jansénistes? Voilà, mon père, m'écriai-je, un point de théologie bien surprenant I et je tiens les jansénistes déjà morts par la doctrine du père Lamy. Vous voilà attrapé, dit le père : Caramuel conclut le contraire des mêmes principes. Et comment cela , mon père? Parce , me dit-il , qu'ils ne nuisent pas à notre k réputation. Voici ses mots, n. 4146 et 1147, p. 547 et 548 : c Les jansénistes appellent les jésuites péla- € giens; pourra-t-on les tuer pour cela? Non , d'auc tant que les jansénistes n'obscurcissent non plus c Téclat de la société qu'un hibou celui du soleil ; au c contraire, ils l'ont relevée, quoique contre leur in- « tention : occidi nonpossunt, quia nocere non po- « tuerunt. »

Hé quoi ! mon père , la vie des jansénistes dépend \ donc seulement de savoir s'ils nuisent à votre réputa- i tion? Je les tiens peu en sûreté, si cela est. Car s'il \ devient tant soit peu probable qu'ils vous fassent tort, les voilà tuables sans difficulté. Vous en ferez un argument en forme ; et il n'en faut pas davantage, avec

«ne direction d'iatention, pour expédier un homme en sûreté de conscience. 0 qu'heureux sont les gens qui ne veulent pas souffrir les injures d'être instruits en cette doctrine I mais que malheureux sont ceux qui les offensent I En vérité, mon père, il vaudrait autant avoir affaii^ à des gens qui n'ont point de religion , qu'à ceux qui en sont instruits jusqu'à cette di- Irectiou; car enfin Tintention de celui qui blesse ne soulage point celui qui est blessé : il ne s'aperçoit point de cette direction secrète, et il ne sent que celle du coup qu'on lui porte. Et je ne sais même si on n'aurait pas moins de dépit de se voir tuer brutalement par des gens emportés, que de se sentir poignarder consciencieusement par des gens dévots.

Tout de bon , mon père , je suis un peu surpris de out ceci ; et ces questions du père Lamy et de Caramuei ne me plaisent point. Pourquoi? dit le père : ête^-vous janséniste? J'en ai une autre raison, lui dis-je. C'est que j'écris de temps en temps h un de mes amis de la campagne ce que j'apprends des maximes de vos pères. Et quoique je ne fasse que rapporter simplement et citer fidèlement leurs paroles , je ne sais néanmoins s'il ne se pourrait pas rencontrer quelque esprit bizarre qirt , s'imaginant que cela vous fait tort, ne tirât (1) de vos principes quelque méchante conclusion. Allez, me dit le père, il ne vous en arrivera point de mal , j'en suis garant. Sachez que ce que nos pères ont imprimé eux-mêmes, et avec l'approbation de nos supérieurs, n'est ni mauvais, ni dangereux à publier.

(i) F'ar.VédhXonpri'nceps^tten'ântirdt, et ces petites taches, qui sont es signes de l'édition originale, dit M. Salnte^Bevve, ont disparu dans les m4* tantes*

Page 1