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LA PROXÉNIE ET LA FLATTERIE OFFICIELLE À ATHÈNES

Quelques mots de statistique résument assez bien l’histoire de la proxénie athénienne. On peut déterminer l’époque d'environ quatre-vingts proxènes. Une trentaine appartiennent au cinquième siècle, une cinquantaine au quatrième, un seul au troisième, quatre au deuxième. Beaucoup de décrets sont évidemment perdus. Mais un fait est certain. Tandis que les autres inscriptions honorifiques sont beaucoup plus nombreuses à partir du troisième siècle, la proxénie n'existe plus guère à la même époque que comme un souvenir. Cette rapide décadence de l'institution à Athènes est d'autant plus frappante qu'en même temps d'autres Etats, devenus les plus grands entrepôts du commerce grec, nomment beaucoup d'hôtes publics. Il est clair que les destinées de cette institution étaient intimement liées à celles du commerce et de la politique des Etats.

Tous les orateurs du temps de Philippe et d'Alexandre se plaignaient qu'on prodiguât la proxénie et les autres honneurs publics. Mais c'était du moins dans une pensée politique. Il y eut sans doute des abus, mais souvent ces abus mêmes profitaient à la grandeur d'Athènes. Démosthène s’en consolait aisément en se disant que tous ces honneurs, toutes ces récompenses étaient conformes aux mœurs du temps et aux intérêts de l'Etat (1).

A partir de la mort d'Alexandre, l'esprit public des Athéniens changea vite. On ne trouve plus trace de cette savante hiérarchie des récompenses qui avait contribué à la puissance d'Athènes. Les honneurs étaient donnés au hasard. Le peuple accordait du premier coup la plus grande somme de privilèges, c'est-à-dire le droit de cité. On le prodigua tellement qu'il perdit toute sa di-

(1) Contre Leptine, 113-116.

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gnité. Il ne servit plus à acheter de puissantes amitiés politiques. On en fit le plus scandaleux trafic. L'abus devint si criant qu'Auguste défendit aux Athéniens de vendre leur droit de cité (1).

Dès la fin du quatrième siècle, les Athéniens s’étudièrent à mériter le titre de « flatteurs des flatteurs, » que leur donna Polémon (2). L'historien Duris de Samos a décrit les fêtes ridicules célébrées en l'honneur de Demetrios (3). On avait peint sur le proscenium Demetrios lui-même, à cheval sur le monde. Puis, on voyait apparaître Demetrios, donnant la main à Demeter, la grande déesse d’Eleusis, et l'on chantait : « Voici venir ici les » plus grands, les plus chéris des dieux. Voici que s'avancent à » propos Demeter et Demetrios, elle pour célébrer les mystères » de Kora; lui, joyeux, beau et souriant, comme il convient à » un dieu... » Un peuple capable de toutes ces folies devait faire d’assez triste politique. On peut, d’ailleurs, juger sur leurs œuvres les assemblées du temps. La plupart des décrets honorifiques postérieurs au règne d'Alexandre sont de parfaits exemples de verbiage et d’emphase épigraphiques (4). Il est curieux de comparer leur longue et plate phraséologie au style simple, ferme et net des inscriptions de l’époque classique. Il n’y manque aucun des lieux communs de la rhétorique du temps; les personnages récompensés ayant d'ordinaire peu de titres à faire valoir, on louait longuement leurs ancêtres (5); la nouvelle Athènes célébrait en vers et en prose les exploits du temps passé, pour se consoler de n’en plus accomplir.

Dans ce fatras de décrets honorifiques on ne lit presque jamais le titre d'hôte public. La proxénie disparut vite à Athènes, bien plus vite que dans d’autres Etats. L'un des derniers proxènes attiques est un Romain, L. Hortensius, préteur en 170 (6). Les étrangers venaient en foule à Athènes pour y admirer les merveilleux monuments et écouter les rhéteurs. Mais les Athéniens avaient renoncé aux grandes entreprises ot aux longs voyages : le ressort de la vie publique était brisé. Sulpicius, l'ami de Cicéron, trouva le Pirée désert (7) ; le vide s'était fait peu à peu autour de ce magnifique bassin d’où étaient parties tant de flottes pour dominer

(1) Dion Cassius, LIV, 7.

(2) Athénée, VI, p. 255.

(3) Duris de Samos, fragm., 31. (Didot, Historiens grecs.) (4) C. I. À., II, 121, etc.

(5) Id., Il, 331, etc.

(6) Ibid., II, 423.

(7) Epp. ad diversos, IV, 5.

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