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CHAPITRE VIL

PROXÈNES D'OLYMPIE ET DE l'éLIDE.

Bien qu'on ait découvert dans les ruines d'Olympie de curieux documents de proxénie, l'institution ne peut y être étudiée avec autant de précision qu'à Delphes ou à Délos. Il est probable que l'hospitalité publique se développa beaucoup moins dans le grand sanctuaire de l'Elide : Zeus n'a été nulle part aussi actif, aussi entreprenant qu'Apollon. Il n'est pas surprenant d'ailleurs que la plupart des documents aient péri ; à Olympie comme à Corinthe, comme à l'isthme et dans beaucoup de pays doriens, les actes publics étaient inscrits d'ordinaire sur le bronze : or l'on sait que le métal a été , pendant tout le moyen âge , beaucoup moins épargné que le marbre.

Tous les monuments éléens de proxénie proviennent des ruines d'Olympie. On peut les diviser en deux classes : 1° les décrets des petites cités de l'Elide ; 2° les documents relatifs aux proxènes du Zeus d'Olympie.

§ 1 . — Proxènes des cités de l'Elide.

Dans le temple d'Hêra, seize femmes, qui tissaient en commun le manteau de la déesse, symbolisaient l'union des seize petites villes de l'Elide et de la Pisatide. Le centre de cette fédération était aux bords de l'Alphée. C'est là qu'étaient les archives de toutes les villes de la région. Les documents de proxénie qu'on y a trouvés sont tous fort anciens.

L'un des plus curieux est un traité d'alliance conclu pour cinquante ans entre les Anèles et les Métapes , deux peuplades de l'Elide. Contre ceux qui manqueraient aux engagements pris , des imprécations sont prononcées par les devins et les proxè-

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nés (1). Cette singulière association des hôtes publics et des fxàvTeiç a déjà été signalée à Delphes (2).

Un autre traité fut conclu au sixième siècle avant notre ère entre la bourgade de Chaladra et un particulier du nom de Deucalion. Ce Deucalion reçoit le droit de cité à Chaladra pour lui et ses descendants; il est nommé isoproxène, c'est-à-dire qu'il est légalement assimilé aux proxènes ; on lui cède enfin une propriété située sur le territoire de Pise, sans doute provenant des dépouilles des Pisates vaincus (3). Selon toute vraisemblance, cette inscription a été gravée vers l'année 572 avant notre ère. Elle prouve que très anciennement l'hospitalité publique était régulièrement constituée et régie par des lois dans la vallée de l'Alphée.

On voit dans l'enceinte de Zeus Olympique la base d'une statue exécutée par le Messénien Aristomène et consacrée par une ville inconnue en l'honneur d'un Eléen, « son proxène et bienfaiteur, hellanodice (4). » C'était une habile politique, pour une ville ambitieuse, que de choisir comme représentant à Olympie un des magistrats sacrés qui administraient le temple et présidaient aux jeux.

§ 2. — Proxènes du temple d'Olympie.

Les documents relatifs aux représentants du temple de Zeus Olympique ont tous été trouvés dans l'enceinte du dieu. Ce sont des plaques de bronze plus ou moins ornées. L'une d'elles porte , comme à Corcyre et à Crannon, les armes de la ville telles qu'on les voit sur les monnaies : des grappes de raisin entre deux doubles chars. C'est l'acte de nomination du Ténédien Damocratès (5).

Plusieurs de ces monuments sont mal conservés , d'autres sont presque intacts. Ils se rapportent à trois types différents , suivant l'époque et les autorités dont ils émanent. On sait en effet que le temple d'Olympie a souvent changé de maîtres. Les hôtes de Zeus étaient désignés par les protecteurs du sanctuaire.

1° Il est probable que la plupart des proxènes d'Olympie ont été

(1) Archseol. Zeitung , 1880, p. 118 : « Konôza^oi (AêvutSéoiav , àîrô to |3o[ao àrco- Fe)ioiàv xa toi Trpôijevoi xai xoi fÀdcvTisp. Ai tôv ôpxov uapêaivoiav , yvÔfiav TÔp lapo(xào; xôp '0)-uv7itat. »

(2) Euripide, Ândromaque, 1105.

(3) Arch&ol. Zeitung, XXXV, p. 196 : « Xa).àôpiov liiev aù-rèv -/.ai yôvov, Fito- ■rcpôïUvov , FK7o6a(iiopYÔv ■ fàv 8è yàv ïyvi tàv èv IKaai. »

(4) Ibid., XXXV| p. 96.

(5) Ibid.. 1876, p. 183 et suiv.

nommés par les Eléens. On sait comment ils avaient peu à peu supplanté et enfin détruit la capitale des Pisates. Pendant toute la période classique, sauf quelques interruptions assez courtes dues aux guerres et aux rivalités , ils eurent l'administration du temple de Zeus. Un bronze d'Olympie porte cette inscription : « Les Eléens ont décrété d'inscrire sur la liste à Olympie Di- » phile l'Athénien, fils de Malanope, proxène et bienfaiteur des » Eléens. Voté(l). » Il est vraisemblable que le dernier mot du décret indique l'approbation du sénat d'Olympie. On voit souvent l'assemblée politique d'Elis et le conseil religieux d'Olympie agir de concert. Par exemple , une statue élevée dans l'enceinte de Zeus à C. Asinius Quadratus l'historien fut consacrée en commun par « le sénat olympique et le peuple des Eléens (2). »

