IL N'Y A POINT D'HËRÉSIE DANS L'ÉGLISE
lement étonné de voir que vous Tignoriez, et que vous ayez si peu de connaissance de leurs sentiments sur ce sujet, qu'ils ont tant de fois déclarés dans leurs ouvrages. Je m'assure que si vous en étiez mieur informé, vous auriez du regret de ne vous être pas instruit avec un esprit de paix d'une doctrine si pure et si chré* tienne, que la passion vous fait combattre sans la connaître. Vous verriez, mon père, que non-seulement ils tiennent qu'on résiste effectivement à ces grâces faibles, qu'on appelle excitantes, ou inefficaces, en n'exécutant pas le bien qu'elles nous inspirent, mais qu'ils sont encore aussi fermes à soutenir contre Calvin le pouvoir que la volonté a de résister même à la ^râce efficace et victorieuse, qu'à défendre contre Molina le pouvoir de cette grâce sur la volonté, aussi jaloux de l'une de ces vérités que de l'autre. Ils ne savent que trop que l'homme, par sa propre nature, a toujours le pouvoir de pécher et de résister à la grâce, et que, depuis sa corruption , il porte un fond malheureux de concupiscence , qui lui augmente infiniment ce pouvoir ; mais que néanmoins, quand il platt à Dieu de le toucher par sa miséricorde, il lui fait faire ce qu'il veut et en la manière qu'il le veut, sans que cette infaillibilité de l'opération de Dieu détruise en aucune sort» la liberté naturelle de l'homme, par les secrètes et admirables manières dont Dieu opène ce changement, que saint Augustin a si excellemment expliquées , et qui dissipent toutes les contradictions imaginaires que les ennemis de la grâce efficace se figurent entre le pouvoir souverain de la grâce sur le libre arbitre , et la puissance qu'a le libre arbitre de résister à la grâce. Car, selon ce grand saint, que les papes et l'Église
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ont donné pour règle en cette matière , Dieu change ÎC cœur de Thomme par une douceur céleste qu'il y répand , qui , surmontant la délectation de la ch^ir, fait que Thomme, sentant d*un côté sa mortalité et son néant, et découvrant de l'autre la grandeur et l'éternité de Dieu , conçoit du dégoût pour les délices du péché qui le sépare du bien incorruptible. Trouvant sa plus grande joie dans le Dieu qui le charme, il s'y porte infailliblement de lui-même, par un mouvement tout libre, tout volontaire, tout amoureux ; de sorte que ce lui serait une peine et un supplice de s'en séparer. Ce n'est pas qu'il ne puisse toujours s'en éloigner, et qu'il ne s'en éloignât effectivement, s'il le voulait ; mais comment le voudrait-il, puisque la volonté ne se porte jamais qu'à ce qui lui platt le plus, et que rien ne lui platt tant alors que ce bien unique, qui comprend en soi tous les autres biens? Quod enim arKpliusnos détectât, secundum id operemur necescù *>i, comme dit saint Augustin.
C'est ainsi que Dieu dispose de la volonté libre ^e l'homme sans lui imposer de nécessité ; et que le libre arbitre , qui peut toujours résister à la grâce, mais qui ne le veut pas toujours, se porte aussi librement qu'infailliblement à Dieu , lorsqu'il veut l'attirer par la douceur de ses inspirations efficaces.
Ce sont là , mon père, les divins principes de saint Augustin et de saint Thomas , selon lesquels il est véritable que « nous pouvons résister à la grâce, > contre l'opinion de Calvin; et que néanmoins, comme dit le pape Clément YIII , dans son écrit, adressé à la congrégation Deauxiliis: c Dieu forme en nous le mouc vement de notre volonté, et dispose efficacement de