DE L*ÂMOUB DE DIEU
« probable qu'on n'y est pas obligé à la rigueur tous « les cinq ans. Et quand donc? Il le remet au juge- < ment des sages. » Je laissai passer tout ce badinage. où Tesprit de l'homme se joue si insolemment de Tamour de Dieu. Mais , poursuivit-il , notre père Antoine Sirmond , qui triomphe sur cette matière dans son admirable livre de la Défense de la vertu , où il parle français en France, comme il dit au lecteur, discourt ainsi au 2« tr., sect. 4, p. 42, 13, 14, etc. : t Saint c Thomas dit qu'on est obligé à aimer Dieu aussitôt € après l'usage de raison : c'est un peu bientôt. Scoc tus, chaque dimanche: sur quoi fondé? D'autres , c quand on est grièvement tenté : oui , en cas qu'il n'y c eût que cette voie de fuir la tentation. Sotus, quand f on reçoit un bienfait de Dieu : bon pour l'en remerf cier. D'autres, à la mort : c'est bien tard. Je ne crois € pas non plus que ce soit à chaque réception de quelf que sacrement : l'attrition y suffit avec la confession, f si on en a la commodité. Suarez dit qu'on y est obligé c en un temps : mais en quel temps? Il vous en fait f juge , et il n'en sait rien. Or ce que ce docteur n'a c pas su , je ne sais qui le sait. > Et il conclut enfin qu'on n'est obligé à autre chose, à la rigueur, qu'à observer les autres commandements , sans aucune affection pour Dieu , et sans que notre cœur soit à lui , pourvu qu'on ne le haïsse pas. C'est ce qu'il prouve en tout son second traité. Vous le verrez à chaque page, et entre autres, pages 16,19,24, 28, où il dit ces mots : f Dieu, en nous commandant de l'aimer, se contente i que nous lui obéissions en ses autres commande- < ments. Si Dieu eût dit : Je vous perdrai , quelque c obéissance que vous me rendiez , si de plus votre
€ cœur n'est à moi, ce motif, à voire avis, eût-il été € bien proportionné à la fin que Dieu a dû et a pu t avoir? 11 est donc dit que nous aimerons Dieu en f faisant sa volonté, comme si nous Taimions d'affec- « tion , comme si le motif de la charité nous y portait, f Si cela arrive réellement, encore mieux : sinon, nous € ne laisserons pas pourtant d'obéir en rigueur au € commandement d'amour, en ayant les œuvres , de f façon que (voyez la bonté de Dieu! ) il ne nous est f pas tant commandé de l'aimer que de ne le point haïr, > C'est ainsi que nos pères ont déchargé les hommes de l'obligation pénible d'aimer Dieu actuellement., Et cette doctrine est si avantageuse, que nos pères Annat, Pintereau , le Moine, et A. Sirraond même , l'ont défendue vigoureusement quand on a voulu la combattre. Vous n'avez qu'à le voir dans leurs Réponses à la Théologie morale ; et celle du père Pintereau en la 2^ partie de l'abbé de Boisic , p. 53, vous fera juger de la valeur de cette dispense par le prix qu'il dit qu'elle a coûté, qui est le sang de Jésus-Christ. C'est le couronnement de cette doctrine. Vous y verrez donc que cette dispense de l'obligation fâcheuse d'aimer Dieu est le privilège de la loi évangélique par-dessus la judaïque, t II a été raisonnable, dit -il, que, dans la loi de a grâce du Nouveau Testament , Dieu levât l'obliga- € tion lâcheuse et difficile , qui était en la loi de rit gueur, d'exercer un acte de parfaite contrition pour « être justifié; et qu'il instituât des sacrements pour « suppléer à son défaut , à l'aide d'une disposition plus f facile. Autrement, certes, les chrétiens , qui sont les « enfants , n'auraient pas maintenant plus de facilité € à se remettre aux bonnes grâces de leur père , que