2<> A diverses reprises , la vallée de l'Alphée, et par suite l'administration du sanctuaire, fut enlevée aux Eléens. Ainsi Epaminondas chassa d'Olympie les Eléens , alliés traditionnels de Sparte. On reconstitua un sénat olympique avec les descendants des anciennes familles pisates, qui furent maîtresses du temple sous le protectorat de la nouvelle confédération arcadienne. Cet état de choses dura de 364 à 362. On possède de ce temps une intéressante plaque de bronze sur laquelle est gravé un décret en dialecte arcadien , daté d'après les noms des hellanodices. Les protecteurs du temple y nomment proxènes et bienfaiteurs plusieurs personnages qui avaient fait à Zeus des présents considérables et avaient réparé le temple. Ce sont des gens de la Magnésie, de l'île de Théra, de Syracuse , de Sicyone et d'Argos (3).

3° Enfin le sénat olympique fit parfois acte de souveraineté et nomma les représentants du temple. C'est ce qui résulte d'un long document postérieur à l'époque d'Alexandre et antérieur à la domination romaine (4). Il est daté d'après les hellanodices. Damocratès de Ténédos, dont le père était déjà citoyen d'Olympie, avait été couronné aux jeux Olympiques. Il avait hérité de son père la théorodoquie. Il accueillait bien les théores et rendait à tous les citoyens les services qui dépendaient de lui (5). Sur la recommandation de nombreux particuliers, le sénat, au nom

(1) Archxol. Zeitung, 1878, p. 140.

(2) Ibid., 1880, p. 55.

(3) lbid., XXXVII, p. 156.

(4) lbid., 1876, p. 183 et suiv.

(5) « 7t£7to).tT£y/-o)p Ttap' àpis, aùxôp te xai ô 7xaxàp, xai è(7Tecpav<o|j.évop xôv te. t<T>v '0).u[j.ixt(jùv àywva xai à),),otp xai 7x),Eiov£p, £7iavixaxwp êv xàv îôiav, xàv te tû 7xaxpôp 8eapo5oxîav ôtaôéSexxai xai {moSÉ/exat xoip Oeapoip » {lbid.).

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de la ville d'Olympie, nomme Damocratès et ses descendants proxènes et bienfaiteurs. De nombreux privilèges leur sont conférés : la sécurité personnelle , en paix et en guerre , le droit de posséder , la préséance aux fêtes de Dionysos. On a trouvé, sur un bronze d'Olympie, un règlement ordonnant que tous les étrangers paieraient un impôt pour sacrifier et menaçant d'une amende ceux qui chercheraient à s'y soustraire (1) : Damocratès obtient l'exemption de cette taxe des sacrifices. Il est autorisé « à parti- » riper à toutes les choses sacrées et à tous les honneurs, comme » les autres théorodoques et bienfaiteurs y participent (2). » Il reçoit, comme dons d'hospitalité, le maximum légal. On ordonne que le décret rendu par le sénat sera gravé sur bronze et placé dans le temple de Zeus Olympique. On décide qu'une copie sera envoyée à Ténédos , patrie du proxène. Le greffier du sénat, Nicodromos, la remettra auxthéores qui doivent aller représenter leur patrie à Milet pour le sacrifice et les jeux des Didyméens (3).

Les autres documents de proxénie trouvés à Olympie ne renferment guère que de brèves mentions. Celui qui vient d'être analysé est le seul où l'on puisse entrevoir l'organisation de la proxénie olympique. L'institution y présente les mêmes traits généraux qu'à Delphes ou à Délos. L'hospitalité publique avait, dans ces grands sanctuaires , un aspect presque exclusivement sacerdotal. Les proxènes y étaient les représentants d'un temple et d'une communauté dont la raison d'être était l'administration du temple. L'Elide fut presque toujours considérée comme un territoire inviolable et neutre. A côté de la proxénie proprement dite existait à Olympie, comme à Delphes et à Délos, la théorodoquie (4). L'épigraphie nous montre Olympie envoyant des théores en diverses villes, en Etolie (5), à Milet (6). De plus, à Olympie comme dans les autres villes sacerdotales, ce fut sans doute une tradition que de conférer la proxénie aux ambassadeurs sacrés des villes. Un de ces théores-proxènes est mentionné sur un bronze d'Olympie (7).

(\) Rôhl, Inscr. gr. antiq., n° 115.

(2) « tâv tô 6u<7tâv xaî xtfiâv 7ta<7àv \Lixéyi)w, xa9ù)p xaî xoi Xoitcoî Ôeapoôoxoi xal eùepYô'xai (AexÉxovx'. » {Archxol. Zeitung, 1876, p. 183 et suiv.).

(3) Ibid.

(4) Liv. IV, ch. ni, La Proxénie religieuse ou théorodoquie.

(5) Bull, de corr. hellén., V, 372 et suiv.

(6) « xoïp Ôsapoîp xoîp d|jL Mî>.r,xov àTro<7xeX>.o[A£votp itoxi xàv Bufffav xaî xôv àyàiva tûv Aiouixetwv » {krchxol. Zeitung, 1876, p. 183 et suiv.).

(7) krchxol. Zeitung, XXXVII, p. 154.

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