‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 60 sur 83 · ÉCRITE AU RÉVÉREND P. ANNAT, JÉSUITE · texte numérisé non relu

ÉCRITE AU RÉVÉREND P. ANNAT, JÉSUITE

On fait voir, en levant l'équivoque du sens de Jansénius , qu'H n'y a aucune hérésie dans l'Église. — On montre, parle consentement unanime de tous les théologiens , et principalement des jésuites , que l'autorité des papes et des conciles œcuméniques n'est point infaillible dans les questions de fait.

Du 23 janvier 1CK7.

Mon révérend père ,

Votre procédé m'avait fait croire que vous désiriez que nous demeurassions en repos de part et d'autre ,

(1) Pendant que Pascal poursuivait la série de ses représailles sur la moraie

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et je m'y états disposé. Mais vous avez depuis pro duit tant d'écrits en peu de temps , qu'il paraît bien qu'une paix n'est guère assurée quand elle dépend du silence des jésuites. Je ne sais si cette rupture vous sera fort avantageuse ; mais , pour moi , je ne suis pas fâché qu'elle me donne le moyen de détruire ce reproche ordinaire d'hérésie dont vous remplissez tous vos livres.

Il est temps que j'arrête , une fois pour toutes , cette hardiesse que vous prenez de me traiter d'hérétique, qui s'augmente tous les jours. Vous le faites dans ce livre que vous venez de publier d'une manière qui ne se peut plus souffrir, et qui me rendrait enfin suspect, si je ne vous y répondais comme le mérite un reproche de cette nature. J'avais méprisé cette injure dans les écrits de vos confrères, aussi bien qu'une infinité d'autres qu'ils y mêlent indifféremment. Ma quinzième Lettre y avait assez répondu : mais vous en parlez maintenant d'un autre air ; vous en faites sérieusement le capital de votre défense, c*est presque la seule chose que vous y employez. Car vous dites que, « pour « toute réponse à mes quinze Lettres, il suffit de « dire quinze fois que je suis hérétique ; et qu'étant dé- « claré tel , je ne mérite aucune créance. » Enfin vous ne mettez pas mon apostasie en question , et vous la

des jésuites, il y eat des tentatives de réponse de la part de ceux-ci ; le père Annat avait fuit, entre autres , un petit écrit intitulé la Bonne foi des jansénistes ^ où, en rétablissant et en discutant quelques-uns des textes Incriminés par le terrible railleur, il renouvelait plus formellement contre le parti en masse Timputalion d'hérésie. Ce Alt dohc li lui nommément que Pascal adressa ses dix-septième et dix-huitième Provinciales ; elles sont, l'une du 23 janvier 4637, et l'autre du U mars, c'està-dire d'un an après le début et l'entrée en lice. Sainte-Beuve , Port-Boy al, t. III, pag. 40. — Voir, sur le père Annat, id.^ ibid. pag. 400.

FANTOME D'UNE NOUVELLE HÉRÉSIE. 3r>7>

supposez comme un principe ferme , sur lequel vous bâlissez hardiment. C'est donc tout de bon, mon père, que vous me traitez d'hérétique ; et c'est aussi tout de bon que je vous y vais répondre.

Vous savez bien, mon père, que celte accusation est si importante , que c'est une témérité insupportable de l'avancer, si on n'a pas de quoi la prouver. Je vous demande quelles preuves vous en avez. Quand m'a-t-on vu k Charenton? Quand ai-je manqué à la messe et aux devoirs des chrétiens à leur paroisse ? Quand ai-je fait quelque action d'union avec les hérétiques , ou de schisme avec l'Église? Quel concile ai-je contredit? Quelle constitution de pape ai-je violée?

Il faut répondre, mon père, ou Vous m'entendez

bien. Et que répondez-vous? Je prie tout le monde de l'observer. Vous supposez premièrement que « cea lui qui écrit les Lettres est de Port-Royal. » Vous dites ensuite que « le Port-Royal est déclaré héréti- « que ; » d'où vous concluez que « celui qui écrit les « Lettres est déclaré hérétique. » Ce n'est donc pas sur moi , mon père , que tombe le fort de cette accusation, mais sur le Port-Royal ; et vous ne m'en chargez que parce que vous supposez que j'en suis. Ainsi je n'aurai pas grand'peine à m'en défendre , puisque je n'ai qu'à vous dire que je n'en suis pas , et à vous renvoyer à mes Lettres , où j'ai dit c< que je suis seul , » et , en propres termes , que « je ne suis point de Port-Royal , » comme j'ai fait dans la seizième , qui a précédé votre livre.

. Prouvez donc d'une autre manière que je suis hérétique , ou tout le monde reconnaîtra voire impuissance. Prouvez par mes écrits que je ne reçois pas la consti-

tution. Ils ne sont pas en si grand nombre ; il n'y a qae seize Lettres à examiner, où je vous défie, et vous, et toute la terre, d'en produire la moindre marque. Mais je vous y ferai bien voir le contraire. Car, quand j'ai dit, par exemple, dans la quatorzième, a qu'en a tuant, selon vos maximes, ses frères en péché mora tel , on damne ceux pour qui Jésu&^hrist est mort, » n'ai-je pas visiblement reconnu que Jésus-Christ est mort pour ces damnés , et « qu'ainsi il est faux qu'il ft ne soit mort que pour les seuls prédestinés, » ce qui est condamné dans la cinquième proposition? Il est donc sûr, mon père, que je n'ai rien dit pour soutenir ces propositions impies, que je déteste de tout mon cœur. Et quand le Port- Royal les tiendrait, je vous déclare que vous n'en pouvez rien conclure contre moi , parce que , grâces à Dieu , je n'ai d'attache sur la terre qu'à la seule Église catholique, apostolique et romaine , dans laquelle je veux vivre et mourir, et dans la communion avec le pape son souverain chef, hors de laquelle je suis très-persuadé qu'il n'y a point de salut (1).

Que ferez-vous à une personne qui parle de cette sorte , et par où m'attaquerez-vous , puisque ni mes

(4) Dans le chapitre K, De l* Église gallicane, le comte de Maktre cite ce passage comme la profession de foi de Pascal; il dit, après voir cité : < Voilk Pascal « catholique et jouissant parfaitement de sa raison. » Puis il ajoute : c Écoutons ■ maintenant le sectaire, i et il rapporte immédiatement quelques passages empruntés aux Pensées^ pour mettre Pascal en contradiction avec lui-même, et montrer que sous l'humble apparence du chrétien, il cachait tout l'orgueil de l'hérétique. Il est curieux de conférer cette XVU^ Lettre avec le chapitre IX du livre i*' de l'Église gallicane, et le chapitre XIV du livre III de Port-Royal. On a de la sorte Pascal aux prises avec les .jésuites, de Maistre aux prises avec Pascal , et M. Sainte- Beuve aux prises avec de Maistre. Un duel entre de si vigoureux champions vaut bien que l'on s'y arrête.

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